C’est l’histoire extraordinaire d’une robe, qui ne l’est pas moins. Une parure de brocard, créée par un des plus grands couturiers français pour une figure hors du commun : la Vierge de Notre-Dame de Compassion (17e). Nous sommes en 1983, et le P. Jean-Louis Ducamp vient d’être nommé dans cette chapelle, construite par la famille d’Orléans. À la demande du Comte de Paris, dont la grand-mère espagnole vénérait la Vierge d’El Rocio, près de Séville, il fait sculpter en Espagne l’exacte réplique du visage de la Madone, et le rapporte à Paris. « Je me suis posé la question : qui pour habiller la Vierge ? » raconte-t-il aujourd’hui. Pour ce prêtre très introduit dans les milieux intellectuels et artistiques parisiens, un nom s’impose rapidement : Yves Saint Laurent. « J’avais mes entrées chez lui, grâce à des amis. J’ai donc décroché mon téléphone et joint le standard qui m’a mis en relation avec Pierre Bergé, le président de la maison Saint Laurent. Je lui ai expliqué mon histoire. Il m’a dit alors : “Monsieur Saint Laurent vous écoute. Il veut vous parler.” » Quelques jours après, les trois hommes se rencontrent. « Yves Saint Laurent a appelé Hector Pascual, responsable de l’activité costumes de la maison de haute couture, qui s’est occupé de tout. » L’homme est argentin, catholique et croyant. Avec Monsieur Gaby, chef d’atelier, la création est lancée et une structure en bois, dotée de mains, est construite. Un mois et demi après, la robe est prête. La confection de la couronne et des bijoux est confiée par Yves Saint Laurent à la maison Goossens. Durant 32 ans, la Vierge parée de lumière est exposée dans la chapelle, et sortie régulièrement en procession. Pour ménager la robe, une deuxième tenue est confectionnée par un paroissien, puis une troisième, par des Espagnols. Au fil des ans, sans être vraiment oubliée, l’histoire de cette tenue se perd. Jusqu’à ce que le Metropolitan museum of Art de New York lance, fin 2017, l’idée d’une exposition baptisée Heavenly Bodies, sur la mode et la religion catholique. Comme d’autres maisons, celle d’Yves Saint Laurent est sollicitée par le commissaire de l’exposition, Andrew Bolton. Laurence Neveu, chargée des collections textiles et accessoires au musée Saint Laurent Paris raconte : « J’avais entendu parler de la robe, sans l’avoir vue. Et puis je l’ai aperçue lors d’une messe d’hommage. Quand Andrew Bolton a appelé, je lui en ai parlé et la Vierge lui a tout de suite plu. » Elle contacte alors le P. Christian Lancrey-Javal, curé de N.-D. de Compassion. Si le prêt de la robe ne pose pas de problème, celui de la couronne est plus ardu. « Heureusement, la Providence s’en est mêlée en la personne d’Inès Jourde », sourit le P. Lancrey-Javal. Paroissienne de N.-D. de Compassion et consultante en mode à l’IESEG, elle se fait le relais entre la paroisse et la maison de haute couture, deux mondes qui ont parfois du mal à se comprendre. « Elle a su démêler les discussions que nous avions entamées, poursuit-il. » Une convention est finalement signée entre la paroisse, le diocèse et la maison Yves Saint Laurent. La robe et la couronne partent à New York en avril dernier. Le 8 octobre, à l’issue de l’exposition new-yorkaise, la robe ne réintègrera pas les placards de N.-D. de Compassion, mais les coffres-forts de la maison Yves Saint Laurent, pour y être stockée dans des conditions optimales. « Mais que les paroissiens se rassurent, poursuit le P. Lancrey-Javal, la Vierge retrouvera sa robe pour les grandes occasions. »

Priscilia de Selve

Le 7 juin 1660, le jour même où Louis XIV accueille l’Infante d’Espagne pour leur prochain mariage à Saint-Jean-de-Luz, un homme d’imposante stature apparaît au Bessillon et vient au secours du berger Gaspard Ricard assoiffé, en lui désignant un lourd rocher.

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Sur le Mont Bessillon, le 7 juin 1660, un jeune berger Gaspard Ricard faisait paître ses moutons par une intense chaleur. Épuisé de soif il s’allongea sur le sol brûlant et voici qu’un homme d’imposante stature se tint soudain là près de lui et lui indiqua un rocher en lui disant : « Je suis Joseph, enlève-le et tu boiras » .

La pierre était lourde. Plus tard, huit hommes pourront à peine la soulever. Gaspard crut à une plaisanterie, mais le « vénérable vieillard » comme disent les récits de l’époque, réitéra son ordre. Gaspard obéit, déplaça sans peine le rocher et découvrit une eau fraîche qui commençait à ruisseler. Il but avec avidité, mais quand il se releva, il était seul.

« C’est tout ; comme dans l’Évangile, saint Joseph n’est pas bavard. Rien de plus simple, de plus pauvre que cette intervention, qui est, à ma connaissance, la seule apparition de ce genre de saint Joseph dans l’histoire de l’Église, sur une terre que s’était réservée Notre-Dame » . 

(Mgr Barthe, évêque de Fréjus-Toulon. Lettre pastorale du 1er février 1971)

Gaspard ne doute pas de la réalité du fait, les habitants de Cotignac non plus. Avec une extraordinaire rapidité la nouvelle se répand, les pèlerins se rendent à la fontaine de tous les endroits de la province et des pays environnants, des infirmes et des malades de toutes sortes dont la plupart s’en retournent guéris ou bien consolés dans leurs infirmités. Les rassemblements sont considérables et après la construction immédiate d’un oratoire sur le lieu même de l’apparition, une chapelle plus vaste est consacrée en 1663, celle que nous voyons aujourd’hui avec sa poutre de gloire portant le texte du Prophète Isaïe si évocateur en ce lieu :

« Venez puiser avec joie aux sources du Sauveur »,
« Haurietis aquas in gaudio de fontibus Salvatoris ».