Mariologie

La mariologie est la branche de la théologie chrétienne qui étudie la place de Marie, mère de Jésus-Christ, dans le mystère du salut du monde. De même que la christologie et la pneumatologie étudient respectivement le Christ et le Saint-Esprit, la mariologie étudie ce qui concerne Marie, mais jamais indépendamment du mystère du Christ.

La mariologie se fonde sur la tradition ancienne des Pères de l’Église et des premiers conciles œcuméniques et fournit des bases théologiques au culte marial.

La mariologie catholique

Les nombreux textes apocryphes postérieurs aux Évangiles ont contribué à développer la mariologie. Le plus important d’entre eux est sans doute le Protévangile de Jacques, datable du milieu du IIe siècle et qui se dit écrit par Jacques le Juste. C’est lui qui développe le thème de l’absolue pureté de Marie en rajoutant à sa virginité perpétuelle le fait qu’elle-même ait été conçue de façon miraculeuse malgré la stérilité de sa mère Anne. Le catholicisme voit dans ce miracle l’ébauche du dogme de l’Immaculée Conception, mais l’Église orthodoxe rejette ce point de vue qui tend à isoler la Mère de Dieu du reste de l’humanité.

Le catholicisme a insisté sur les thèmes suivants : célébration d’Anne et de Joachim, les parents de la Vierge, Présentation de la Vierge au Temple, Éducation de la Vierge, tous issus du Protévangile de Jacques.

La mariologie se développe à la fois dans les Églises d’Orient et d’Occident une fois que le premier concile de Nicée a établi le dogme de la consubstantialité de Jésus-Christ. Marie est appelée la « nouvelle Ève », celle qui met fin au péché originel en enfantant le Christ. En 431, au concile d’Éphèse, la définition dogmatique de Marie, mère de Dieu, est donnée. Sa pureté est réaffirmée par la croyance en l’Assomption, attestée dès la seconde moitié du vie siècle, suivant en cela le récit de la Dormition de Marie.

L’orthodoxie vénère la Mère de Dieu d’une façon un peu différente.

Catholiques et orthodoxes ont en commun la vénération de Marie. Mais cette vénération revêt des accents différents. Le dogme de l’Immaculée Conception est étranger à l’orthodoxie. Par Isabelle de Gaulmyn. Publié le 24 mars 2014. 

Pas de dogme chez les orthodoxes

L’Église orthodoxe n’a guère dogmatisé sur Marie. Le dogme romain concernant l’Immaculée Conception est tout à fait étranger à l’orthodoxie, tout comme lui est étranger cette idée de transmission du péché originel par l’acte sexuel, en référence à saint Augustin.

L’Assomption n’est pas dogmatisée chez les orthodoxes. Nous préférons parler de Dormition, ceci pour insister sur la caractère humain de la mort de Marie, tout en affirmant que cette mort coïncide avec sa glorification auprès de son Fils. Du point de vue dogmatique, l’Église orthodoxe s’en tient à Marie, Mère de Dieu (Théotokos), selon la définition retenue par le concile d’Éphèse (431). 

Marie, inséparable de l’Incarnation

Il s’agit donc essentiellement d’un dogme christologique : Marie est Mère du Fils de Dieu fait homme en l’unique personne duquel nature humaine et nature divine sont inséparables. Dans la liturgie, la vénération concernant Marie s’exprime lors de la prière qui vient directement après l’épiclèse (invocation du Saint-Esprit) : «Plus vénérable que les chérubins et incomparablement plus glorieuse que les séraphins, Toi qui sans tache enfantas Dieu le Verbe, Toi qui es vraiment Mère de Dieu, nous te glorifions». 

La vénération à Marie s’inscrit donc dans un mystère ineffable, tout comme l’incarnation, à qui il se trouve lié. C’est sans doute ce qui caractérise l’attitude orthodoxe par rapport à une approche plus rationnelle de l’Occident, qui a ressenti le besoin de formuler des dogmes. Le mystère de Marie est inséparable de celui de l’incarnation. 

Marie, figure de l’humanité

En même temps, Marie est une lumière qui éclaire le destin de l’humanité. Elle est la figure de l’humanité qui participe à l’acte salvifique de Dieu. En effet, Marie représente la liberté humaine. En Marie, je ne contemple ni la femme idéale, ni une divinité féminine compatissante à côté d’un Dieu masculin impitoyable.

Marie incarne l’humanité qui accueille la Parole de Dieu, selon la synergie de la liberté humaine et de la grâce divine. J’insiste sur la liberté : cette femme, cette humaine dont le Dieu transcendant a voulu avoir besoin pour réaliser son dessein d’amour n’est pas entre ses mains un instrument passif.

Son obéissance ­ son Fiat ­ est celle d’une femme libre, inspirée par une foi totale, comme l’a si bien exprimé Nicolas Cabasilas, un grand spirituel byzantin du XIVe siècle : «Quand Dieu a décidé d’introduire dans le monde son fils premier-né pour renouveler l’humanité en faisant de lui un second Adam, il fait participer la Vierge à son dessein. Cette grave décision, Dieu la prononça, et la Vierge la ratifia. L’incarnation du Verbe ne fut pas seulement l’œuvre du Père, de son Verbe et de son Esprit. Elle fut aussi l’œuvre de la volonté, de la foi, de la Vierge». 

Marie, modèle du vrai disciple

C’est donc avec tout son être, corps, âme et intelligence, que Marie participe au mystère divin. Trop souvent en effet on exalte la maternité physique, en privant les hommes de la richesse symbolique que leur offre Marie. Or, nous sommes tous, hommes et femmes, appelés à enfanter le Christ. Marie est le modèle du vrai disciple, qui accepte la Parole de Dieu, adhère de tout son coeur et se soumet.

Tous appelés à l’accueil

Au niveau symbolique, Marie est l’anticipation de l’«Homme nouveau». «Les hommes sont des hommes, mais l’Homme est une femme», a dit l’écrivain anglais G. K. Chesterton, cité par Kallistos Ware, théologien orthodoxe. Hommes et femmes, nous sommes tous appelés à cette attitude d’accueil, d’ouverture à l’autre et d’offrande, dont, selon le symbolisme biblique, l’épouse et l’amante sont la figure.

Dans l’Évangile de Jean, ce groupe, au pied de la Croix, formé par Marie et «le disciple que Jésus aimait», représente l’Église : c’est l’ensemble des croyants que Jésus confie alors à sa mère, qu’il lui demande d’accueillir. Marie représente ainsi l’humanité, même si, comme personne, elle joue un rôle unique dans l’histoire du Salut. 

Les quatre dogmes concernant la vierge Marie

En 431 le concile d’Éphèse proclame le dogme de la maternité divine : Marie est la « Théotokos« , qui a enfanté Dieu ou Mère de Dieu.

En 649, le pape Martin Ier au synode de Latran proclame le dogme de sa virginité perpétuelle.

En 1854, Pie IX définit le dogme de l’Immaculée Conception : Marie n’est pas atteinte par le péché originel.

En 1950, Pie XII définit le dogme de l’Assomption.

En outre, le concile Vatican II lui attribue un certain nombre de qualificatifs : « La bienheureuse Vierge est invoquée dans l’Église sous les titres d’avocate, d’auxiliatrice, de secourable, de médiatrice, tout cela cependant entendu de telle sorte que nulle dérogation, nulle addition n’en résulte quant à la dignité et à l’efficacité de l’unique Médiateur, le Christ. » (Lumen Gentium no 62, repris dans le Catéchisme de l’Église catholique no 969).

Marie, co-rédemptrice : un nouveau dogme ?

La mariologie réfléchit aussi sur la convenance ou non d’autres termes et le sens exact qu’il faut leur attribuer. Ce fut le cas pour l’expression Marie corédemptrice. Cette notion, née au xve siècle, a fait l’objet de débats notamment au cours de la première moitié du xxe siècle, avant d’être rejetée comme contraire à la foi (il n’y a qu’un seul Rédempteur: Jésus-Christ), après débat, lors du concile Vatican II.

Avant le concile Vatican II, le titre fut utilisé par plusieurs papes (Pie XI, Pie XII, voir Miravalle, op. cit., p. 16 à 20). Pie XI s’exprime ainsi dans le texte de la prière de la clôture solennelle du Jubilé de la Rédemption, 28 avril 1935 : « Ô Mère aimante et miséricordieuse (…) vous vous êtes tenue debout près de Lui, souffrant avec Lui comme Corédemptrice…

Bernard Sesboüé rappelle que le concile Vatican II a d’abord hésité sur le lieu où il serait question de Marie : dans une constitution indépendante ou dans le cadre de la Constitution sur l’Église, Lumen Gentium ? Il fut décidé, à une faible majorité, de choisir la seconde solution

C’est à cette occasion qu’a été étudiée l’éventualité d’un « cinquième dogme marial », c’est-à-dire celui de « Marie corédemptrice ».

Marie demeurait en effet « dans certains milieux l’objet d’une dévotion et d’une théologie héritées du mouvement marial antérieur à Vatican II . Or le concile « a exprimé un refus net de continuer dans cette voie, qui ne correspond ni à la nature ni à la visée des définitions dogmatiques ». Le concile a mis fin au débat en rappelant que Jésus-Christ est l’unique rédempteur et que Marie ne saurait être corédemptrice. La constitution Lumen Gentium indique : « C’est pourquoi la bienheureuse Vierge est invoquée dans l’Église sous les titres d’avocate, auxiliatrice, secourable, médiatrice, tout cela cependant entendu de telle sorte que nulle dérogation, nulle addition n’en résulte quant à la dignité et à l’efficacité de l’unique Médiateur, le Christ », « Aucune créature en effet ne peut jamais être mise sur le même pied que le Verbe incarné et rédempteur »

Cependant, pendant plusieurs années après le concile, le débat s’est poursuivi sous forme d’initiatives individuelles et de requêtes adressées au Saint-Siège. Celui-ci, pour examiner la question, a formé en 1996 une commission de quinze théologiens qui s’est réunie à Czestochowa

Cette commission a répondu à l’unanimité :

« Tels qu’ils sont proposés, les titres apparaissent ambigus, car on peut les comprendre de manières différentes. Il est apparu, de plus, que l’on ne doit pas abandonner la ligne théologique suivie par le concile de Vatican II, qui n’a voulu définir aucun d’entre eux. Dans son magistère, il n’a pas employé le mot Corédemptrice et il a fait un emploi très sobre des titres de Médiatrice et d’ Avocate. En réalité, le terme de Corédemptrice n’est pas employé par le magistère des Souverains Pontifes, dans des documents importants, depuis l’époque de Pie XII. À cet égard, il y a des témoignages du fait que ce pape a évité intentionnellement de l’employer (…) Enfin, les théologiens, spécialement les théologiens non catholiques, se sont montrés sensibles aux difficultés œcuméniques qu’entraînerait une définition de ces titres. »

L’Académie pontificale mariale internationale a commenté en ces termes la réponse de la commission : « La réponse de la Commission, intentionnellement brève, fut unanime et précise : il n’est pas opportun d’abandonner le chemin tracé par le concile de Vatican II et de procéder à la définition d’un nouveau dogme. » Elle se déclare même surprise par la demande de définition du titre de corédemptrice, « à l’égard duquel le magistère nourrit des réserves et qu’il écarte systématiquement »

Le cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a développé ce point en précisant :

« Le concept de corédemptrice s’écarte aussi bien de l’Écriture que des écrits patristiques. […] Tout vient [du Christ], comme le soulignent les épîtres aux Éphésiens et aux Colossiens. Marie aussi est tout ce qu’elle est par lui. Le terme de corédemptrice obscurcirait cette donnée originelle. Une bonne intention s’exprime dans un mauvais vocable. Dans le domaine de la foi, la continuité avec la langue de l’Écriture et des Pères est essentielle. La langue n’est pas manipulable à volonté»

Ces dernières années, sans pour autant désavouer le culte à la Vierge, l’Église s’est efforcée d’en contenir certains excès. Le concile Vatican II considère comme légitime et nécessaire la dévotion à la Vierge, mais met en garde les fidèles, comme le rappelle le pape Jean-Paul II :

« Le concile engage les théologiens et les prédicateurs à éviter toute exagération comme toute attitude minimaliste dans la façon de considérer la dignité de Marie. Car, en vénérant l’image, on honore la personne de la Mère de Dieu. L’authentique doctrine mariale, dans la fidélité à l’Écriture et à la Tradition, se réfère au Christ : en Marie, tout vient du Christ et est orienté vers Lui. Enfin, les Pères conciliaires mettent en garde contre la vaine crédulité et la prédominance des sentiments. La dévotion mariale authentique pousse à une affection filiale envers la Vierge et suscite la ferme décision d’imiter ses vertus. »

Lors de ses apparitions à Ida Peerdeman, à Amsterdam ( 1945 à 1959), la Vierge demande pourtant « instamment » la reconnaissance du dogme de co-rédemptrice  » pour avoir souffert avant, pendant et après la Passion du Christ, invitant les théologiens à moins de prudence; elle évoque d’ailleurs le fait que « sa » demande concernant la reconnaissance de co-rédemptrice donnera lieu à « beaucoup de réticence ».

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