Notre dame de Pontmain

I – Généralités

Pays de l’apparition

France

Site 

Pontmain est une commune française, située dans le département de la Mayenne en région Pays de la Loire, peuplée de 894 habitants (les Pontaminois).Le village de Pontmain est un lieu important de pèlerinage à Notre-Dame de Pontmain qui est apparue à plusieurs enfants le 17 janvier 1871. Une nouvelle église a été édifiée sur la commune à la suite de cette apparition, entre 1873 et 1877. En 1872, la commune de Pontmain est créée par scission du territoire de Saint-Ellier-du-Maine, longtemps simple hameau de la commune de Saint-Ellier-du-Maine, Pontmain est érigé en commune en 1876.

De 1914 à 1918, un camp de concentration existe à Pontmain. Il accueillait des internés civils originaires de nations ennemies, qui y vivaient avec leur famille. Plusieurs centaines de personnes vécurent ainsi les années de guerre. On y retrouve des Allemands, mais aussi des Autrichiens, des Alsaciens-Mosellans, des Flamands et des Luxembourgeois, des Ottomans, etc.

Désignation  

Notre-Dame de Pontmain est le vocable sous lequel est appelée la Vierge Marie à l’occasion d’une apparition survenue le 17 janvier 1871 dans le petit village de Pontmain, en Mayenne.

Contexte historique

L’apparition de la Vierge à Pontmain se situe dans le contexte de la guerre contre la Prusse. Les armées françaises sont défaites. Metz, la plus importante forteresse d’Europe, assiégée en août, a dû se rendre à l’ennemi en octobre, Paris est assiégée et ses habitants meurent de faim. Le Second Empire est tombé et les troupes prussiennes et alliées occupent une grande partie du territoire français. Le 12 janvier 1871, les Prussiens sont au Mans et progressent vers l’ouest (donc vers la Mayenne). Les populations locales, dont de nombreux hommes partis en guerre sans donner de nouvelles, sont effrayées, et se tournent alors vers la religion, priant pour être épargnés. Outre les désordres liés à la guerre, une épidémie de typhoïde et de variole se déclenche.


La bataille de saint Privat illustre la défaite française
Par Alphonse-Marie-Adolphe de Neuville — scan of a painting, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=14571240

II – Le ou les voyants (es) 

Le 2 février 1872, Mgr Wicart, évêque de Laval, reconnaît quatre voyants officiels : Eugène Barbedette est né le 4 novembre 1858.  Il meurt le 2 mai 1927.  Il est enterré dans le cimetière de Châtillon-sur-Colmont.

Joseph Barbedette est né le 20 novembre 1860. Il meurt le 3 novembre 1930. Il est enterré dans le cimetière de Pontmain.

Françoise Richerest née en 1861. Elle meurt le 28 mars 1915. Elle est enterrée dans le cimetière de Châtillon-sur-Colmont.

Jeanne-Marie Lebossé, orpheline de père et ayant sa mère paralysée, meurt le 12 décembre 1933. Elle est enterrée dans le cimetière central de Bordeaux, dans le caveau de sa communauté.

Destinée des voyants (es) 

Eugène Barbedette devient prêtre et est ordonné en 1883. Curé dans plusieurs paroisses du diocèse de Laval, il a laissé le souvenir d’un prêtre « droit, zélé, fervent et intransigeant ». Il meurt le 2 mai 1927. Joseph Barbedette désire devenir missionnaire et entre chez les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée. Il est ordonné prêtre en 1884. Il meurt le 3 novembre 1930. Françoise Richerest est une âme profondément chrétienne, accomplissant simplement sa tâche de chaque jour « pour faire plaisir au Bon Dieu et à la Bonne Vierge ».  

Elle gagne sa vie comme domestique, puis comme institutrice dans plusieurs petites écoles de campagne.  Vers 1900, elle devient gouvernante de l’abbé Eugène Barbedette. Elle meurt le 28 mars 1915.  Jeanne-Marie Lebossé, orpheline de père et ayant sa mère paralysée, est recueillie par sa tante Sœur Timothée, directrice de l’école de Pontmain.  En 1881, elle entre chez les Sœurs de la Sainte Famille de Bordeaux.  Pendant dix ans, elle sera paralysée, et en mars 1933 elle sera réduite à une impuissance absolue.  Elle meurt le 12 décembre 1933.

III – L’Apparition (généralités) 

Date

La nuit du 17 janvier 1871

Nombre et durée des apparitions

Une seule 

Tonalité de l’apparition

La tonalité générale de l’apparition est « grave » et tient compte du contexte difficile du moment : le voile noir qui recouvre la tête de la Vierge, sa tristesse, le crucifix rouge, les petites croix blanches et les cierges allumés rappellent une cérémonie funéraire.

Nature de l’Apparition (privée ou publique)

Les grandes personnes ne voient rien sinon les trois étoiles. Ne voyant que les étoiles, la religieuse retourne à l’école et en revient avec une autre sœur. 

Emplacement des apparitions

Eugène sort de la grange pour « voir le temps ». C’est alors qu’il déclare avoir aperçu au-dessus de la maison d’en face, une belle Dame. 

Récit 

Le témoignage du Père Henri-Michel Ledauphin

Pontmain, le 17 janvier 1871. Une journée qui commence comme les autres. Ce matin, l’église était remplie de fidèles, comme les autres jours. Il y a beaucoup de neige et il fait un froid glacial « à fendre les pierres ». Vers midi et demi, la terre a tremblé ; ce qui a fortement impressionné tous les habitants, surtout en cette période troublée. C’est la guerre franco-prussienne. Depuis le 23 septembre dernier, 38 jeunes de la paroisse sont partis à la guerre et l’on est sans nouvelles. On vit dans l’angoisse et dans la peur.

Et puis il y a cette épidémie de typhoïde qui commence à reprendre. Malgré tout, on prie avec ferveur car il en est ainsi à Pontmain. Depuis l’arrivée de notre curé, l’abbé Michel Guérin, le 24 novembre 1836, dans chaque famille, on prie le chapelet tous les jours. Ce soir, deux enfants, Eugène et Joseph Barbedette, aident leur père, dans la grange, à piler les ajoncs pour la nourriture de la jument. La nuit est tombée. Il est environ 5 h ½. (17H30) Jeannette Détais, une vieille femme, vient donner quelques nouvelles qu’elle a pu glaner un peu plus loin, près des fuyards de l’armée de la Loire en déroute.

Eugène profite de l’arrêt du travail pour sortir à la porte pour voir le temps. Et voilà que tout à coup, en plein ciel, au dessus de la maison d’en face, il voit une ‘Belle Dame’ qui tend les bras comme dans un geste d’accueil et qui lui sourit. Elle est vêtue d’une robe bleue semée d’étoiles d’or (comme la voûte de l’église peinte ainsi en 1860). Sur la tête, elle a un voile noir surmonté d’une couronne d’or avec un liseré rouge au milieu. Aux pieds, elle porte des chaussons bleus avec une boucle d’or. Elle est au milieu d’un triangle formé de trois grosses étoiles.

La Belle Dame sourit à l’enfant. Ce sourire sera le seul dialogue car, de toute l’apparition, la Belle Dame ne dira pas un seul mot.Le jeune frère Joseph, venu à la porte, voit lui aussi la ‘Belle Dame’ tandis que les grandes personnes ne voient rien, sinon les trois étoiles. Victoire, leur mère, ne verra rien non plus, malgré qu’elle soit retournée à la maison chercher ses lunettes. Elle se rend à l’école demander à sœur Vitaline de venir devant la grange. Ne voyant que les étoiles, la sœur retourne à l’école et en revient avec une autre sœur, Marie-Edouard, et trois petites pensionnaires.

A leur arrivée, les deux plus jeunes, Françoise Richer et Jeanne-Marie Lebossé s’écrient : « Oh ! La belle Dame ! Qu’elle est belle ! » Et la décrivent à leur tour. Sœur Marie-Edouard s’en va prévenir monsieur le curé tandis que sœur Vitaline commence à prier avec les gens qui accourent de plus en plus nombreux. « Monsieur le curé, dit sœur Marie-Edouard depuis la porte du presbytère, venez vite chez les Barbedette, il y a un prodige : les enfants voient la Sainte Vierge ! » Le curé, saisi par la surprise, répond : « Un prodige ! La Sainte Vierge ! La Sainte Vierge ! Mais, ma sœur, vous me faites peur ! » La vieille servante, Jeannette Pottier, intervient : « Faut aller voir, monsieur le curé ! »

Et elle allume la lanterne pour sortir dans la nuit. Lorsqu’il arrive au milieu de ses paroissiens, les enfants, que l’on avait séparés pour éviter qu’ils puissent communiquer entre eux, s’écrient : « V’là d’qué qui s’fait ! » (voilà quelque chose qui se fait) et ils décrivent un grand ovale bleu qui est venu entourer la Belle Dame. A l’intérieur quatre bobèches* sont fixées portant quatre bougies éteintes. Ces bougies rappellent celles que l’abbé Guérin allumait sur l’autel de la Sainte Vierge depuis le 8 décembre 1854, à tous les offices de la paroisse. En même temps apparaît une petite croix rouge sur la robe, à l’endroit du cœur.

Bobèche :petite pièce concave à rebord, percée à son milieu d’un trou cylindrique, qu’on adapte aux chandeliers, aux lustres, aux girandoles, afin de recueillir leur cire fondue.

Et puis voilà que l’attention se relâche. On commence à parler, à discuter. La Belle Dame devient triste : « V’là qu’elle tombe en humilité » dit Eugène. « Prions ! » ajoute monsieur le curé. Sœur Marie-Edouard commence le chapelet. Aussitôt, la Dame sourit à nouveau. Tout au long du chapelet, au rythme des Ave Maria, la Belle Dame grandit lentement. L’ovale grandit dans les mêmes proportions et les étoiles se multiplient sur sa robe et autour d’elle. « C’est comme une fourmilière, ça se tape sur sa robe, disent les enfants. Oh ! Qu’elle est belle ! »

Après le chapelet, on chante le Magnificat. Au début du chant, les enfants s’écrient : « V’là cor’de qué qui s’fait » (voilà encore quelque chose qui se fait). Une grande banderole vient se dérouler entre le bas de l’ovale et le toit de la maison. Des lettres commencent alors à s’écrire, en majuscule, couleur d’or. « C’est un M » – « Un A » – « un I » – « un S ». Le mot MAIS qui va rester tout seul jusqu’au moment où arrive Joseph Babin, un charretier, qui revient d’Ernée, à 20 km de là, et qui lance à la foule : « Vous pouvez bien prier, les Prussiens sont à Laval ». Le mot PRIEZ vient s’écrire alors après MAIS.

Le message continue de s’écrire lettres après lettres. A la fin des litanies que l’on chante après le Magnificat, les enfants peuvent lire une première ligne se terminant par un gros point : MAIS PRIEZ MES ENFANTS DIEU VOUS EXAUCERA EN PEU DE TEMPS. Au début de l’Inviolata* qui va suivre, des lettres commencent une seconde ligne : MON. Au moment où l’on chante « O Mater alma Christi carissima », le mot FILS vient s’écrire à la suite. « MON FILS » lisent les enfants.

Alors c’est un cri de joie général : « C’est Elle ! C’est bien Elle ! C’est la Sainte Vierge ! » Jusque là, on pensait que ce pouvait être Elle. Mais maintenant, on en est sûr. C’est bien écrit : MON FILS. Pendant que l’on termine l’Inviolata* et que l’on chante le Salve Regina, le message continue et se termine MON FILS SE LAISSE TOUCHER. Il n’y a pas de point final mais cette deuxième ligne est soulignée par un gros trait d’or comme les lettres.

* Inviolata : Hymne à la vierge Marie 

« Chantons notre cantique à Marie » dit alors M. le curé ; et les paroles s’élèvent joyeuses vers le ciel, alors que, dimanche dernier, on l’avait chanté la gorge serrée : « Mère de l’Espérance dont le nom est si doux, Protégez notre France. Priez, priez pour nous. » Au début, la Vierge lève les mains à hauteur de ses épaules et agite les doigts au rythme du cantique. Puis un rouleau « couleur du temps » passe et efface la banderole et le message. Suit un autre cantique « Mon doux Jésus » avec le refrain « Parce Domine, parce populo tuo ». (Pardonnez Seigneur, pardonnez à votre peuple). Les enfants, joyeux jusque là, deviennent subitement tout tristes. C’est que la Vierge elle aussi est devenue toute triste.

Elle ne pleure pas, mais un frémissement au coin des lèvres marque l’intensité de sa douleur. C’est alors qu’une croix d’un rouge vif apparaît devant la Vierge. Sur la croix, Jésus, d’un rouge plus foncé. Au sommet de la croix, sur une traverse blanche, est écrit : JESUS CHRIST. La Vierge prend la croix à deux mains et la présente aux enfants pendant qu’une petite étoile vient allumer les quatre bougies de l’ovale avant d’aller se placer au dessus de la tête de la Vierge. La foule prie en silence et beaucoup pleurent. Puis sœur Marie-Edouard chante l’Ave Maris Stella*. Le crucifix rouge disparait et la Vierge reprend l’attitude du début. Le sourire « un sourire plus grave » revient sur ses lèvres et une petite croix blanche apparaît sur chacune de ses épaules. Il est 8 h ½.

Ave Maris Stella est une hymne catholique à la Vierge Marie, qui appartient au répertoire grégorien. Son titre latin signifie « Salut, étoile de la mer »

« Mes chers amis, dit M. le curé, nous allons faire tous ensemble la prière du soir ». Tout le monde se met à genoux, là où il est, qui dans la neige, qui dans la grange pour ceux qui ont voulu s’abriter du froid glacial. Jeannette Pottier, la vieille servante, commence la prière : « Mettons-nous en présence de Dieu et adorons-le. » Au moment de l’examen de conscience, les enfants signalent la présence d’un voile blanc qui vient d’apparaître aux pieds de la Vierge et qui monte lentement en la cachant à leurs yeux.

Le voile arrive à hauteur de la couronne, s’arrête un instant et, brusquement, tout disparaît : le voile, la couronne, l’ovale, les bougies et les trois étoiles. « Voyez-vous encore ? » Demande M. le curé. « Non, M. le curé, tout a disparu, c’est tout fini ! ». Il est près de 9 h. ( 21H) Le 26 janvier, l’armistice est signé avec la Prusse (dont le roi a été proclamé empereur allemand). Les habitants de Pontmain et des alentours y voient une grâce de l’apparition, d’autant plus que les Prussiens ne sont pas entrés à Laval. Les pèlerins affluent alors à Pontmain

IV – Analyse de l’Apparition

Apparence de la Vierge

Il est environ 5 h ½. Eugène profite de l’arrêt du travail pour sortir à la porte voir le temps.Tout à coup, en plein ciel, au dessus de la maison d’en face, il voit une ‘Belle Dame’. Elle est vêtue d’une robe bleue semée d’étoiles d’or (comme la voûte de l’église peinte ainsi en 1860). Sur la tête, elle a un voile noir surmonté d’une couronne d’or avec un liseré rouge au milieu. Aux pieds, elle porte des chaussons bleus avec une boucle d’or. 

La statue de Notre Dame de Pontmain sur le parvis de la cathédrale
Par GO69 — Travail personnel, CC0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=14840977

Le Magnificat désigne le cantique chanté par la Vierge Marie après l’Annonciation, lors de la visite qu’elle rend à sa cousine Élisabeth âgée et enceinte (épisode couramment appelé la Visitation). Également appelé Cantique de Marie, ainsi que Cantique de la Vierge, ce chant est tiré de l’Évangile de Luc, 1, 46-56

Attitudes de la Vierge

Eugène voit une ‘Belle Dame’ qui tend les bras comme dans un geste d’accueil et qui lui sourit. « Prions ! » ajoute M. le curé. Sœur Marie-Edouard commence le chapelet. Aussitôt, la Dame sourit à nouveau. « Chantons notre cantique à Marie » dit alors M. le curé et les paroles s’élèvent joyeuses vers le ciel. Au début, la Vierge lève les mains à hauteur de ses épaules et agite les doigts au rythme du cantique. Mais les enfants, joyeux jusque là, deviennent subitement tout tristes.

C’est que la Vierge elle aussi est devenue toute triste. Elle ne pleure pas mais un frémissement au coin des lèvres marque l’intensité de sa douleur. C’est alors qu’une croix d’un rouge vif apparaît devant la Vierge. Sur la croix, Jésus, d’un rouge plus foncé. La Vierge prend la croix à deux mains et la présente aux enfants. Puis sœur Marie-Edouard chante l’Ave Maris Stella*. Le crucifix rouge disparait et la Vierge reprend l’attitude du début. Le sourire, un sourire plus grave, revient sur ses lèvres.

Paroles de la Vierge

Le sourire de la Vierge sera le seul dialogue car, de toute l’apparition, la Belle Dame ne dira pas un seul mot mais les messages visuels sont forts : une grande banderole vient se dérouler entre le bas de l’ovale et le toit de la maison. Des lettres commencent alors à s’écrire : «  Mais priez mes enfants, Dieu vous exaucera ; en peu de temps, mon fils se laisse fléchir ».Une croix d’un rouge vif apparaît devant la Vierge. Au sommet de la croix, sur une traverse blanche, est écrit : « Jésus Christ ».

Messages de la Vierge  

Une fois de plus, la vierge demande de prier et atteste de l’efficacité de la prière : si on le prie, son fils nous exaucera en peu de temps ! La croix brandie devant les enfants par la Vierge rappelle l’importance du sacrifice de son fils et, sans doute, la nécessité de commémorer ce sacrifice en pratiquant le rite de l’Eucharistie et la prière du Vendredi de la Passion. Ce geste signifie aussi que le sacrifice de son fils Jésus sur la croix a toujours tout son sens, au cas où les hommes sembleraient l’oublier. 

La phrase écrite « mon fils se laisse toucher » insiste sur la capacité de compassion de son Fils Jésus à l’égard de ceux qui invoquent son pardon. L’émotion et les attitudes de la Viergenous rappellent qu’elle est profondément humaine. Elle sourit à plusieurs reprises et bat même des mains en mesure au rythme du cantique ; puis, elle devient triste avant de sourire à nouveau et redevenir triste un peu plus tard elle ne pleure pas, mais un frémissement au coin des lèvres marque l’intensité de sa douleur.

Autres Visions et/ou éléments supra-naturels

L’apparition de Pontmain donne lieu à une véritable scénographie autour de la Vierge : la vierge est vêtue d’une robe bleue semée d’étoiles d’or comme la voûte de l’église peinte ainsi en 1860. Les enfants décrivent un grand ovale bleu qui est venu entourer la Belle Dame. A l’intérieur quatre bobèches* sont fixées portant quatre bougies éteintes. En même temps apparaît une petite croix rouge sur la robe, à l’endroit du cœur. Tout au long du chapelet, au rythme des Ave Maria, la Belle Dame grandit lentement. L’ovale grandit dans les mêmes proportions et les étoiles se multiplient sur sa robe et autour d’elle. Une croix d’un rouge vif apparaît devant la Vierge.

La Vierge prend la croix à deux mains et la présente aux enfants pendant qu’une petite étoile vient allumer les quatre bougies de l’ovale avant d’aller se placer au dessus de la tête de la Vierge. Le crucifix rouge disparait et la Vierge reprend l’attitude du début. Une petite croix blanche apparaît sur chacune de ses épaules. Il est 8 h ½. ( 20H30) Au moment de l’examen de conscience, les enfants signalent la présence d’un voile blanc qui vient d’apparaître aux pieds de la Vierge et qui monte lentement en la cachant à leurs yeux. Le voile arrive à hauteur de la couronne, s’arrête un instant et, brusquement, tout disparaît : le voile, la couronne, l’ovale, les bougies et les trois étoiles

Les phases visuelles de l’apparition 

1- Marie  apparaît dans un triangle formé par trois grosses étoiles d’or en plein ciel.

2- Un ovale bleu avec quatre bougies éteintes vient entourer la Dame.

3- Une petite croix rouge apparaît sur sa poitrine à l’endroit du cœur. Pendant le chapelet, la Belle Dame grandit lentement au fur et à mesure des Ave Maria. L’ovale grandit aussi et les étoiles se multiplient sur sa robe et autour d’elle. 

5- Au début du Magnificat*, une banderole blanche se déroule en dessous de l’ovale et des lettres d’or viennent s’écrire tour à tour. 

6- Au début du cantique « Mère de l’espérance », Marie va lever les mains à hauteur de ses épaules et remuer les doigts au rythme du cantique. Après un autre cantique dont le refrain est « Parce Domine » son visage est empreint d’une tristesse indicible. 

7- Une croix rouge vif apparaît devant elle, portant le crucifié d’un rouge foncé. 

8- Au sommet de la croix, une traverse blanche avec un nom écrit en lettres rouges couleur sang : Jésus-Christ. 

9 – Marie prend la croix à deux mains et la présente aux enfants. 

10 – Une petite étoile vient allumer les bougies de l’ovale. 

11 – Le crucifix rouge disparaît ; 

12 – Marie reprend l’attitude du début et sourit à nouveau.

13 – Deux petites croix blanches apparaissent sur ses épaules.

Outre l’apparition elle-même mettant en ordre des étoiles,on peut s’étonner d’un étrange concours de circonstance : les Prussiens qui devaient prendre Laval ce soir-là n’y sont pas entrés. Le lendemain, ils se sont repliés. L’armistice est signé le 25 janvier. (La Vierge est apparue le 17 Janvier) Les 38 jeunes de Pontmain reviennent tous sains et saufs. »

Eléments conformes aux autres apparitions 

Marie garde le silence comme à Rome devant Alphonse Ratisbonne et lors de 7 des 18  apparitions de Lourdes. 

La vision du crucifix accompagne l’apparition comme à Amsterdam. La Vierge apparaît dans un environnement priant : depuis l’arrivée de notre curé, l’abbé Michel Guérin, le 24 novembre 1836, dans chaque famille, on prie le chapelet tous les jours.

La Vierge rappelle l’importance de la prière pour recevoir une réponse positive de son fils Jésus.

La vierge apparaît à des enfants.

Eléments spécifiques

Les principaux voyants sont deux garçons. 

La scénographie autour de la Vierge

Lien avec d’autres apparitions / Notre Dame de Bechouate 

Dans les années 1900, quelqu’un apporte une copie de la statue de la Vierge de Pontmain au Liban, dans le village de Béchouate. Lorsque la Vierge apparaîtra dans ce village, en 1976 et 2004, le père Claude Poussier, recteur du sanctuaire de Pontmain, rappellera l’origine française de cette statue, en faisant lui même le pèlerinage à Béchouate, en janvier 2005. À cette occasion, le message de la Vierge de Pontmain, traduit en arabe, sera inscrit sur le sanctuaire de Béchouate.

Notre Dame de Bechouate

V- Reconnaissance et sanctuaires 

Reconnaissance

Monseigneur Casimir Wicart, évêque de Laval, ordonne une enquête sur les apparitions. Il vient lui-même interroger les quatre enfants ayant déclaré voir la « dame » (Joseph et Eugène Barbedette, Françoise Richer et Jeanne-Marie Lebossé). Selon la procédure habituelle, l’enquête est fouillée, mais rapidement (le 2 février 1872), il reconnaît l’authenticité de l’apparition et approuve le culte de la Vierge de Pontmain : « Nous jugeons que l’Immaculée Vierge Marie, Mère de Dieu, a véritablement apparu le 17 janvier 1871, à Eugène et Joseph Barbedette, Françoise Richer et Jeanne-Marie Lebossé dans le hameau de Pontmain ».

Sanctuaire 

L’affluence des pèlerins à Pontmain a été rapide. Pour le premier anniversaire des apparitions, le 17 janvier 1872, on comptait déjà 8 000 personnes.. En 1903, les oblats sont expulsés de France, à la suite de la politique de séparation de l’Église et de l’État. Ils ne reviendront qu’après la Première Guerre mondiale. Pendant cet intervalle, c’est le curé du village qui s’occupe des pèlerins. Ils sont toujours présents aujourd’hui et accueillent les pèlerins à la maison des Oblats de Pontmain, ancien juniorat et noviciat de la congrégation. Le magazine Pèlerin, dans son numéro spécial 15 août 2016, indique une fréquentation moyenne de 250.000 pèlerins par an. 

La Basilique Notre Dame de l’Espérance de Pontmain est édifiée entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle, à proximité du site de l’apparition de Notre-Dame de Pontmain le 17 janvier 1871. Monseigneur Wicart, évêque de Laval, pose la première pierre de la basilique de Pontmain le 17 juin 1873, mais meurt peu après. Ses successeurs suivent sa voie. L’édifice est de style néo-gothique. Il n’est pas orienté est-ouest mais vers la maison de l’Apparition. Les deux flèches de la basilique, qui abritent 39 cloches, sont visibles à plus de 10 km de Pontmain.

À l’intérieur, dix grandes verrières représentant les apparitions mariales en France et des scènes de la vie de Jésus-Christ. La basilique est achevée en 1890, mais en raison de la vacance du siège de Laval, n’est consacrée que le 15 octobre 1900 par Mgr Pierre Geay. Le 21 février 1905, le pape Pie X élève le sanctuaire de Pontmain au rang de basilique et la rattache à Sainte-Marie-MajeureLes 22, 23 et 24 septembre 1908, l’église est proclamée solennellement « Basilique Notre Dame de l’Espérance de Pontmain », en présence de 2 archevêques, 4 évêques, 600 prêtres et 15 000 pèlerins. En 1946  se déroulent les cérémonies du 75e anniversaire de l’apparition, présidées par le nonce apostolique Mgr Roncalli, futur pape Jean XXIII.

Basilique Notre Dame de Pontmain
Par Ikmo-ned — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=10428463

Notre-Dame de Pont main à Béchouate (Liban)

Etoile Notre Dame
Le sanctuaire de Bechouate ( Liban)

Mais que se passe-t-il donc à Bechouate ?

Une statue représentant la Sainte Vierge telle qu’Elle est apparue à Pontmain en 1871, s’anima en août 2004 et opéra des guérisons miraculeuses au Sanctuaire de Notre-Dame de Béchouate situé à Deir El-Ahmar, à une centaine de kilomètres de Beyrouth, dans la plaine de la Bekaa, zone frontalière où les différentes factions belligérantes commercialisent du cannabis et du pavot, dans une enclave chrétienne isolée au milieu de villages chiites. Le 21 août 2004, deux touristes jordaniens, musulmans sunnites, et un enfant de 9 ans, Muhammad al-Hawadi, pénétrèrent dans l’église de Béchouate, un village maronite de la plaine de la Bekaa, au Liban. Ils étaient accompagnés d’un ami de la famille, chrétien maronite. L’objet de leur visite n’était pas religieux : ils n’étaient pas venus là pour prier, mais pour visiter une église de petite dimension construite en 1830. Incontestablement ils se comportaient comme des touristes, tout en maintenant la distance nécessaire à ceux qui venaient prier.

Soudain, devant la statue représentant la Vierge Marie de Pontmain, l’enfant demanda: « Ammo François,c’est–à-dire oncle François, qui est cette femme qui me sourit?Puis, l’enfant ajouta : cette statue est-elle électriquement animée? L’ami de la famille répondit d’abord qu’il ne s’agissait « que d’une statue de plâtre, qui ne bouge, ni ne sourit »,mais, s’approchant, il aperçut un mouvement du chapelet passé autour des mains jointes de la statue. Un fidèle, originaire du village, présent dans l’église se joignit au groupe et s’exclama que lui aussi voyait « les yeux de la Vierge s’animer comme pour faire le signe de croix ». C’est alors qu’une prière, « plus grande que son âge, sortit des lèvres »du jeune garçon musulman : Salut à toi, Vierge Marie, Reine du monde, de la paix et de l’amour. Des vieillards, des enfants et des femmes tombent de par le monde. Instaure la paix, l’amour et la liberté sur la face de la terre, ô Reine du monde.

Les “signes”

Quelques instants plus tard, les visiteurs virent une « huile odorante »s’écouler de la statue de la Vierge. (Voir plus loin un phénomène identique avec la vierge d’Akita au Japon). Un habitant du village s’empressa de faire sonner les cloches. Le soir même, les premiers pèlerins affluaient, et de nombreux fidèles constatèrent que la statue exsudait une huile odorante. Le lendemain, une foule de dévots se pressait dans la chapelle. L’événement transforma, en quelques jours, un village isolé en un vaste centre de pèlerinages interreligieux réunissant des dévots de différentes confessions, chrétiens et musulmans. Des dizaines de milliers de pèlerins de tout le Liban et des pays voisins arrivèrent et continuent à arriver. Mais ce n’est pas tout. Le 29 août 2004 soit huit jours seulement après le miracle précédent, le Ciel envoya un nouveau signe, encore plus fort. Un jeune étudiant, Serge Nakhlé, paralysé à 75% à la suite d’une chute depuis un balcon, et devenu complètement insensible du côté droit, venu en pèlerinage avec une partie de sa famille, se mit à prier devant la statue de la Sainte Vierge et demanda : donne-moi seulement un signe que ce que je demande n’est pas impossible à Dieu. Immédiatement, la statue de la Vierge Marie fit un signe de croix avec le crucifix qu’elle tenait dans ses deux mains et ses yeux s’animèrent, évoquant à nouveau le signe de croix.

Immédiatement la famille de Serge s’éloigna de la foule pour rejoindre sa voiture, mais avant de partir, la mère du jeune homme, inquiète, lui demanda s’il ne souhaitait pas retourner devant la statue. Serge répondit affirmativement et entra à l’intérieur de la petite église, et, comme en extase, se rendit à nouveau devant la statue, mais sans utiliser son déambulateur. Bientôt il se rendit compte que sa famille pleurait, mais des larmes de joie. En effet, Serge se tenait debout, sans son déambulateur et sans aucune aide ; de plus, la sensibilité de tout son côté droit était revenue. Notons ici que toute cette scène fut filmée. Rentré à la maison, le jeune homme poursuivit sa rééducation, bien qu’il ait retrouvé tout son sens de l’équilibre qu’il avait perdu suite à l’accident. Son médecin ne comprit pas cette extraordinaire guérison. Notons ici que depuis le mois d’août 2004, d’autres guérisons physiques ont été évoquées, notamment un cas d’hémiplégie et un autre relatif à de graves problèmes articulaires. Face à l’affluence des fidèles, et sous la direction de l’Évêque du lieu, les responsables de l’église de Béchouate s’organisèrent.

Il y a aujourd’hui huit Messes quotidiennes, une toutes les heures et demi. Les prêtres conduisent une procession autour de l’église et assurent la confession de très nombreux pèlerins. Peu à peu, la population locale favorisa l’accueil des fidèles : restauration et distribution d’eau potable notamment. Des services de premiers secours ont été mis en place. Le Père Claude Poussier, qui était en 2004, recteur du Sanctuaire marial de Pontmain, se rendit à Béchouate du 22 janvier au 3 février 2005 afin de s’entretenir avec les autorités religieuses locales. Monseigneur Mounged El Hachem lui parla de l’extraordinaire affluence des pèlerins au sanctuaire de Béchouate-Pontmain : plus d’un million de personnes en 5 mois à peine. Les pèlerins, venant du Liban, de Syrie, de Jordanie et d’Égypte, étaient des chrétiens et des musulmans. Pendant la présence du recteur français de Pontmain, 35 cas de guérison furent enregistrés. De plus, l’Évêque libanais précisa qu’on assistait à “d’extraordinaires améliorations de santé et des guérisons intérieures en grand nombre.”

La position de l’Église

Aujourd’hui, les autorités religieuses cherchent à comprendre le sens des manifestations de la Sainte Vierge à Béchouate. L’Évêque du lieu pense que, “le monde étant en train de vivre des événements extrêmement graves du fait de la tension entre Orient et Occident, entre Christianisme et Islam, les manifestations de la Sainte Vierge à Béchouate sont un appel à ne pas vivre dans la peur et à créer l’entente entre chrétiens et musulmans.”Le Père Claude Poussier estime que « pour le Liban qui vit actuellement un moment crucial de son histoire, le message de Notre-Dame de Pontmain… est un signe qui est donné à tous, un appel à la fraternité et à l’entente entre des communautés différentes. » 

Il faut rappeler que la Vierge Marie lors de son apparition à Pontmain le 17 janvier 1871, ne parla jamais, mais une grande banderole apparut sur laquelle était inscrite la phrase suivante: “Mais priez mes enfants, Dieu vous exaucera en peu de temps. Mon Fils se laisse toucher.” L’apparition de Pontmain montre que notre Mère à tous exauce ceux qui ont recours à Elle et que la prière possède le pouvoir d’arrêter les guerres et le mal. Si de nombreux fidèles s’étant rendus dans la Mayenne ont fait état de grâces reçues à l’occasion de pèlerinages, Notre-Dame de Pontmain réalise aujourd’hui encore des prodiges, cette fois-ci au Liban.

France / Février à Juillet 1858 Notre Dame de lourdes

I – Généralités

Pays de l’apparition

France

Site 

Lourdes est une commune française située dans le département des Hautes-Pyrénées, en région Occitanie.

Le site de Lourdes vers 1860
Par Charles Mercereau (1822-1864) — http://numerique.bibliotheque.toulouse.fr/ark:/74899/B315556101_A_MERCEREAU_7_028, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=18949516

Désignation  

Notre Dame de Lourdes 

Contexte historique

L’Europe poursuit la colonisation du monde. L’Allemagne, avec la Prusse à l’œuvre, marche vers son unité. 

26 – 27 juin : le traité de Tianjin renforce considérablement la puissance commerciale des Français et des Britanniques en Chine.

1er2 septembre : la France débarque à Tourane (Da Nang – Viêt Nam).

15 décembre : Ferdinand de Lesseps crée la Compagnie universelle du canal maritime de Suez ; la France détient la moitié du capital, le khédive d’Égypte 44 %

18 février : première constitution ségrégationniste du Transvaal.

20 mai : en Mauritanie, le général français Faidherbe, gouverneur du Sénégal impose la souveraineté française aux tribus Trarza qui contrôlaient les escales du bas Sénégal et rançonnaient les commerçants.

31 maicampagne de Cochinchine : une escadre française commandée par l’amiral Rigault de Genouilly mouille devant Tourane, pour protéger les missions catholiques tout en s’assurant des débouchés en Indochine.

6 septembre : prise de Jambi. Les Hollandais annexent les principautés côtières du nord-est de Sumatra.

27 janvier, Delhi : début du procès de l’empereur moghol Bahadur Shah II. Condamné pour trahison le 9 mars, il est déposé et exilé à Rangoon. Sa famille est décimée par le lieutenant William Hodson (en). Les Britanniques profitent de la révolte pour éliminer l’aristocratie indienne. La population indienne est massacrée et torturée sans distinction.

17mars : Irish Republican Brotherhood. La fraternité républicaine irlandaise, les Fenians, demandant la création d’une république indépendante et démocratique, est fondée à Dublin pour renverser le pouvoir britannique.

29 avril : le Portugal abolit l’esclavage dans un délai de 20 ans.

7 octobre : le prince Guillaume devient régent de Prusse. Il renverse Frédéric-Guillaume IV de Prusse, son frère, et inaugure une nouvelle ère : la Prusse mène désormais le combat pour l’unité allemande

II – La voyante 

Bernadette Soubirous, de son vrai nom Marie-Bernarde Soubirous, née le 7 janvier 1844 à Lourdes, et morte le 16 avril 1879 à Nevers, est une sainte catholique française. Elle ne naît pas dans une famille pauvre mais qui va descendre dans la misère ; c’est une famille où l’on prie ; pas d’école pour Bernadette : il faut servir au cabaret de tante Bernarde. Pas de catéchisme : sa mémoire rebelle ne retient pas les formules abstraites. À 14 ans, elle ne sait ni lire, ni écrire, en souffre et  se sent exclue. Pourtant si Bernadette est inculte, elle a une forte personnalité et les pieds sur terre. Elle ne parle pas le français mais le patois local.

Lors de sa première apparition, elle a 14 ans et se demande ce qui lui arrive ; sur le coup, elle fait preuve d’un bon sens et d’un discernement remarquables ; elle se frotte les yeux, essaie de comprendre, se tourne vers ses compagnes pour vérifier ses impressions, prend conseil en confession auprès de l’abbé Pomian : « J’ai vu quelque chose de blanc ayant la forme d’une dame.» Interrogée par le commissaire Jacomet, elle répond avec une assurance, une prudence et une fermeté qui surprennent chez une jeune fille sans instruction : « Aquero, je n’ai pas dit la Sainte Vierge… Monsieur, vous m’avez tout changé». Elle dit ce qu’elle a vu avec un détachement, une liberté  étonnants : « Je suis chargée de vous le dire, pas de vous le faire croire. »

Elle raconte les Apparitions avec exactitude, sans rien ajouter ni retrancher. Elle désigne la Vierge par le terme aquero  : « cette chose là »  et part en courant en répétant sans cesse, sur le chemin, ces mots que lui a dits la Vierge et qu’elle ne comprend pas : « Que soy era immaculada councepciou« . (Je suis l’immaculée conception).  La voyante n’est pas crue ; on la menace de prison. En l’espace de quelques mois, Bernadette Soubirous, alors âgée de 14 ans, était devenue une célébrité internationale, tandis que la vie dans cette bourgade des Pyrénées commençait à être transformée par l’affluence de pèlerins, de curieux et de journalistes.

Bernadette Soubirous , enfant
Par Inconnu — Weltwoche 8/08, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=3703523

Entre 1858 et 1866, Bernadette continue de vivre à Lourdes, où sa situation devient, cependant, de moins en moins tenable. Sans cesse sollicitée, tout en refusant de percevoir quoi que ce soit en rapport aux apparitions ou à sa célébrité, elle se pose la question d’une vie religieuse. En 1864, suivant la recommandation de l’évêque de Nevers, elle se décide à entrer chez les sœurs de la Charité. Deux ans plus tard, alors que la construction de la basilique est en cours, Bernadette a 22 ans et quitte Lourdes pour entrer au couvent Saint-Gildard, à Nevers. Elle y mène treize années d’une vie de « religieuse ordinaire », ayant néanmoins la particularité de recevoir la visite de nombre d’évêques, parmi ceux qui souhaitent se faire une opinion sur elle et sur les apparitions.

Souvent malade et de santé fragile, elle s’occupe de l’infirmerie, quand elle n’y est pas elle-même soignée. Aucun emploi n’est prévu pour elle : alors l’évêque lui donne l’emploi de prier. « Priez pour les pécheurs», avait dit la Dame. Elle y sera fidèle. « Mes armes, écrit-elle au pape, sont la prière et le sacrifice. » La maladie fait d’elle un pilier d’infirmerie. Elle fait ses vœux perpétuels en 1878, puis meurt le 16 avril 1879, à l’âge de 35 ans. Bernadette Soubirous est béatifiée le 14 juin 192puis canonisée le 8 décembre 1933 par le pape Pie XI

Sa fête est célébrée le 16 avril (en France, le 18 février). Lorsqu’on ouvre son cercueil quelques années plus tard, le corps de Bernadette est dans un exceptionnel état de conservation. En 1868, paraissait le livre de Henri Lasserre, intitulé Notre-Dame de Lourdes, qui connaît un grand succès et est traduit en 80 langues. En 1869, le pape Pie IX écrira une lettre à l’auteur pour l’en féliciter, reconnaissant ainsi implicitement ces apparitions.

À la fin du XIXe siècle, la foule qui afflue à Lourdes intéresse nombre d’intellectuels. Parmi eux, Émile Zola (Lourdes), Joris-Karl Huysmans (Les Foules de Lourdes), François Mauriac (Les Pèlerins de Lourdes) ou encore Paul Claudel. L’ensemble des archives et des témoignages sur Bernadette Soubirous a fait l’objet d’un travail de recensement et d’édition critique par René Laurentin, dans les années 196070

François Mauriac
French poet, playwright and diplomat Paul Claudel (1868-1955)
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« Le secret de Lourdes c’est Bernadette ! » par le Père Laurentin, historien des apparitions de Lourdes. 

L’abbé René Laurentin, né le 19 octobre 1917 à Tours et mort le 10 septembre 2017 (à 99 ans) dans le 7e arrondissement de Paris, est un prêtrethéologien et exégète français, spécialiste notamment des apparitions mariales. Il fut longtemps chroniqueur religieux au Figaro. Il a écrit de nombreux livres sur les apparitions mariales dans le monde. Il a publié une centaine d’ouvrages. Ancien expert au Concile Vatican II, Membre de l’Académie théologique pontificale « Pontificia Academia Mariana Internationalis » de Rome, professeur à l’université catholique de l’Ouest, il a été « visiting professor » dans plusieurs universités d’Amérique et d’Italie.

Toutce que nous savons des Apparitions et du Message de Lourdes nous vient de Bernadette. Elle seule a vu. Qui est-elle donc ? On peut distinguer trois périodes dans sa vie : les années de son enfance au sein d’une famille pauvre ; une vie « publique » au temps des Apparitions et du témoignage ; enfin, une vie « cachée » comme religieuse, à Nevers.

Avant les apparitions 

Quand on raconte les apparitions, Bernadette est souvent présentée comme une fille pauvre, malade et ignorante, logée misérablement au Cachot. Sans doute, mais il n’en a pas toujours été ainsi. Lorsqu’elle naît le 7 janvier 1844, au Moulin de Boly, elle est le premier enfant, l’héritière, de François Soubirous et Louise Castérot qui se sont mariés par amour. Bernadette grandit dans une famille unie où l’on s’aime et où l’on prie. Dix ans de bonheur en ces années décisives de son enfance qui vont forger sa forte personnalité et lui donner un bel équilibre. La descente dans la misère qui suivra n’effacera pas cette richesse humaine. Il reste que Bernadette, à 14 ans, mesure 1m 40. Elle a des crises d’asthme. Elle a une nature vive, spontanée, volontaire, prompte aux réparties, incapable de dissimuler.

Elle a de l’amour-propre, ce qui n’a pas échappé à la mère Vauzou, à Nevers, qui disait d’elle : «Caractère raide, très susceptible.» Bernadette se désolait de ses défauts et les combattait énergiquement. Une forte personnalité mais inculte. Pas d’école pour Bernadette : il faut servir au cabaret de tante Bernarde. Pas de catéchisme : sa mémoire rebelle ne retient pas les formules abstraites. À 14 ans, elle ne sait ni lire, ni écrire et en souffre, elle se sent exclue. Alors elle réagit. Septembre 1857 : on l’envoie à Bartrès. Le 21 janvier 1858, Bernadette rentre à Lourdes : elle veut faire sa première communion. Elle la fera le 3 juin 1858, durant les apparitions.

La vie publique 

Les apparitions débutent le 11 février 1858. Pour aider ses parents, Bernadette se chargeait notamment d’aller chercher du bois mort sur les berges du Gave. La voici confrontée au mystère. Un bruit « comme un coup de vent », une lumière, une présence. Sa réaction ? Elle fait preuve d’un bon sens et d’un discernement remarquables ; croyant se tromper, elle mobilise toutes ses ressources humaines : elle regarde, elle se frotte les yeux, elle essaie de comprendre. Ensuite, elle se tourne vers ses compagnes pour vérifier ses impressions : « Avez-vous rien vu ? ».

Elle se tourne ensuite vers Dieu : elle prie son chapelet. Elle se tourne vers l’Église et prend conseil en confession auprès de l’abbé Pomian : « J’ai vu quelque chose de blanc ayant la forme d’une dame. » Interrogée par le commissaire Jacomet, elle répond avec une assurance, une prudence et une fermeté qui surprennent chez une jeune fille sans instruction : « Aquero, je n’ai pas dit la Sainte Vierge… Monsieur, vous m’avez tout changé». Elle dit ce qu’elle a vu avec un détachement, une liberté  étonnants : « Je suis chargée de vous le dire, pas de vous le faire croire.

Elle raconte les Apparitions avec exactitude, sans rien ajouter ni retrancher. Une seule fois, effrayée par la rudesse de l’abbé Peyramale, elle ajoute un mot : « Monsieur le curé, la Dame demande toujours la chapelle… même toute petite.» Dans son Mandement sur les Apparitions, Mgr Laurence souligne «la simplicité, la candeur, la modestie de cette enfant… elle raconte tout sans affectation, avec une ingénuité touchante… et, aux nombreuses questions qu’on lui adresse, elle fait, sans hésiter, des réponses nettes, précises, empreintes d’une forte conviction ». Insensible aux menaces comme aux offres avantageuses, «la sincérité de Bernadette est incontestable : elle n’a pas voulu tromper ».

Mais ne s’est-elle pas trompée elle-même… victime d’une hallucination ? – se demande l’évêque. Il évoque alors le calme de Bernadette, son bon sens, l’absence chez elle de toute exaltation et aussi le fait que les Apparitions ne dépendent pas de Bernadette : elles ont lieu alors que Bernadette ne s’y attendait pas, et dans la quinzaine, par deux fois, alors que Bernadette se rendait à la Grotte, la Dame n’y était pas. Pour en arriver à ces conclusions, Bernadette a dû répondre aux curieux, admirateurs, journalistes et autres, comparaître devant des commissions d’enquête civiles et religieuses. La voilà tirée de l’ombre et projetée au premier plan de l’actualité : « une tempête médiatique » s’abat sur elle. Il lui aura fallu de la patience et de l’humour pour lui résister et préserver la pureté de son témoignage.

Elle n’accepte rien : « Je veux rester pauvre. » Elle ne bénit pas les chapelets qu’on lui présente : « Je ne porte pas l’étole. » Elle ne vendra pas de médailles : « Je ne suis pas marchande. » Et, devant les images à dix sous qui la représentent, elle lance : « Dix sous, c’est tout ce que je vaux ! ». Dans ces conditions, au Cachot la vie n’est plus possible, il faut protéger Bernadette.

Le curé Peyramale, et le maire Lacadé se mettent d’accord : Bernadette sera admise comme « malade indigente » à l’hospice tenu par les Sœurs de Nevers ; elle y arrive le 15 juillet 1860. À 16 ans, elle apprend à lire et à écrire. On peut voir encore aujourd’hui, à l’église de Bartrès, les « bâtons » tracés de sa main ! Par la suite, elle écrira souvent à sa famille et même au pape ! Elle rend visite à ses parents qui ont été relogés à la « maison paternelle ». Elle soigne quelques malades, mais surtout elle cherche sa voie : bonne à rien et sans dot, comment être religieuse ? Finalement, elle entre chez les Sœurs de Nevers « parce qu’on ne m’y a pas attirée ». Dès lors, une vérité s’impose à son esprit : « À Lourdes, ma mission est finie. » Maintenant, elle doit s’effacer pour laisser toute la place à Marie.

La vie cachée à Nevers

C’est elle-même qui emploie cette expression : « Je suis venue ici pour me cacher. » À Lourdes, elle était Bernadette, la voyante. A Nevers, elle devient Sœur Marie-Bernard, la sainte. On a souvent parlé de la sévérité des supérieures à son égard, mais il faut bien comprendre que Bernadette était un cas : il fallait la soustraire à la curiosité, la protéger, et protéger aussi la congrégation. Bernadette fera le récit des Apparitions devant la communauté des sœurs réunies, dès le lendemain de son arrivée ; ensuite, elle ne devra plus en parler. On la gardera à la Maison-mère, alors qu’elle aurait tant aimé soigner les malades. Au jour de sa profession, aucun emploi n’est prévu pour elle : alors l’évêque lui donne « l’emploi de prier ». « Priez pour les pécheurs », avait dit la Dame. Elle y sera fidèle. « Mes armes, écrit-elle au pape, sont la prière et le sacrifice. »

Le couvent saint Gildard, maison mère, à Nevers
Par Cypris — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=18317182

La maladie fait d’elle un pilier d’infirmerie, et puis il y a ses interminables séances au parloir : « Ces pauvres évêques, ils feraient mieux de rester chez eux. » Lourdes est bien loin… revenir à la Grotte, jamais ! Mais, tous les jours, elle y fait son pèlerinage en esprit. Elle ne parlera pas de Lourdes, elle en vivra. « Vous devez être la première à vivre le message », lui dit le Père Douce, son confesseur. Et, de fait, après avoir été aide-infirmière, elle entre peu à peu dans l’état de malade. Elle en fera « son emploi », acceptant dans un acte d’amour parfait toutes les croix, pour les pécheurs : « Après tout, ce sont nos frères. »

Au cours des longues nuits sans sommeil, s’unissant aux messes qui sont célébrées dans le monde entier, elle s’offre comme une « crucifiée vivante » dans le gigantesque combat des ténèbres et de la lumière, associée, avec Marie, au mystère de la Rédemption, les yeux fixés sur le crucifix : « C’est là que je puise ma force. » L’Église l’a proclamée sainte le 8 décembre 1933, non pour avoir été favorisée des Apparitions, mais pour la manière dont elle y a répondu.

La châsse de Bernadette Soubirous à Nevers
Par Bernadette_Soubirous-sarcophagus.jpg: Original uploader was Roock at pl.wikipediaderivative work: Rabanus Flavus (talk) — Bernadette_Soubirous-sarcophagus.jpg, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=15509213

III – L’Apparition (généralités) 

Date

Entre le 11 février et le 16 juillet 1858. Soit les 11,14, 18, 19, 20, 21, 23, 24, 25, 27 et 28 Février ; les 1,2,3,4 et 25 Mars ; les 7 Avril et 16 Juillet, Aucun des jours de la semaine n’est privilégié.

Nombre et durée des apparitions

Bernadette Soubirous aura 18 Apparitions pendant 5 mois dont 12 les premiers quinze jours.Bernadette employait surtout le terme occitan« aquerò » (c’est-à-dire « cela ») pour désigner l’objet de sa vision.

Emplacement des apparitions

Une grotte dans un rocher situé le long du Gave, un torrent de montagne, au lieu dit «  Massabielle », près de Lourdes. 

Récit des Apparitions 

Du 14 Février 1858 au 16 juillet 1858 

1ère apparition : Jeudi 11 février 1858. 

Pour aider ses parents, Bernadette se chargeait notamment d’aller chercher du bois mort sur les berges du Gave. Accompagnée de sa sœur et d’une amie, Bernadette se rend à Massabielle, le long du Gave, pour ramasser des os et du bois mort. Enlevant ses bas pour traverser le ruisseau et aller dans la Grotte, elle entend un bruit qui ressemblait à un coup de vent ; elle lève la tête vers la grotte qui se trouvait là et y apercevra une forme blanche : la Vierge. « J’aperçus une dame vêtue de blanc : elle portait une robe blanche, un voile blanc également,  une ceinture bleue, et une rose jaune sur chaque pied. » Elle fait le signe de la Croix et récite le chapelet avec la Dame. 
La prière terminée, la Dame disparaît brusquement. 

2ème apparition : Dimanche 14 février 1858. 

Bernadette ressent une force intérieure qui la pousse à retourner à la Grotte malgré l’interdiction de ses parents. Sur son insistance, sa mère l’y autorise ; après la première dizaine de chapelet, elle voit apparaître la même Dame. Elle lui jette de l’eau bénite.  La Dame sourit et incline la tête. La prière du chapelet terminée, elle disparaît. 

3ème apparition : Jeudi 18 février 1858.

Pour la première fois, la Dame parle. Bernadette lui présente une écritoire et lui demande d’écrire son nom. Elle lui dit : « Ce n’est pas nécessaire. »  et elle ajoute :  « Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse en ce monde mais dans l’autre. Voulez-vous avoir la grâce de venir ici pendant quinze jours

4ème apparition : Vendredi 19 février 1858.

Bernadette vient à la Grotte avec un cierge béni et allumé. C’est de ce geste qu’est née la coutume de porter des cierges et de les allumer devant la Grotte. 

5ème apparition : Samedi 20 février 1858. 

La Dame lui a appris une prière personnelle. A la fin de la vision, une grande tristesse envahit Bernadette. 

6ème apparition : Dimanche 21 février 1858.

La Dame se présente à Bernadette le matin de bonne heure. Une centaine de personnes l’accompagne. Elle est ensuite interrogée par le commissaire de police Jacomet. Il veut lui faire dire ce qu’elle a vu.  Bernadette ne lui parle que d’ « aquero » (cela) 

7ème apparition : Mardi 23 février 1858 

Entourée de cent cinquante personnes, Bernadette se rend à la Grotte. L’Apparition lui révèle un secret « rien que pour elle ». 

8ème apparition : Mercredi 24 février 1858 

Message de la Dame : « Pénitence! Pénitence! Pénitence! Priez Dieu pour les pécheurs !  Allez baiser la terre en pénitence pour les pécheurs !  » 

Neuvième Apparition : Jeudi 25 Février 1858.

Trois cents personnes sont présentes.  « Allez boire à la fontaine et vous y laver. Vous mangerez de cette herbe qui est là. »  Bernadette raconte : « elle me dit d’aller boire à la source (…) je ne trouvai qu’un peu d’eau vaseuse. Au quatrième essai je pus boire ; elle me fit également manger une herbe qui se trouvait près de la fontaine puis la vision disparut et je m’en allai » Devant la foule qui lui demande: « Sais-tu qu’on te croit folle de faire des choses pareilles ?  » Elle répond seulement: « C’est pour les pécheurs. »

10ème apparition : Samedi 27 février 1858. 

Huit cents personnes sont présentes. L’Apparition est silencieuse. Bernadette boit l’eau de la source et accomplit les gestes habituels de pénitence.

11ème apparition : Dimanche 28 février 1858. 

Plus de mille personnes assistent à l’extase. Bernadette prie, baise la terre et rampe sur les genoux en signe de pénitence. Elle est ensuite emmenée chez le juge Ribes qui la menace de prison. 

12ème apparition : Lundi 1er mars 1858.

Plus de mille cinq cents personnes sont rassemblées et parmi elles, pour la première fois, un prêtre. Dans la nuit, Catherine Latapie, une amie lourdaise, se rend à la Grotte, elle trempe son bras déboîté dans l’eau de la source : son bras et sa main retrouvent leur souplesse. 

13ème apparition : Mardi 2 mars 1858.

La foule grossit de plus en plus. La Dame lui demande : « Allez dire aux prêtres qu’on vienne ici en procession et qu’on y bâtisse une chapelle. » Bernadette en parle à l’abbé Peyramale, curé de Lourdes. Celui-ci ne veut savoir qu’une chose : le nom de la Dame. Il exige en plus une preuve: voir fleurir le rosier, ou églantier, de la grotte. (on est en hiver)

14ème apparition : Mercredi 3 mars 1858.

Dès 7 heures le matin, en présence de trois mille personnes, Bernadette se rend à la Grotte, mais la vision n’apparaît pas. Après l’école, elle entend l’invitation intérieure de la Dame. Elle se rend à la Grotte et lui redemande son nom. La réponse est un sourire. Le curé Peyramale lui redit : « Si la Dame désire vraiment une chapelle, qu’elle dise son nom et qu’elle fasse fleurir le rosier de la Grotte. « 

15ème apparition : Jeudi 4 mars 1858. 

La foule toujours plus nombreuse (environ huit mille personnes) attend un miracle à la fin de cette quinzaine. La vision est silencieuse. Le curé Peyramale campe sur sa position. Pendant 20 jours, Bernadette ne va plus se rendre à la Grotte, elle n’en ressent plus l’irrésistible invitation.

16ème apparition : Jeudi 25 mars 1858. 

La vision révèle son nom, mais le rosier (ou églantier) sur lequel elle pose les pieds au cours de ses Apparitions ne fleurit pas. Bernadette raconte :  « Elle leva les yeux au ciel, joignant en signe de prière ses mains qui étaient tendues et ouvertes vers la terre et me dit : « Je suis l’Immaculée Conception » [« que soy era immaculada councepciou »] La jeune voyante part en courant et répète sans cesse, sur le chemin, des mots qu’elle ne comprend pas. Ces mots troublent le brave curé. Bernadette ignorait cette expression théologique.  Quatre ans plus tôt, en 1854, le pape Pie IX en avait fait une vérité certaine de la foi catholique : un dogme.

17ème apparition : Mercredi 7 avril 1858. 

Pendant cette Apparition, Bernadette tient son cierge allumé. La flamme entoura longuement sa main sans la brûler. Ce fait est immédiatement constaté par le médecin, le docteur Douzous.

18ème apparition et dernière apparition : jeudi 16 juillet 1858.

Bernadette ressent le mystérieux appel de la Grotte,  mais son accès est interdit et fermé par une palissade.  Elle se rend donc en face, de l’autre côté du Gave. Elle voit le Vierge qui se présente à elle sous l’apparence de Notre Dame du Mont Carmel*. « Il me semblait que j’étais devant la grotte, à la même distance que les autres fois,  je voyais seulement la Vierge, jamais je ne l’ai vue aussi belle ! »

Notre Dame du mont Carmel

Notre-Dame du Mont-Carmel (ou Notre-Dame du Carmel) est l’un des divers noms de la Vierge Marie. Sa dénomination procède du mont Carmel, en Terre Sainte

Notre-Dame du Mont-Carmel et les Saints du Carmel (Simon Stock, Ange de Jérusalem, Marie-Madeleine de Pazzi, Thérèse d’Avila) par Pietro Novelli, 1641Par Pietro Novelli — http://santiebeati.it/immagini/?mode=view&album=51875&pic=51875B.JPG&dispsize=Original&start=0, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=3779089

Le mont Carmel, en hébreu Har HaKarmel, littéralement en français « le vignoble de Dieu », est une montagne côtière d’Israël surplombant la mer Méditerranée. La ville de Haïfa se trouve en partie sur le flanc du mont Carmel, ainsi que quelques petites villes, comme Nesher ou Tirat Carmel. Dès le douzième siècle, des hommes vivent en ermites à la recherche de Dieu dans les grottes du Mont Carmel. Les premiers ermites consacrèrent à la Vierge Marie la petite église qu’ils construisaient « au milieu de leurs cellules », signifiant ainsi qu’ils choisissaient Marie comme « patronne » de leur communauté naissante. Et peu de temps après leur arrivée en Europe, ils se firent appeler « Frères de Sainte-Marie du Mont Carmel ». La famille carmélitaine comprend les Frères Carmes, qui sont à l’origine de l’Ordre du Carmel au XIIIe siècle, les moniales Carmélites, fondées au XVe siècle, des laïcs, des congrégations religieuses de style varié, et aussi des associations et communautés diverses. Aux XVIe siècle en Espagne, Thérèse de Jésus (d’Avila) et Jean de la Croix initient une réforme qui aboutit à la séparation entre les réformés (ou déchaussés) et ceux qui poursuivent l’« antique observance ». Sainte Thérèse d’Avila définit l’Ordre du Carmel comme « l’Ordre de Notre-Dame ».

IV – Analyse de l’Apparition

Apparence de la Vierge

« J’aperçus une dame vêtue de blanc : elle portait une robe blanche, un voile blanc également, une ceinture bleue et une rose jaune sur chaque pied. » A la dix huitième apparition, Bernadette raconte : « Il me semblait que j’étais devant la grotte, à la même distance que les autres fois, je voyais seulement la Vierge, jamais je ne l’ai vue aussi belle ! ».

Attitudes de la Vierge

Bernadette fait le signe de la croix et récite le chapelet avec la Dame. Deuxième apparition. Quand Bernadette lui jette de l’eau bénite, la Dame sourit et incline la tête. A la cinquième apparition, la Dame a appris une prière personnelle à Bernadette. A la septième apparition, l’Apparition lui révèle un secret « rien que pour elle « . A la dixième apparition, la Vierge reste silencieuse. Elle ne parlera qu’à la troisième apparition. A la onzième apparition, sans doute à la demande de la Vierge, Bernadette prie, baise la terre et rampe sur les genoux en signe de pénitence. A la quatorzième apparition, dès 7 h le matin, Bernadette se rend à la Grotte, mais la vision n’apparaît pas ! Après l’école, elle entend l’invitation intérieure de la Dame. Elle se rend à la Grotte et lui redemande son nom. La réponse est un sourire.

A la quinzième apparition, la foule toujours plus nombreuse (environ huit mille personnes) attend un miracle à la fin de cette quinzaine, mais la Vierge est silencieuse. Pendant vingt jours, Bernadette ne va plus se rendre à la Grotte. A la seizième apparition, la vision révèle enfin son nom, mais le rosier (ou églantier) sur lequel elle pose les pieds au cours de ses Apparitions ne fleurit toujours pas. (c’est une demande de miracle qu’on lui avait faite ) Bernadette raconte : « Elle leva les yeux au ciel, joignant en signe de prière ses mains qui étaient tendues et ouvertes vers la terre, et me dit : Que soy era immaculada councepciou« .

Paroles de la Vierge

Marie parle très peu et seulement lors de 7 apparitions sur un total de 18 ! A la troisième apparition, pour la première fois, la Dame parle. Bernadette lui présente une écritoire et lui demande d’écrire son nom. Elle lui répond : « Ce n’est pas nécessaire. » Elle ajoute : « Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse en ce monde mais dans l’autre. Voulez-vous me faire la grâce de venir ici pendant quinze jours ? » A la huitième apparition, la Dame dit : « Pénitence ! Pénitence ! Pénitence ! Priez Dieu pour les pécheurs ! Allez baiser la terre en pénitence pour les pécheurs ! « A la neuvième apparition, elle dit : «Allez boire à la fontaine et vous y laver. Vous mangerez de cette herbe qui est là. A la treizième apparition, la Dame lui demande : « Allez dire aux prêtres qu’on vienne ici en procession et qu’on y bâtisse une chapelle ». A la seizième apparition, elle me dit : « Que soy era immaculada councepciou » : Je suis l’Immaculée conception ! 

Messages de la Vierge  

Marie révèle au monde pour la première fois qu’elle est née préservée de la faute originelle. Elle rappelle avec force la nécessité de faire pénitence, pour se sauver, mais surtout sauver l’âme des pécheurs. Les gestes qui nous paraissent effarants qu’elle demande à Bernadette : ramper, manger de l’herbe….nous rappellent que l’important sur terre n’est pas, à travers la symbolique de ces gestes, notre corps et le monde physique, mais le salut de notre âme et celui des autres. En demandant la construction d’une église, elle souligne l’importance de la prière. Dans l’économie de ses mots, la Vierge nous signifie en creux l’importance du silence (donc de la méditation) et du choix des mots.

Cette fois encore – comme à toutes les Apparitions- la Vierge fait preuve de caractère et répond, à sa manière, aux questions ou requêtes qu’on lui pose. Non elle n’écrira pas son nom ; non, l’églantier ne fleurira pas, mais Catherine Latapie verra son bras déboîté reprendre sa souplesse dans l’eau de la source, à la douzième apparition. Car la Vierge est aussi médiatrice de toutes les grâces et pas seulement spirituelles. Enfin, la Vierge rappelle à Bernadette que la vie humaine n’est pas le lieu du bonheur : Bernadette mourra à 35 ans, après avoir passé l’essentiel de sa vie à l’infirmerie du couvent. 

* La Pénitence selon le glossaire de l’église catholique

Faire pénitence, c’est implorer le pardon de Dieu. Le mot s’est peu à peu confondu avec les diverses pratiques de pénitence. Pour l’essentiel, la pénitence vise à la réparation de la faute commise. Elle est le signe de la « conversion » à laquelle le Christ nous a tous appelés : « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle » (Mc 1, 15).

Eléments supra naturels

La flamme du cierge ne brule pas les mains de Bernadette. 

Les 70 guérisons inexpliquées de personnes ayant manifesté une dévotion envers la Vierge de Lourdes. ( reconnues officiellement après enquête)

Le corps non perverti par la corruption de Bernadette Soubrirous. 

Marie parle le patois de Bernadette 

Marie confirme le dogme de l’Immaculée conception reconnue par le pape en 1854, quatre ans plus tôt.

La guérison du bras déboité de Catherine Latapie

Eléments conformes aux autres apparitions 

La  prière personnelle apprise à Bernadette 

La découverte d’une source

L’apparition dans une grotte 

Des guérisons miraculeuses

Le choix d’une jeune fille pauvre et humble

Le secret révélé aux voyants « rien que pour eux »

Bâtir une chapelle et y venir en procession

L’appel à la prière et à la pénitence, pour sauver les pécheurs.

Comme aux enfants de Fatima, la Vierge ne promet pas à Bernadette d’être heureuse « ici bas ». 

Lors de la 17 ème Apparition, Bernadette tient son cierge allumé. La flamme entoure longuement sa main sans la brûler. Ce fait est immédiatement constaté par le médecin, le docteur Douzous.

Marie s’exprime dans le patois local. 

Eléments spécifiques

Le « coup de vent » du Jeudi 11 Février signale l’apparition de la Vierge. (Le vent, pour les chrétiens, est un des «  signes » de la présence de l’Esprit saint.)

Marie demande à Bernadette de faire des gestes de pénitence : ramper, baiser la terre, manger de l’herbe.  

A noter l’exquise politesse de la Vierge envers une enfant de 14 ans : « Voulez-vous me faire la grâce de venir ici pendant quinze jours ? »

Lien avec d’autres apparitions 

La révélation de l’Immaculée conception confirme les mots inscrits sur la médaille miraculeuse vue par Catherine Labouré à Paris, rue du bac, en 1830 : «  Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous »

A San Nicolas de los Arroyos (Argentine), le 11 Janvier 1989, la Vierge dit à la voyante : Gladys Quiroga de Mota, « qu’elle apporte un peu du ciel de Lourdes. 

Le premier message de la Vierge à Ida Peerdeman à Amsterdam, a été donné le 25 mars 1945, fête de l’Annonciation, et également jour anniversaire de celui où la « Belle Dame » de Lourdes (1858) révélait solennellement son identité en patois des Pyrénées, à Bernadette Soubirous: «Que soy era Immaculada Councepciou !» (en français : « Je suis l’Immaculée Conception »).

Comme on le verra régulièrement, les apparitions de la Vierge se confortent les unes les autres : l’espace temps de Marie n’est pas le nôtre ! 

V- Reconnaissance et sanctuaires 

Reconnaissance

Suscitant de vives polémiques, les apparitions, que seule la jeune fille vit, furent rapidement l’objet d’enquêtes et de contre-enquêtes. Une commission d’enquête, mise en place par l’évêque de Tarbes, en juillet 1858, se prononce en faveur de ces apparitions le 18 janvier 1862, (soit quatre ans plus tard). Au nom de toute l’Église, l’évêque du lieu, Mgr Laurence, publia un mandement par lequel il reconnaissait officiellement les apparitions de Lourdes : « Nous sommes […] convaincus que l’Apparition est surnaturelle et divine, et que, par conséquent, ce que Bernadette a vu, c’est la Très Sainte Vierge. » La Vierge y est depuis lors honorée sous le vocable « Notre-Dame de Lourdes ».

Sanctuaire (s)

Au cours d’une de ces apparitions, Bernadette a creusé le sol pour y prendre de l’eau. L’eau de cette source est rapidement réputée miraculeuse et il commence à être question de guérisons. S’en tenant à ce qu’elle avait vu et entendu, Bernadette niera avoir été témoin de guérisons ou y avoir contribué : « On m’a dit qu’il y avait eu des miracles, mais à ma connaissance, non », déclare-t-elle en septembre 1858. Dans un contexte post-révolutionnaire de vives polémiques sur les questions religieuses et, quelques années après les apparitions mariales de la rue du Bac et de la Salette, celles de Lourdes suscitent un engouement populaire important et croissant.

La presse nationale commence à s’y intéresser, durant l’été 1858, notamment avec la publication, par Louis Veuillot, d’un article très remarqué dans L’Univers. Le préfet de Tarbes, suivant les consignes du ministère des Cultes, maintient une interdiction d’accès à la grotte jusqu’en octobre 1858. L’aménagement de la grotte et la construction d’une basilique sur le rocher qui la surplombe commencent en 1862. Depuis, les sanctuaires de Lourdes constituent le plus grand centre de pèlerinage catholique français.

Les sanctuaires comprennent la grotte, lieu des apparitions, la basilique de l’Immaculée-Conception, la basilique du Rosaire, les abords du gave, une esplanade, la basilique Saint-Pie X, une prairie, un accueil pour les malades, les fontaines, les piscines, l’église Sainte-Bernadette, un chemin de croix monumental et nombre de bâtiments de service. Les principaux éléments de cet ensemble de 52 hectares (et notamment les trois basiliques et l’Esplanade du Rosaire) sont situés sur la rive gauche du Gave de Pau qui fait une boucle au niveau du pont Saint-Michel, mais le domaine s’étend aussi largement sur la rive droite en aval de ce pont.

Le centre de pèlerinage accueille chaque année 6 millions de pèlerins ou visiteurs venus du monde entier selon le secrétariat général des sanctuaires, dont environ 60 000 malades et invalides. C’est le troisième lieu de pèlerinage catholique, en fréquentation, après le Vatican et la basilique Notre-Dame de Guadalupe de Mexico. Avec un parc hôtelier de plus de 12 000 chambres, Lourdes est la deuxième ville hôtelière de France, après Paris, mais troisième en nombre d’hôtels après Nice.

Le pape Jean Paul II à la grotte en 1983
Par Ireneed — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=20482345

70 guérisons inexpliquées sur 7000 dossiers déposés y ont été recensées. Six personnes affirment avoir été guéries par l’intercession de Notre-Dame de Lourdes alors qu’elles n’étaient pas venues à Lourdes.La majorité des personnes a été guérie au contact de l’eau de Lourdes (50), la plupart aux piscines du Sanctuaire.

*Les sept dernières guérisons 

  1. Serge PERRIN du Lion d’Angers (France). Hémiplégie droite itérative, avec lésions oculaires, par troubles circulatoires carotidiens bilatéraux. 41 ans au 01-05-1970. Diocèse et date de reconnaissance : Angers 17-06-1978.
  2. Delizia CIROLLI de Paternò (Italie). Sarcome d’Ewing du genou droit. 12 ans au 24-12-1976. Diocèse et date de reconnaissance : Catania (Italie) 28-06-1989.
  3. Jean-Pierre BÉLY de La Couronne (France). Sclérose en plaques évolutive depuis 15 ans. 51 ans au 9.10.1987. Diocèse et date de reconnaissance : Angoulême 9.02.1999
  4. Anna SANTANIELLO de Salerne (Italie). Décompensation cardiaque par maladie mitrale suite à un rhumatisme articulaire aigu. 41 ans au 19-08-1952. Diocèse et date de reconnaissance : Salerne (Italie) 21-09-2005
  5. Sœur Luigina TRAVERSO de Novi Ligure (Italie). Paralysie de la jambe gauche (lombosciatique paralysante sur méningocèle). 30 ans au 23-07-1965. Diocèse et date de reconnaissance : Casale-Monferrato (Italie) 11-10-2012
  6. Danila CASTELLI de Bereguardo (Italie). Hypertension artérielle avec de graves et récurrentes crises. 43 ans au 04-05-1989. Diocèse et date de reconnaissance : Pavia (Italie) 20-06-2013
  7. Plus d’attelle, de pied tordu, d’antalgique. Envolées aussi les séquelles neurologiques. Bernadette MORIAU, religieuse de Beauvais au prénom prédestiné, est devenue officiellement ce dimanche 11 Février 2018, à 78 ans, la 70e miraculée de Lourdes. Sa guérison a eu lieu 11 juillet 2008. C’est donc après de dix ans d’enquête du Bureau des constatations médicales du Sanctuaire de Lourdes que les autorités religieuses ont franchi le pas. Le miracle s’est produit quelques jours à peine après son retour d’un pèlerinage dans la cité mariale. A l’époque sœur Bernadette, infirmière de profession, vit un véritable calvaire. Elle souffre depuis l’âge de 26 ans d’une maladie invalidante des lombaires. Elle a subi de nombreuses opérations chirurgicales, mais rien n’y avait fait. La dernière guérison reconnue datait de 2013. Depuis 1862, 80 % des 70 miracles de lourdes ont concerné des femmes. Mais jusqu’ici aucune ne se prénommait Bernadette.
Statue de Notre Dame de lourdes

L’annonce faite à Marie de Paul Claudel

L’Annonce faite à Marie est un « mystère » en quatre actes et un prologue de Paul Claudel créé le 22 décembre 1912 par la troupe du théâtre de l’Œuvre (salle Malakoff) dans une mise en scène d’Aurélien Lugné-Poe

Dans un « Moyen Âge de convention », Violaine, fille d’Anne Vercors, et fiancée à Jacques Hury, rencontre l’architecte Pierre de Craon, qui l’a autrefois désirée et a, depuis, contracté la lèpre. Violaine consent à lui donner, par compassion et charité, un baiser d’adieu. Mais la scène a été surprise par sa sœur Mara, amoureuse de Hury, et celle-ci va tout tenter pour nuire à sa rivale. C’est à ce moment que le père, Anne, annonce son intention subite d’abandonner la prospérité du domaine familial pour se rendre en Terre sainte laissant à Jacques le patronage de la maison et la main de Violaine.

À la suite du baiser donné à Pierre de Craon, Violaine contracte également la lèpre et, dénoncée par sa sœur, elle se voit reniée par les siens et abandonnée par son fiancé qui l’envoie dans une léproserie et épouse Mara. Elle se retire dans la forêt malade pour se vouer à Dieu. Mais voici que meurt l’enfant né du mariage de Mara et de Jacques. Désespérée, Mara va supplier la lépreuse dans sa caverne durant la nuit de Noël : elle ne l’aime pas, mais elle a foi dans la vertu de sa sainteté qui peut obtenir de Dieu un miracle. Violaine l’associe à ses prières et ressuscite l’enfant dont les yeux prennent alors la couleur des yeux bleus de Violaine alors qu’ils étaient noirs comme Mara. 

À l’acte suivant, Violaine est tuée par Mara, toujours jalouse et, avant de mourir, elle obtient pour cette dernière le pardon de son père et de son mari. Et, tandis que la lèpre de Pierre de Craon a été mystérieusement guérie, Mara trouve enfin la paix dans le pardon, au son des cloches de l’Angélus dont le premier versicule donne son titre à la pièce : Angelus Domini nuntiavit Mariae (« L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie »). L’histoire de cette jeune fille Violaine devenant progressivement une sainte, assimilée à la Vierge Marie donne finalement la signification de ce mystère : la « possession d´une âme par le surnaturel », comme l´a décrit Claudel lui-même.

Notre Dame de Rome

I – Généralités

Pays de l’apparition

Italie

Site 

L’église Sant’Andrea delle Fratte,à Rome.L’église a été reconstruite vers la fin du XVIe siècle pour l’Ordre des Minimes de saint François de Paule. Son nom provient de la proximité des arbres et des vergers du temps de sa construction. De 1653 à 1667Francesco Borromini ajouta une coupole et un impressionnant campanile à l’église. Sa façade latérale gauche donne sur le palais di Propaganda Fide, également œuvre de Borromini et du Bernin. Le peintre russe Oreste Kiprensky (1782-1836) y est enterré. Le 20 janvier 1842, lors d’une visite à Rome, Alphonse Ratisbonne eut une vision de la Vierge Marie dans cette église, ce qui le décida à se convertir au catholicisme. Le pape Jean XXIII accorde à l’église le 12 mars 1960, par la bulle Cum nobis, le titre cardinalice Sant’Andrea delle Fratte.

Désignation  

Notre-Dame de Rome

Contexte historique en 1842

Guerres et répressions ; colonisation ; le libéralisme et la condition ouvrière ; avènement de Karl Marx. 

29 août : signature du traité de Nankin, qui met fin à la première guerre de l’opium après la défaite de la Chine et ouvre le pays à l’influence étrangère. Cinq ports sont ouverts aux Européens (CantonAmoyFou-tcheouNing-poShanghai) ; Hong Kong est cédé au Royaume-Uni pour une durée de 150 ans. Les Britanniques obtiennent une indemnité de guerre de 12 millions de dollars. C’est le premier des « traités inégaux ».

27 janvier : le gouvernement septembriste est renversé au Portugal à la faveur d’un mouvement insurrectionnel parti de PortoCosta Cabral devient président du conseil et le 10 février, il restaure la Charte de 1826. Début de la dictature des frères Cabral (1842-1846) : libéralisme privilégiant les intérêts de la bourgeoisie marchande ou de la nouvelle aristocratie enrichie par l’achat des biens nationaux. 

2 mai, au Royaume-Uni : la deuxième pétition chartiste (3 millions de signatures) est rejetée. Elle dénonce les conditions de travail, les salaires misérables, la loi de 1834 sur les pauvres et le train de vie de la famille royale. De nouvelles grèves éclatent, réprimées avec énergie.

10 août : une loi, proposée par Lord Ashley, interdit le travail des femmes et des enfants de moins de dix ans dans les mines du Royaume-Uni.

3 décembre : sur ordre d’Espartero, Van Halem bombarde Barcelone. La ville se rend le 4. 300 miliciens et bourgeois sont passés par les armes. Fin de l’insurrection espagnole

1er janvier : fondation du journal de CologneRheinische Zeitung (la Gazette rhénane), de tendance démocratique. Le 15 octobreKarl Marx en devient rédacteur en chef révolutionnaire. Les autorités prussiennes font interdire le journal et poussent Marx à quitter le pays pour la France (dernier numéro le 31 mars 1843).

II – Le voyant

Alphonse Ratisbonne

1er mai 1814Strasbourg) – 6 mai 1884, (Ein Karem – Jérusalem)

Est un prêtre et missionnaire français d’origine juive dont la conversion au catholicisme fit grand bruit à l’époque. Après sa conversion, il entre dans la Compagnie de Jésus. Il seconde son frère, Théodore, lui aussi converti au catholicisme, pour développer la Congrégation de Notre-Dame de Sion. Il fonde plusieurs monastères et orphelinats. Alphonse Ratisbonne est le neuvième et dernier enfant d’Auguste Ratisbonne et de son épouse Adélaïde, d’une famille de banquiers juifs de Strasbourg. Son père est le président du consistoire d’Alsace.

Lorsque son frère aîné Théodore(1802-1884) se convertit au catholicismeet se voit écarté par la famille, Alphonse rejette toute forme de religion. Après des études de droit à Paris, Alphonse Ratisbonne entre dans la banque familiale et annonce ses fiançailles avec sa nièce, âgée de 16 ans. Celle-ci étant encore trop jeune pour le mariage, il s’éloigne quelque temps de Strasbourg et part faire un voyage d’agrément en Italie.

Alphonse Ratisbonne
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C’est à Rome, dans la basilique Sant’Andrea delle Fratte, qu’il dit avoir eu une vision de la Vierge Marie, le 20 janvier1842 ; il décide alors de se convertir au catholicisme. Il ajoute le prénom de « Marie » à son nom de baptême. Il entre dans la Compagnie de Jésus en juin 1842. Il effectue son noviciat chez les Jésuites de Laval.

Il reçoit, dans cette église, l’ordination sacerdotale en 1848 des mains de MgrJean-Baptiste Bouvier, évêque du Mans. En 1850, il est nommé aumônier des prisonniers de Brest. Deux ans plus tard, avec l’autorisation du supérieur général des Jésuites, Jean-Philippe Roothaan, et la bénédiction du pape Pie IX, il quitte la Compagnie de Jésus pour rejoindre son frère Théodore et les « Pères de Sion » à Paris.

En 1855, il s’installe en Palestine, où il passe le reste de son existence et y emmène une partie de la communauté de Notre-Dame de Sion. Il acquiert dans la Vieille Ville de Jérusalem un terrain vague en 1857 et fait construire sur les vestiges de ruines anciennes. Il y fonde en 1858 le couvent de l’Ecce Homo pour les Sœurs de Sion, auquel il adjoint une école et un orphelinat. En 1860, il fait construire le monastère de Saint-Jean sur la colline d’Ein Karem, dans les environs de Jérusalem, avec une église et un orphelinat.

En 1874, il fonde le monastère Saint-Pierre-de-Sion, dit « monastère Ratisbonne », aujourd’hui occupé par un centre d’étude salésien, dans le quartier de Réhavia à Jérusalem. Enfin, il ouvre l’orphelinat Saint-Pierre, près de la porte de Jaffa, et une école d’apprentissage.

Le monastère saint Jean, quartier de Rehavia à Jérusalem
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La tombe d’Alphonse Ratisbonne à Jérusalem
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III – L’Apparition (généralités) 

Date

Le 20 janvier 1842

Nombre et durée des apparitions

Une seule apparition

Emplacement des apparitions

Une chapelle dans l’église Sant’Andrea delle Fratte, à Rome.

Récit 

Un jour, en 1842, un certain Alphonse Ratisbonne, juif pratiquant, se rend chez un de ses amis, qui habite Rome (Italie), et qui est un fidèle de l’Église Catholique. Douze ans avant, la Sainte Vierge-Marie était apparue à Paris (France) à la sœur Catherine Labouré (Sainte). Celle-ci lui avait confié une mission, de faire paraître une médaille à son effigie. Très vite, le médaillon passa les frontières, et c’est ainsi qu’un ami d’Alphonse Ratisbonne lui en offrit une. Celui-ci ne put refuser ce cadeau. Après plusieurs jours, le 20 janvier 1842, Alphonse accompagna son ami dans une église. Alors que ce dernier alla parler au prêtre, Alphonse visita l’édifice, puis, se mit à genoux et pria. À cet instant même, la Sainte Vierge lui apparut et le bénit. Après cet événement mystique, il se convertit et devint chrétien. 

A Rome, le Dimanche 20 janvier 2008, Benoît XVI a évoqué, avant l’angélus, l’anniversaire de l’apparition de la Vierge Marie à Rome, en l’église Saint-André delle Fratte, le 20 janvier 1842.

IV – Analyse de l’Apparition

Apparence de la Vierge

Alphonse raconte :« J’étais depuis un instant dans l’église lorsque tout d’un coup, je me suis senti saisi d’un trouble inexprimable ; j’ai levé les yeux, tout l’édifice avait disparu à mes regards. Une seule chapelle avait pour ainsi dire concentré la lumière et au milieu de ce rayonnement parut, debout sur l’autel, grande, brillante, pleine de majesté et de douceur, la Vierge Marie, telle qu’elle est sur ma médaille. (la médaille miraculeuse qu’un ami lui avait offert et qu’il portait au cou). 

L’apparition de la Vierge à Alphonse Ratisbonne
Par zeitgenössischer Maler — Webseite über Alphonse Ratisbonne http://www.marysource.com/articles/alphonse_ratisbonne.htm, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=12862351

Attitudes de la Vierge

« La Vierge m’a fait signe, de la main, de m’agenouiller ; une force irrésistible m’a poussée vers elle ; la Vierge a semblé me dire : c’est bien ! Elle ne m’a point parlé, mais j’ai tout compris.»

Paroles de la Vierge

C’est une apparition « silencieuse ».  Aucune parole ne sera prononcée par la Vierge.

Messages de la Vierge  

La Vierge, en apparaissant à Rome en 1842, sous les traits de la Vierge de la médaille miraculeuse, voulait sans doute confirmer son apparition à Catherine Labouré rue du Bac à Paris en 1830, sans attendre les conclusions toujours très longues de l’enquête en cours. 

Eléments supra naturels

L’invraisemblable concours de circonstances ayant amené Alphonse Ratisbonne à visiter l’église où la Vierge lui est apparu. 

Eléments conformes aux autres apparitions 

Beaucoup de voyants, comme Alphonse, témoignent subir une force contre laquelle ils ne peuvent lutter et qui les oblige à s’agenouiller. Comme dans toutes ses apparitions, la Vierge apparaît « brillante, pleine de majesté et de douceur ». Alphonse ajoutera « grande ». Sur ce point, Bernadette Soubirous se plaindra, à plusieurs reprises, qu’on lui présentait un portrait de la Vierge avec une taille « trop grande » par rapport à ce qu’elle avait vu. Mais il n’est pas interdit à la Vierge de prendre l’apparence qu’elle souhaite et d’en changer ; en l’occurrence, à Rome, elle souhaitait sans doute ressembler à son portrait sur la médaille miraculeuse où elle figure comme une femme de grande taille.  

Eléments spécifiques

Alphonse fait partie du tout petit nombre de voyants de la Vierge, de sexe masculin, avec Francisco Marto de Fatima, les garçons Barbedette à Pont main, et Juan Diego à Tepeya au Mexique. Alphonse Ratisbonne est l’exemple unique d’une conversion d’un Juif au catholicisme provoquée par l’apparition de la Vierge. Son père est même le président du consistoire d’Alsace. L’apparition de Rome est l’illustration de la manière dont la Providence utilise les circonstances de la vie pour ramener les hommes à Dieu. Alphonse Ratisbonne oeuvrera toute sa vie et de manière très dynamique à la création de monastères, écoles et orphelinats, mais n’est pas déclaré saint ou bienheureux.

Lien avec d’autres apparitions 

Cette apparition emmena la reconnaissance officielle de la Médaille miraculeuse par l’Église Catholique. L’église, Sant’Andrea delle Fratte, située à deux pas de la place d’Espagne, et qui a reçu d’illustres visiteurs comme sainte Thérèse de Lisieux lors de son voyage à Rome et saint Maximilien Kolbe, qui y a célébré une première messe, abrite en effet une chapelle ornée d’un tableau représentant la Vierge Marie qui ressemble très fort à l’avers de la Médaille « miraculeuse » montrée par la Vierge Marie à sainte Catherine Labouré, en 1830 à Paris ! 

Chapelle, à l’intérieur de la basilique, représentant la Vierge de la médaille miraculeuse

V- Reconnaissance et sanctuaires 

Reconnaissance

Le 3 juin 1842, l’Église Catholique reconnaît officiellement l’Apparition de Notre-Dame de Rome. Aujourd’hui, on célèbre la mémoire de Notre-Dame de Rome tous les 20 janvier, jour de l’apparition.

Sanctuaire

La basilique Sant’Andrea delle Fratte
Par LPLT — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=6615467

Classée par nous dans les Apparitions reconnues, même si pour des raisons diverses, elle n’a pas été formellement reconnue, compte tenu de ses liens forts avec les apparitions d’Amsterdam et de Rome 1842 et de la médaille miraculeuse. Par ailleurs, la voyante : Catherine Labouré, est canonisée. France / 1830

Notre dame de la médaille miraculeuse

I – Généralités

Pays de l’apparition

France 

Site 

Paris, 140 rue du Bac


L’immeuble 140 rue du Bac à Paris
Par Thesupermat — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=24886737

Désignation  

Notre Dame de la Médaille miraculeuse

Contexte historique

L’hiver est particulièrement froid en 1830 et une disette arrivera au Printemps ; l’épidémie de cholera qui se déclenche durera jusqu’en 1835. C’est aussi la conquête de l’Algérie et la révolution de Juillet ou des trois Glorieuses. Louis Philippe succède à Charles X. La disette provoque une série d’incendies, en particulier dans l’Ouest : les mendiants menaçant les paysans de brûler leurs chaumières s’ils ne leur fournissent pas du pain.

21 mars : dissolution de la Chambre.

5 juillet : prise d’Alger . Capitulation du dey Hussein. L’Algérie devient colonie française. L’envoi en Afrique et la concentration dans le sud de la France de nombreuses troupes ne peut que faciliter le succès d’une insurrection parisienne.

27 – 29 juillet : révolution de juillet ou les Trois Glorieuses (en référence aux journées d’émeutes des 27, 28, 29 juillet).

9 août : proclamation officielle de la monarchie de Juillet au Palais Bourbon. Le duc d’Orléans accepte la couronne et devient Louis-Philippe Ier. Il prête serment devant les Chambres.

16 octobre : L’Avenir, journal catholique libéral est fondé par LamennaisLacordaire et Montalembert.

3 novembre : inauguration de l’église Saint-Louis de La Roche-sur-Yon, alors appelée Bourbon-Vendée.

II – La voyante 

Catherine Labouré, en religion, sœur Catherine de la charité, est née le 2 mai 1806 et décédée le 31 décembre 1876 à Paris. Catherine est née à Fain-lès-Moutiers en Bourgogne, huitième des dix enfants du fermier Pierre Labouré et de son épouse Louise Gontard qui meurt le 9 octobre 1815. Ayant perdu sa mère à l’âge de neuf ans, Catherine, que sa famille appelle Zoé, développe une affection particulière pour la Vierge Marie. Étant donné les circonstances familiales, elle est placée chez sa tante avec sa sœur cadette Tonine, puis à douze ans, après sa communion reçue le 25 janvier 1818, elle revient à la ferme de son père où elle s’occupe du ménage, de la cuisine et des bêtes (traite des vaches, nourrissage des porcs et des 800 pigeons), si bien qu’elle ne va pas à l’école.

Saint Catherine Labouré (1806-1876), Marian visionary
Par Unidentified photographer — http://www.stcatherinelaboure.ie/images/St%20Catherine/St_Catherine_2.jpg, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=9949292

Adolescente, elle désire comme sa sœur aînée Marie-Louise entrer chez les Filles de la Charité à la suite d’un rêve la faisant rencontrer un vieux prêtre qui l’encourage dans cette voie. Une cousine se propose de prendre Catherine à Châtillon-sur-Seine dans un pensionnat réputé qu’elle dirige et où elle apprend à lire et écrire. Elle est confirmée dans sa décision de devenir religieuse lorsqu’elle découvre dans la maison des sœurs de la Charité à Châtillon-sur-Seine un tableau de Vincent de Paul, qui a fondé cet ordre, en qui elle reconnaît le vieux prêtre. Son père qui désire la marier et la détourner de ce choix, l’envoie travailler à Paris, où un de ses frères tient une cantine pour ouvrier. Elle y découvre la misère du peuple, ce qui l’incite d’autant plus, à 18 ans, à entrer chez les religieuses de Saint Vincent de Paul.

Après trois mois de discernement à la maison des sœurs de la Charité à Châtillon-sur-Seine, elle commence son noviciat le 21 avril 1830 à la maison-mère située rue du Bac à Paris. Le 30 janvier 1831, elle prend l’habit et prononce ses vœux. Elle est envoyée le 5 février 1831 à l’hospice d’Enghien qui recueille les vieillards, notamment les anciens serviteurs de la Maison d’Orléans. L’hospice est situé dans le village de Reuilly au sud-est de Paris et elle y reste jusqu’à la fin de sa vie. Cette fille de paysan y fait preuve d’un caractère affirmé, voire un peu fruste, s’occupant également de la ferme de l’hospice, nourrissant les volailles et nettoyant l’étable. « Elle passait inaperçue » dira d’elle une religieuse.

Pieuse, elle est également sujette à des visions ou à des prémonitions qu’elle ne révèle qu’à son confesseur et à sa supérieure. Sa vie entière sera marquée par un profond silence. En 1870-1871, Catherine, comme tous les Parisiens, subit le siège de Paris par les troupes prussiennes, la famine puis les troubles de la Commune de Paris au cours de laquelle, dit-on, des révolutionnaires venaient demander des médailles au couvent. Catherine Labouré meurt le 31 décembre 1876, quarante-six ans après ses visions, sans jamais avoir révélé son secret à d’autres qu’à son directeur spirituel.

À l’occasion de sa béatification par le pape Pie XI le 28 mai 1933, son corps est exhumé de son cercueil constitué d’une bière en sapin emboîtée dans une caisse de plomb, le 21 mars 1933. Le corps est retrouvé en parfait état (personne myroblyte). Il est nettoyé, mis en habit de religieuse (avec notamment la cornette blanche aux larges ailes) et placé dans une châsse en bronze doré dans la chapelle de la Médaille miraculeuse au no 140 de la rue du Bac à Paris. Le corps de sainte Louise de Marillac, première supérieure des Filles de la Charité, repose aussi rue du Bac, à deux pas de la chapelle des Lazaristes où est exposé le corps de saint Vincent de Paul. Catherine Labouré est canonisée le 27 juillet 1947 par le pape Pie XII. Elle est fêtée localement le 25 novembre ou le 28 novembre.

Vincent de Paul ou Vincent de paul, né au village de Pouy près de Dax le 24 avril 1581 et mort le 27 septembre 1660 à Paris, est une figure du renouveau spirituel et apostolique du XVIIᵉ siècle français, prêtre, fondateur de congrégations qui œuvra tout au long de sa vie pour soulager la misère matérielle et morale. Wikipedia

Louise de Marillac (Paris12 août1591 – Paris15 mars1660) est une aristocrate française, fondatrice avec  saint Vincent de Paul des Filles de la Charité. Béatifiée en 1920, reconnue sainte par l’Église catholique et canonisée en 1934, elle a été proclamée Sainte Patronne des œuvres sociales en 1960. Wikipedia

III – L’Apparition (généralités) 

Date

La première apparition a lieu le 18 juillet 1830, jour de la fête du fondateur des Filles de la Charité : saint-Vincent de Paul. La seconde se produit le 27 novembre 1830 et la troisième en Décembre 1830.

Nombre et durée des apparitions

3 apparitions de Juillet à Décembre 1830.

Nature de l’Apparition 

Catherine Labouré fait part à son confesseur, seulement, des apparitions de la Vierge Marie qu’elle dit avoir eues en juillet et novembre 1830 durant son noviciat (appelé séminaire chez les Filles de la Charité) en la chapelle de son couvent de la rue du Bac à Paris. Cet événement est à l’origine de la diffusion de la « Médaille miraculeuse », portée aujourd’hui par de nombreux catholiques.

Emplacement des apparitions

Dans la chapelle de la rue du Bac située dans le quartier Saint-Thomas-d’Aquin du 7e arrondissement de Paris, au 140, rue du Bac, abritant la maison mère des Filles de la Charité. 

Récit 

A 24 ans, après l’avoir longtemps espéré, Catherine entre enfin chez les sœurs de la charité, rue du Bac à Paris, le 21 avril 1830. Le 18 juillet 1830, c’est la fête du fondateur des Filles de la Charité : saint-Vincent de Paul qu’elle aime tant. A 11 heures et demie du soir, elle s’entend appeler par son nom. Un mystérieux enfant est là, au pied de son lit et l’invite à se lever : « La Sainte Vierge vous attend». Catherine s’habille et suit l’enfant « portant des rayons de clarté partout où il passait.» Arrivée dans la chapelle, Catherine s’arrête près du fauteuil du prêtre placé dans le chœur sous le tableau de sainte Anne.

Elle entend alors  comme le froufrou d’une robe de soie. Son petit guide dit : « Voici la Sainte Vierge ». Elle hésite à le croire. Mais l’enfant répète d’une voix plus forte : « Voici la Sainte Vierge.» Catherine s’élance aux pieds de la Sainte Vierge assise dans un fauteuil et appuie les mains sur les genoux de la Mère de Dieu. 

Nef et assistance
Par Mbzt — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=32405287

« Là, il s’est passé un moment, le plus doux de ma vie. Il me serait impossible de dire ce que j’éprouvais. La Sainte Vierge m’a dit comment je devais me conduire envers mon confesseur et plusieurs autres choses. «  Mon enfant, le Bon Dieu veut vous charger d’une mission. Vous aurez bien de la peine, mais vous vous surmonterez en pensant que vous le faites pour la gloire du Bon Dieu… vous en serez tourmentée ; jusqu’à ce que vous l’ayez dit à celui qui est chargé de vous conduire; vous serez contredite. Mais vous aurez la grâce. Ne craignez pas, dites tout avec confiance et simplicité…  ».

Puis, la Sainte Vierge désigne de la main l’autel où repose le tabernacle et dit : « Venez au pied de cet autel. Là, les grâces seront répandues sur toutes les personnes qui les demanderont avec confiance et ferveur.» L’entretien roule ensuite sur la communauté  : «  Mon enfant, j’aime répandre mes grâces sur la communauté. Je l’aime heureusement. J’ai de la peine  : il y a de grands abus, la règle n’est pas observée, la régularité laisse à désirer. Il y a un grand relâchement dans les deux communautés. Dites-le à celui qui est chargé de vous…  » Elle descend ensuite dans les détails de la vie quotidienne pour corriger tout ce qui ne va pas  !

« C’est cela une vraie réforme ! (…) ». Enfin la Sainte Vierge en vient à parler de la France  : «  Les temps sont très mauvais, des malheurs vont fondre sur la France  ;  le trône sera renversé [dix jours après, c’était fait] ; le monde entier sera renversé par des malheurs de toutes sortes (la Sainte Vierge avait l’air très peinée en disant cela, note sœur Catherine). Mais venez au pied de cet autel, là les grâces seront répandues sur toutes les personnes qui les demanderont avec confiance et ferveur ; elles seront répandues sur les grands et sur les petits…   »Catherine reçoit aussi la demande de fondation d’une Confrérie d’Enfants de Marie. Cette dernière sera réalisée par le Père Aladel le 2 février 1840. 

Autel de la médaille miraculeuse
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Et la Sainte Vierge continua  : «  Le moment viendra où le danger sera grand ;on croira tout perdu ; là je serai avec vous, ayez confiance,vous reconnaîtrez ma visite et la protection de Dieu et celle de saint Vincent sur les deux communautés.   Il y aura bien des victimes, Monseigneur l’archevêque mourra. Mon enfant, la croix sera méprisée ; le sang coulera dans les rues [ici, note sœur Catherine, la Sainte Vierge ne pouvait plus parler, la peine était peinte sur son visage]. Mon enfant, me dit-elle,le monde entier sera dans la tristesse » À ces mots, je pensai   : quand est‑ce que ce sera  ? J’ai très bien compris  :« quarante ans.  »

Quarante ans après, jour pour jour, la guerre franco-allemande de 1870 sera déclarée, entraînant son cortège de calamités. C’est en pleurant que la Sainte Vierge prédit tout cela. Après avoir ainsi révélé l’avenir sous des couleurs si sombres, l’Immaculée voulut donner à ceux qui se réfugieraient auprès d’elle, un moyen accessible à tous, de passer à travers ces temps difficiles : la Médaille miraculeuse.

Le 27 novembre 1830, la Sainte Vierge apparaît de nouveau à Catherine dans la chapelle. Cette fois, c’est à 17 h 30, pendant l’oraison des novices, sous le tableau de saint Joseph. D’abord Catherine voit comme deux tableaux vivants qui passent, en fondu enchaîné, et dans lesquels la Sainte Vierge se tient debout sur le demi-globe terrestre, ses pieds écrasant le serpent. Dans le premier tableau, la Vierge porte dans ses mains un petit globe doré surmonté d’une croix qu’elle élève vers le ciel. Catherine entend : « Cette boule représente le monde entier, la France et chaque personne en particulier. » Dans le deuxième tableau, il sort de ses mains ouvertes, dont les doigts portent des anneaux de pierreries, des rayons d’un éclat ravissant.

Catherine entend au même instant une voix qui dit : « Ces rayons sont le symbole des grâces que je répandssur les personnes qui me les demandent. » Puis un ovale se forme autour de l’apparition et Catherine voit s’inscrire en demi-cercle cette invocation en lettres d’or : « O Marie conçue sans péché priez pour nous qui avons recours à vous. » Alors une voix se fait entendre : « Faites, faites frapper une médaille sur ce modèle.Les personnes qui la porteront avec confiance recevront de grandes grâces ». Enfin le tableau se retourne et Catherine voit le revers de la médaille : en haut une croix surmonte l’initiale de Marie, en bas deux cœurs, l’un couronné d’épines, l’autre transpercé d’un glaive. 

Au mois de décembre 1830, pendant l’oraison, Catherine entend de nouveau un froufrou, cette fois derrière l’autel. Le même tableau de la médaille se présente auprès du tabernacle, un peu en arrière. « Ces rayons sont le symbole des grâcesque la Sainte Vierge obtient aux personnes qui lui demandent…Vous ne me verrez plus ». «  Vous dire ce que j’ai éprouvé alors, et tout ce que j’ai appris au moment où la Sainte Vierge offrait le globe à Notre‑Seigneur, cela est impossible à le rendre.  » dira Catherine.  Elle écrira pourtant un jour, avec un lyrisme qui ne lui était pas coutumier  : «  Oh  ! Qu’il sera beau d’entendre dire   : “ Marie est la Reine de l’univers, particulièrement de la France ”, et les enfants s’écrieront avec joie et transport  : “ et de chaque personne en particulier »

Ce sera un temps de paix, de joie et de bonheur qui sera long ; elle sera portée en bannière et elle fera le tour du monde.  » Faire connaître et aimer cette “ Vierge au globe, reine de l’univers ”, sera, si l’on peut dire, le tourment de la vie de sainte Catherine Labouré ; elle dira même un jour son “ martyre ”. Ce n’est qu’en 1876, l’année même de sa mort, qu’elle obtiendra de ses supérieurs qu’une statue soit sculptée selon ses indications. (…) C’est la fin des apparitions. Catherine fait part à son confesseur, le Père Aladel, des requêtes de la Sainte Vierge. Il l’accueille fort mal, lui interdit d’y penser. Le choc est rude. Le 30 janvier 1831, Catherine prend l’habit. Le lendemain, elle part à l’hospice d’Enghien fondé par la famille d’Orléans 12 rue de Picpus, à Reuilly, à l’Est de Paris, dans un quartier de misère où elle servira les vieillards et les pauvres pendant 46 ans, incognito.

”. Ce sera un temps de paix, de joie et de bonheur qui sera long ; elle sera portée en bannière et elle fera le tour du monde.  » Faire connaître et aimer cette “ Vierge au globe, reine de l’univers ”, sera, si l’on peut dire, le tourment de la vie de sainte Catherine Labouré ; elle dira même un jour son “ martyre ”. Ce n’est qu’en 1876, l’année même de sa mort, qu’elle obtiendra de ses supérieurs qu’une statue soit sculptée selon ses indications. (…) C’est la fin des apparitions. Catherine fait part à son confesseur, le Père Aladel, des requêtes de la Sainte Vierge. Il l’accueille fort mal, lui interdit d’y penser. Le choc est rude. Le 30 janvier 1831, Catherine prend l’habit. Le lendemain, elle part à l’hospice d’Enghien fondé par la famille d’Orléans 12 rue de Picpus, à Reuilly, à l’Est de Paris, dans un quartier de misère où elle servira les vieillards et les pauvres pendant 46 ans, incognito.

Châsse de Catherine Labouré
Par André Leroux — « œuvre personnelle », Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1955295

Après deux ans d’enquête et d’observation de la conduite de Catherine, le prêtre informa l’archevêque de Paris, sans lui révéler l’identité de Catherine. La requête fut approuvée et les médailles furent frappées et devinrent extrêmement populaires, notamment durant l’épidémie de choléra de 1832. La Vierge avait en outre demandé à Catherine de rassembler une confrérie d’enfants de Marie. En 1837, les Filles de la Charité et les Lazaristes répondent à ce vœu en fondant les Enfants de Marie Immaculée. Bien que la foi en l’Immaculée Conception de la Vierge Marie fût largement répandue, la doctrine n’avait pas encore été définie et le dogme non encore proclamé.

La médaille avec les mots « conçue sans péché » conduisit le pape Pie IX (élu en 1846) à aller de l’avant : le 8 décembre 1854, il proclame solennellement le dogme de l’Immaculée Conception. En 1858, à Lourdes la Vierge Marie se  présentera à Bernadette Soubirous par ces mots « Je suis l’Immaculée Conception* » Catherine mourut 46 ans après les apparitions sans jamais avoir révélé son secret à d’autres qu’à son directeur. Son corps, parfaitement conservé, est dans la chapelle des apparitions, sous la statue de la Vierge au globe. 

*  » Immaculée conception » : privilège selon lequel, en vertu d’une grâce exceptionnelle, la Vierge Marie est née préservée du péché originel. Le dogme de l’Immaculée conception a été proclamé par Pie IX en 1854. À ne pas confondre avec la conception virginale de Jésus par Marie. 

Péché originel : le péché originel désigne spécifiquement l’acte par lequel l’homme a fait pour la première fois rupture avec Dieu. Il désigne par extension notre refus, sous de multiples formes, d’être conduit par Dieu. L’homme veut être son propre maître, sa propre fin et prendre la place de Dieu, il brise alors sa relation au Dieu Créateur. 

«L’Immaculée Conception», huile sur toile (Hauteur. 198 cm ; largeur. 124 cm) de Pierre Paul Rubens. – Œvre executée vers 1628-1629, appartenant au musée du Prado. – Ref. Nº Cat. P1627, photographiée lors de l’exposition temporaire « Rubens et son Temps » au musée du Louvre-Lens.
User:Jean-Pol GRANDMONT (2013), Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=27224135

IV – Analyse de l’Apparition

Apparence de la Vierge

À la chapelle, Catherine est à peine agenouillée qu’elle entend le froufrou d’une robe de soie. La sainte Vierge est là, resplendissante. La figure de la vierge, bien découverte, est si belle que la voyante n’en pouvait dépeindre ou exprimer la beauté ravissante.  Quand elle priait, dit Catherine, sa figure était si belle, si belle, qu’on ne pourrait la dépeindre.  

Attitudes de la Vierge

Le 18 Juillet 1830, Marie s’asseoit dans le fauteuil de l’aumônier ; Catherine se jette à ses genoux. Et pendant deux heures, la Vierge Marie parle à Catherine comme une mère qui se confie à son enfant. Catherine a les mains jointes sur les genoux de Marie ! Le 27 Novembre 1830, la Sainte Vierge revient. Catherine l’aperçoit, debout, les pieds posés sur un globe terrestre, où s’agite un serpent de couleur verdâtre. La Vierge avait le pied posé sur la bête immonde. La Vierge tenait entre ses mains un globe plus petit surmonté d’une croix d’or. Elle l’offrait à Dieu d’un geste suppliant. (symbole de sa médiation universelle) Tout à coup les doigts de ses mains se remplissent d’anneaux porteurs de diamants qui jettent des rayons de tous côtés. 

Les yeux de la vierge, tantôt élevés vers le ciel, tantôt baissés, sont le symbole scripturaire de la piété, et du recours à Dieu. Dans un des tableaux  relatés par Catherine, les mains de la Vierge se sont étendues, dans l’attitude reproduite par la médaille miraculeuse. C’est cette attitude que reproduira la Sainte Vierge, à Lourdes, au jour de la grande apparition (25 mars 1858) ; c’est celle que Marie prendra encore, durant l’apparition de Pontmain (17 janvier 1871), au témoignage réitéré de Joseph Barbedette. C’est de voir Marie implorer la Miséricorde divine qui a le plus ravi Catherine Labouré : «  Ses traits étaient alors empreints d’une gravité mêlée de tristessequi disparaissait lorsque le visage s’illuminait, surtout à l’instant de sa prière  ».

Evoquant les futurs évènements tragiques et le sang qui coulera dans les rues, note sœur Catherine, la Sainte Vierge ne pouvait plus parler, la peine était peinte sur son visage. Que faut-il entendre par cette boule d’or, surmontée d’une petite croix d’or, que Marie portait dans ses mains et offrait à Dieu? « Cette boule que vous voyez représente le monde entier, la France particulièrement et chaque personne en particulier. » Ne serait-elle point la terre virginale, bénie par Marie, sur lequel est planté l’arbre de la croix, par opposition à la terre maudite, qui est sous les pieds de l’apparition, terre qu’enveloppe de ses replis tortueux l’infernal serpent? 

Paroles de la Vierge

« Mon enfant, le Bon Dieu veut vous charger d’une mission. Vous aurez bien de la peine, mais vous vous surmonterez en pensant que vous le faites pour la gloire du Bon Dieu… vous en serez tourmentée, jusqu’à ce que vous l’ayez dit à celui qui est chargé de vous conduire,vous serez contredite. Mais vous aurez la grâce. Ne craignez pas, dites tout avec confiance et simplicité. » « Mon enfant, j’aime répandre mes grâces sur la communauté. Je l’aime heureusement. J’ai de la peine  : il y a de grands abus, la règle n’est pas observée, la régularité laisse à désirer. Il y a un grand relâchement dans les deux communautés. Dites-le à celui qui est chargé de vous…  ». « Les temps sont très mauvais, des malheurs vont fondre sur la France  ;  le trône sera renversé [dix jours après, c’était fait] ;

le monde entier sera renversé par des malheurs de toutes sortes, mais venez au pied de cet autel, là les grâces seront répandues sur toutes les personnes qui les demanderont avec confiance et ferveur, elles seront répandues sur les grands et sur les petits…  » «  Le moment viendra où le danger sera grand ;on croira tout perdu, là je serai avec vous, ayez confiance ;vous reconnaîtrez ma visite et la protection de Dieu et celle de saint Vincent sur les deux communautés.   Il y aura bien des victimes, Monseigneur l’archevêque mourra. Mon enfant, la Croix sera méprisée ; le sang coulera dans les rues. Mon enfant, le monde entier sera dans la tristesse. À ces mots, je pensai  : quand est‑ce que ce sera  ? J’ai très bien compris  :« quarante ans.  » 

Messages de la Vierge  

La Vierge regrette que la règle ne soit pas observée dans les deux communautés de saint Vincent de Paul et des filles de la Charité. Marie insistera plusieurs fois, dans ses apparitions, sur l’importance de l’obéissance.

Elle annonce que pendant les évènements difficiles qui s’annoncent (journées de Juillet et guerre franco allemande de 1870) elle sera présente et dispensera ses grâces. Elle invite grands et petits à venir « au pied de cet autel recevoir les grâces qui seront répandues sur toutes les personnes qui les demanderont avec confiance et ferveur ! » (L’iconographie de la médaille miraculeuse montre la vierge mains tendues répandre ses grâces sur le monde et à contrario elle explique l’absence de rayons du fait des grâces qu’on ne lui demande pas !) 

L’apparition de la rue du Bac inaugure le rôle que Marie ambitionne de jouer : celle de médiatrice de toutes les grâces. C’est à dire d’intermédiaire entre Dieu et les hommes pour leur faire obtenir la grâce de Dieu*.

* La grâce désigne la bienveillance absolument gratuite que, de toute éternité, Dieu témoigne à l’homme en l’appelant à partager sa propre vie. C’est « intimité » avec Dieu est donnée par le baptême et renouvelée par les sacrements. C’est par grâce que Dieu nous sauve.

Autres Visions et/ou éléments supra-naturels

Catherine est également sujette à des visions ou à des prémonitions. Elle reconnaît Vincent de Paul en le vieillard qui lui a dicté sa vocation.Catherine Labouré aurait eu également la vision d’une « Croix de la Victoire* » : un monument qu’il se serait agi d’édifier à Paris. Surtout, l’apparition de la rue du Bac est célèbre pour avoir donné naissance à la « médaille miraculeuse ». 

* La croix de la Victoire

Quelques mois après la fin de la Révolution de 1848, Catherine Labouré aurait eu la vision d’une « Croix de la Victoire », d’un monument qu’il se serait agi d’édifier à Paris : elle s’empresse, bien sûr, d’aller le dire à M. Aladel [son confesseur], deux fois, et même de le mettre par écrit, à chaud, dès le 30 juillet 1848, de crainte d’oublier un détail : « Il y aura des ennemis de la religion qui chercheront et promèneront une Croix couverte d’un voile noir qui portera la terreur dans les esprits. Mais la Croix triomphera. Il y aura une croix que l’on appellera la Croix de la Victoire, qui portera la livrée de la nation ; elle sera plantée du côté de Notre-Dame, sur la place des victimes. La voici : une Croix sera faite d’un bois précieux, étranger. Elle sera garnie. Elle aura des pommes d’or aux extrémités. Le Christ sera grand ; la tête penchée du côté du cœur, la plaie du côté droit où coule beaucoup de sang. La livrée de la nation dans le haut de la colonne. Le blanc, c’est l’innocence, voltigeant sur la couronne d’épines. Le rouge représente le sang ; le bleu, c’est la livrée de la Sainte Vierge. » Et de continuer : « Cette croix sera appelée la Croix de la Victoire. Elle sera en grande vénération. De toute la France et des pays les plus éloignés, et même de l’étranger, les uns y viendront par dévotion, les autres en pèlerinage, et d’autres par curiosité. Enfin, il se fera des protections toutes particulières qui tiendront du miracle. Il ne viendra pas une personne à Paris qui ne vienne voir et visiter cette croix, comme une œuvre d’art. » […] « Sur le pied de la Croix, il sera représenté toute cette révolution, telle qu’elle s’est passée. Le pied de la croix m’a paru avoir de 10 à 12 pieds [environ 3,5 mètres] en carré, et la croix de 15 à 20 pieds [de 4,5 à 6 mètres] en hauteur. Et, une fois élevée, elle m’apparaissait à peu près de 30 pieds [9 mètres] de hauteur. Sous cette croix, il reposera une partie des morts et des blessés pendant les événements si pénibles… » […] « Ici, un bras paraît, une voix se fait entendre : « le sang coule ! » En montrant du doigt le sang : « L’innocent meurt, le pasteur donne sa vie. » » […] « La croix m’apparut de toute beauté. Notre-Seigneur était comme s’il venait de mourir. La couronne d’épines sur sa tête, les cheveux épars dans la couronne par-derrière, la tête penchée du côté du cœur.»Mais l’abbé Aladel, son confesseur, n’en tint pas compte. C’est pourquoi, elle lui écrivit peu après cette lettre : « […] Je vous parle de cette croix, après avoir consulté le Bon Dieu, la Sainte Vierge et notre bon père saint Vincent, le jour de sa fête et tout l’octave où je me suis abandonnée toute à Lui, et le priai qu’Il m’ôte toute pensée singulière à ce sujet et à tant d’autres. Au lieu de me trouver soulagée, je me suis sentie de plus en plus pressée de vous donner tout par écrit. Ainsi par obéissance, je me soumets. Je pense que je n’en serai plus inquiétée. Je suis, avec le plus profond respect, votre fille toute dévouée au sacré-Cœur de Jésus et de Marie. » Cette croix n’est, à ce jour, toujours pas érigée.

Ce que dit« La médaille miraculeuse » 

Les deux faces de la médaille miraculeuseconçue par l’orfèvre parisien Adrien Vachette.
Par Xhienne — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=2169454

Iconographie de l’avers : la face lumineuse

Les mots et dessins gravés sur l’avers de la médaille expriment divers messages :

La forme de la médaille est ovale.

– La Vierge Marie est représentée en pied, les bras légèrement détachés du corps et les mains ouvertes, étendues vers la terre, en geste d’ouverture et de don.

Le serpent : la Vierge écrase la tête du serpent   : «  un serpent de couleur verdâtre avec des taches jaunes   », précisera la sœur ;cela rappelle l’image de la Genèse(Gen. 3:15): « je mettrai l’hostilité entre toi et la femme […] Celle-ci te meurtrira à la tête et toi, tu la meurtriras au talon »

Mais d’un point de vue théologique, cette version ne correspond pas au texte hébreu, dans lequel ce n’est pas la femme, mais sa lignéeson descendant,qui écrase la tête du serpent ; le texte n’attribue donc pas à Marie, mais à son Fils, la victoire sur Satan.Toutefois, comme la conception biblique instaure une solidarité profonde entre un parent et sa descendance, la représentation de l’Immaculée qui écrase le serpent, non par sa propre vertu, mais par la grâce du Fils, est cohérente avec le sens original du passage.

Pour l’anecdote, dans le chapître XVII du Livre pour sortir au jour, ou Livre des morts, « le Grand Chat qui est dans l’Héliopolis », écrase de l’une de ses pattes avant, Apophis, un serpent géant, ennemi du soleil, qui habite dans les profondeurs de Noun, le chaos originel, et qui chaque nuit, à la septième heure, attaque la barque solaire pour la faire échouer et interrompre ainsi le processus de création ! (Historia, Décembre 2017 )

– Des 15 anneaux de ses doigts (5 par doigt) surgissent des rayons de lumière symbolisant les grâces qui sont obtenues par son intercession La Vierge porte, à chaque main, quinze anneaux*, revêtus d’autant de pierreries, d’où jaillissent de toutes parts des rayons proportionnés, « de manière que l’on ne voyait plus les pieds de la Sainte-Vierge. » Ces rayons, ce sont les grâces que la Vierge accorde si on prie son intercession. Les anneaux qui ne brillent pas sont, à l’inverse, « les grâces qu’on oublie de me demander ! » On peut y voir aussi un symbole des quinze mystères du Rosaire**. 

* Dans bien des foyers, on conserve, dans le coffret des souvenirs de famille, un anneau semblable à ceux qui paraient les doigts de la Vierge de la rue du Bac. C’est le chapelet dont se servait un lointain aïeul. (Les scouts ont repris cet usage. Ils portent, pendu à leur ceinture, cet anneau-chapelet moins encombrant que les cinquante grains). 

Anneau chapelet

Anneau-chapelet

En 1830, c’était l’instrument dont on se servait pour compter les Ave du Rosaire. L’on passait à l’index de la main droite cet anneau recouvert de dix grains ou perles, et avec le pouce de la même main, on le faisait tourner pour scander les dizaines. C’était donc bien un rosaire complet de quinze dizaines (3 anneaux-chapelets à chacun des 5 doigts) que Notre-Dame portait à chacune de ses mains. Et par conséquent c’est à la prière du Rosaire que doit s’appliquer le symbolisme de cette scène. Le Rosaire lui plaît tellement qu’elle s’en revêt comme d’une parure. Par-dessus toutes les autres prières il a tant d’efficacité « qu’il fait jaillir des mains de la Médiatrice sur nos âmes une immense pluie de grâces. »(ibib.p.7) 

La prière « O Marie conçue sans péché*, priez pour nous qui avons recours à vous » circule le long du bord de la médaille, entourant la Vierge Marie. ‘Marie conçue sans péché’ est l’esquisse d’un titre, plus théologique, qui sera consacré à Lourdes en 1858 : « Je suis l’Immaculée Conception ». Cette phrase confirme que la Vierge à qui on demande de « prier pour nous » est bien notre meilleur Avocate auprès de Dieu. Comme le disent les paroles du « Je vous salue Marie » : « …Priez pour nous, maintenant et à l’heure de notre mort. », la Vierge peut nous aider en priant pour nous à deux moments : dans notre vie terrestre et lors de notre mort, afin d’assurer notre salut. 

La fête de l’Immaculée Conception est liturgiquement fixée au 8 décembre.  Si l’Église orthodoxe célèbre la fête de la Conception de Marie et nomme Marie « l’Immaculée », elle ne reconnaît cependant pas ce dogme de l’Immaculée Conception, de même que les protestants ou les autres Églises chrétiennes.

– La date « 1830 », est l’année des trois apparitions successives de la Vierge Marie à Catherine Labouré.

La robe : la Vierge est habillé de blanc vêtue d’une robe de soie « blanche aurore », montante, manches plates, taillée « à la Vierge », c’est-à-dire dans la simplicité qui épouse au cou, aux épaules, aux bras, directement les formes du corps.

La couleur Aurore

Aurore est un nom de couleur attesté au XVIIe siècle dans le domaine de la mode, qui se réfère à la couleur du ciel au lever du soleil. Historiquement, c’est un jaune orangé ; aujourd’hui le nom aurore désigne parfois un rose.

– Un voile blanc couvrait la tête de l’apparition et descendait de chaque côté jusqu’aux pieds. L’usage du voile, dans l’Eglise, est spécialement réservé aux vierges qui se donnent à Dieu dans la vie religieuse. La figure est bien découverte, si belle que la voyante n’en pouvait dépeindre ou exprimer la beauté ravissante. 

Les mains sont étendues. C’est cette attitude que reproduira la Vierge, à Lourdes, au jour de la grande apparition (25 mars 1858) ; c’est celle que Marie prendra encore, durant l’apparition de Pontmain (17 janvier 1871), au témoignage réitéré de Joseph Barbedette, l’un des petits voyants devenu Oblat de Marie Immaculée. Que signifie cette attitude? Marie, à n’en pas douter, veut affirmer sa médiation. 

Iconographie du revers : la face douloureuse 

Sur le revers de la Médaille, la Vierge se révèle de façon univoque comme la Co-rédemptrice, et cela par le biais de quatre symboles, les plus forts que l’on puisse trouver dans l’Ecriture Sainte en rapport avec la Co-rédemption, à savoir : la croix, le “M” pour Marie, deux cœurs transpercés et les douze étoiles de la Femme de l’apocalypse. 

La croix exprime pleinement tout le mystère de la Rédemption. La barre et la Croixsymbolisent l’épreuve. Au centre, la lettre ‘M’ pour Marie est surmontée par la croix et entrelace une barre transversale qui soutient le pied de la Croix. Les deux signes entrelacés montrent le rapport indissoluble qui lie le christ à sa mère ; Marie est associée à la mission du salut de l’humanité qu’accomplit son fils et participe par sa compassion (souffrir avec ) à l’acte même du sacrifice rédempteur du Christ. Ce symbolisme reflète la relation étroite de Marie et de Jésus dans l’histoire du Salut. La Dame d’Amsterdam revendiquera d’ailleurs que l’Eglise consacre ce rôle en reconnaissant dans un nouveau dogme sa qualité de « co-rédemptrice ».

Les deux cœurs blessés l’un entouré d’épines et l’autre transpercé par un glaive, sont le plus beau symbole de l’amour rédempteur. Le cœur de Jésus* et le cœur de Marie sont représentés l’un à côté de l’autre ! A la question de sœur Catherine, qui demandait s’il fallait écrire un texte sur le revers de la Médaille, la Vierge Marie répondait : « Le “M” et les deux cœurs en disent assez. »De fait  ! Aimer est le monogramme de Marie ! Ce cœur nous fait penser à celui montré par la Vierge à sœur Lucie, un des trois voyants de Fatima, dans la vision de Tuy* : alors que la Vierge se tient sous le bras droit de la croix,  elle tient dans sa main droite un cœur « avec une couronne d’épines et des flammes… ». Voir l’apparition de Fatima.

Les 12 étoiles sur la médaille indiquent la vocation universelle de la Vierge Marie en tant que Mère de tous les hommes. Les douze étoilessont les douze tribus d’Israëlet les douze apôtres. Il convient de noter que dans ce qu’elle a révélé, Catherine Labouré n’a jamais parlé d’étoiles (ni de leur nombre). Cette couronne d’étoiles nous rappelle immanquablement la Femme de l’Apocalypse**, revêtue de soleil et couronnée d’étoiles, qui crie de douleurs. C’est en tant que Co-rédemptrice du monde et de toute la création qu’elle souffre dans le travail de l’enfantement, afin que le Christ soit enfanté dans le cœur de chaque homme. Le créateur du drapeau européen***

*** Arsène Heitz, a choisi les douze étoiles en invoquant le même symbole biblique que la Médaille. Elles ont été placées par le graveur au revers de la médaille, alors qu’elles auraient dû couronner la tête de la Sainte Vierge.

Drapeau européen
Un cercle de 12 étoiles sur fond d’azur

** La Femme de l’Apocalypse est un personnage biblique qui apparaît au chapitre 12 du livre de l’Apocalypse : « Un signe grandiose apparut au ciel : une Femme ! Le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête ; 2- elle est enceinte et crie dans les douleurs et le travail de l’enfantement. 3-  Puis un second signe apparut au ciel : un énorme Dragon rouge feu, à sept têtes et dix cornes, chaque tête surmontée d’un diadème. 4- Sa queue balaie le tiers des étoiles du ciel et les précipite sur la terre. En arrêt devant la Femme en travail, le Dragon s’apprête à dévorer son enfant aussitôt né. 5-  Or la Femme mit au monde un enfant mâle, celui qui doit mener toutes les nations avec un sceptre de fer ; et son enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son trône, 6- – tandis que la Femme s’enfuyait au désert, où Dieu lui a ménagé un refuge pour qu’elle y soit nourrie mille deux cent soixante jours. 7- Alors, il y eut une bataille dans le ciel : Michel et ses Anges combattirent le Dragon. Et le Dragon riposta, avec ses Anges. 8-  mais ils eurent le dessous et furent chassés du ciel. […] 13-  Se voyant rejeté sur la terre, le Dragon se lança à la poursuite de la Femme, la mère de l’Enfant mâle. 14- Mais elle reçut les deux ailes du grand aigle pour voler au désert jusqu’au refuge où, loin du Serpent, elle doit être nourrie un temps et des temps et la moitié d’un temps. 15- Le Serpent vomit alors de sa gueule comme un fleuve d’eau derrière la Femme pour l’entraîner dans ses flots. 16-  Mais la terre vint au secours de la Femme : ouvrant la bouche, elle engloutit le fleuve vomi par la gueule du Dragon. 17-  Alors, furieux contre la Femme, le Dragon s’en alla guerroyer contre le reste de ses enfants, ceux qui gardent les commandements de Dieu et possèdent le témoignage de Jésus18-  Et je me tins sur la grève de la mer. »

** En Octobre 2017 le parti politique français « Les insoumis » a soulevé une polémique en demandant la suppression du drapeau européen de l’hémicycle de l’Assemblée nationale en partie en raison de la suspicion tenant à son « origine chrétienne ». Il faisait allusion aux douze étoiles entourant le drapeau européen figurant déjà sur la médaille miraculeuse ! 

Eléments conformes aux autres apparitions 

La lumière qui baigne la Vierge. La présence d’un ange ; Les éléments de l’iconographie : serpent, étoiles, globe, lumière…L’attitude maternelle et douce de la Vierge ; la réprimande vis à vis des communautés ; le devoir d’obéissance ; la Vierge apparaît dans une chapelle comme à Rome et Akita. La Vierge apparait à une jeune femme très pauvre et presque inculte. Les guérisons nombreuses (médaille miraculeuse); les prédictions qui se réalisent. Le corps retrouvé intact quelques années après l’inhumation. Un enfant ( ange) la guide vers La chapelle, comme lors de l’apparition de Kibeho ( Japon)

Eléments spécifiques

La rue du Bac inaugure, à travers la création d’une médaille, un moyen moderne d’apostolat, à côté des autres : source, lieux de prière (églises et chapelles) et guérisons miraculeuses. La Vierge demande à Catherine de rassembler une confrérie d’enfants de Marie. En 1837, les Filles de la Charité et les Lazaristes répondent à ce vœu en fondant les Enfants de Marie Immaculée.  La Vierge n’apparaît pas dans un décor champêtre ou près d’un élément paysager (arbre ou jardin). Pas de demande de construction d’une chapelle ou d’une église.  La vierge est assise dans un fauteuil

Lien avec d’autres apparitions 

Cette apparition élargit le travail d’apostolat de la vierge et de conversion des pécheurs, à travers la diffusion d’une médaille ; cette médaille entraînera, à Rome, la conversion d’Alphonse Ratisbonne ; la Vierge de la rue du Bac annonce le dogme de l’Immaculée conception confirmé à Bernadette Soubirous à Lourdes. Le cœur ensanglanté de Marie placé près de celui du Christ sur la médaille miraculeuse, apparaîtra plus tard à sœur Lucie, un des trois voyants de Fatima, dans la vision de Tuy et annonce la demande de Marie, à Ida Peerdeman, à Amsterdam, de lui voir reconnue le dogme de co-rédemptrice de l’humanité.  

On peut dire que déjà, rue du Bac, Marie fait allusion sur les deux faces de la médaille aux trois titres mariaux de Co-rédemptrice, (le M et la croix), Médiatrice de toutes les grâces (les rayons des anneaux) et Avocate (la phrase inscrite « priez pour nous », qu’elle révèlera à Amsterdam à travers une seule image dont elle dira : « Elle est la signification et la représentation du nouveau dogme. » (8.12.1952). Faire connaître et aimer cette “ Vierge au globe, reine de l’univers ”, sera, si l’on peut dire, le tourment de la vie de sainte Catherine Labouré ; or, cette reine de l’Univers précède clairement « la Dame de tous les peuples », qui se révèlera à Ida Peerdeman, à d’Amsterdam, de 1945 à 1958. 

 P. Paul Maria Sigl, Die Frau aller Völker ‘Miterlöserin Mittlerin Fürsprecherin’  Amsterdam – Rome, 25 mars 1998

Les répercussions de la médaille de Paris et de l’image d’Amsterdam 

En 1832, les 2000 premières médailles étaient frappées en France, exactement dans les mois où sévissait une épidémie de choléra : dans la seule ville de Paris on comptait 20 000 morts. Les Sœurs de la Charité distribuèrent la Médaille de Marie aux malades qui séjournaient dans leurs hôpitaux. Et aussitôt de nombreuses guérisons miraculeuses se produisirent – si nombreuses que la Médaille de l’Immaculée fut surnommée ‘La Médaille miraculeuse » – nom qui lui est resté jusqu’à aujourd’hui. Trois ans plus tard, un million de médailles avaient déjà été distribuées.

« Lors du décès de Catherine Labouré, en 1876, on en comptait déjà un milliard.»  Ce que Dieu a réalisé à l’échelle mondiale avec la Médaille miraculeuse, Il veut l’opérer avec plus de puissance encore par la diffusion mondiale de la prière et de l’Image de la Dame de tous les peuples d’Amsterdam. Le grand Miracle, promis ici, est l’effusion de l’Esprit Saint qui doit venir sur le monde entier à travers la récitation d’une prière. (1.04.1951)

Notre Dame de toutes les nations ( apparitions à Ida Peerdeman à Amsterdam, ( 1945 à 1959) montre de fortes similitudes avec Notre dame de la médaille miraculeuse.
By Judgefloro (shifted, cropped & recoloured by Rabanus Flavus) – File:09894jfRoads Bigte Virgen Flores Quasi Parish Church Norzagaray villagesfvf 06.JPG, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=52287376

La statue d’après « l’autre vision » de Sainte Catherine

Catherine a vu la vierge prendre au moins deux attitudes ; dans la première elle apparaît avec un voile sur la tête couronnée de douze étoiles et dans les mains de Marie une boule d’or surmontée d’une croix. Le globe qu’elle tient s’éclaire d’une vive lumière. La sainte Vierge, avec une tendresse maternelle, regarde cette pauvre terre et par moment elle tient les yeux élevés vers le Ciel, car elle offre à Dieu ce globe de la terre. Sous ses pieds se trouvait un autre globe tel qu’il est représenté sur la Médaille Miraculeuse. Dans une autre apparition, elle apparaît avec des anneaux aux doigts recouverts de pierreries, plus belles les unes que les autres: les unes plus grosses et les autres plus petites, qui jettent des rayons illuminant la terre sous les pieds de la Vierge. Les rayons absents « ce sont les grâces qu’on oublie de me demander » explique la sainte Vierge Marie.

La Vierge au Globe mise de côté

Quand il a fallu frapper les premières médailles, cette représentation n’a pas été retenue. Les raisons qui ont dicté le choix d’une Vierge avec les mains tendues vers le bas sont les suivantes :

– Cette représentation de la Vierge avec un globe n’est pas nouvelle mais elle est rare et inusitée, et M. Aladel, confesseur de la sainte, a préféré choisir une Vierge classique de l’Immaculée Conception ;

– La présence de deux globes sur la statue, un dans les mains l’autre sous les pieds, laissait perplexes les supérieurs ;

– l’orfèvre avait des difficultés pour représenter la Vierge au globe ; des essais avaient été tentés mais ils furent peu satisfaisants.

Succès de la Vierge aux mains tendues

Pour autant le Ciel n’en a pas tenu rigueur puisque la Médaille Miraculeuse a obtenu un succès immédiat et foudroyant. C’est par centaine de millions que les Médailles Miraculeuses selon la représentation classique de l’Immaculée Conception, ont été distriubées à travers le monde.

V- Reconnaissance et sanctuaires 

Reconnaissance

L’apparition elle même n’a pas fait l’objet d’une reconnaissance officielle, mais la canonisation de sa voyante Catherine Labouré présume de la réalité de son récit. Catherine Labouré est canonisée le 27 juillet 1947 par le pape Pie XII. Elle est fêtée localement le 25 novembre ou le 28 novembre. Catherine  présente les marques de la sainteté son corps est exhumé retrouvé en parfait état (personne myroblyte).

Sanctuaire 

La chapelle Notre-Dame de la Médaille miraculeuse, ou chapelle de la rue du Bac, est une chapelle située dans le quartier Saint-Thomas-d’Aquin du 7e arrondissement de Paris, au 140, rue du Bac, desservant la Maison des Filles de la Charité. Lieu de l’apparition mariale présumée à Catherine Labouré, cette chapelle est devenue un lieu de pèlerinage très fréquenté avec deux millions de visiteurs par an environ. Il fait partie des dix lieux culturels les plus visités à Paris.

Statue de saint Vincent de Paul dans La Chapelle de la médaille miraculeuse
qui est à l’origine de la vocation de Catherine
Par Mbzt — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=32405289
ex votos en remerciement de toutes les « grâces » reçues par les ayant invoqué la vierge de la médaille miraculeuse
Par André Leroux — « œuvre personnelle », Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=22586698

FRANCE / 1664 à 1718 Notre dame du Laus

I – Généralités

Pays de l’apparition

France

Site 

Saint-Étienne-le-Laus est une commune française située dans le département des Hautes-Alpes en région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Notre-Dame du Laus (prononcé « Lô ») est un hameau de la commune de Saint-Étienne-le-Laus, célèbre pour son sanctuaire d’apparitions mariales situé dans le diocèse de Gap et d’Embrun. Jean Guitton a dit de ce lieu qu’il est « un des trésors les plus cachés et les plus puissants de l’histoire de l’Europe ». La hameau de Notre-Dame du Laus est situé à la fois sur la Via Domitia (actuel GR 653 D), antique chemin de pèlerinage vers Saint-Jacques de Compostelle et sur la via Alta qui relie les chemins vers Compostelle et la Via Francigena qui permet de se rendre à Rome.

Désignation  

Notre Dame du Laus

Contexte historique

Les campagnes militaires de Louis XIV et le train de la Cour à Versailles grèvent le budget de la France ; la noblesse de robe renforce son pouvoir ; l’édit de Nantes est révoqué. La France implante ses comptoirs commerciaux en Amérique, Antilles et Inde. Le pays connaît deux années de grande famine en 1693 et 1694. Le 17 avril 1664, la Compagnie du Saint Sacrement se réunit en secret et décide d’empêcher par tous les moyens la représentation de la pièce de Molière Tartuffe.

Le 12 mai : représentation du premier Tartuffe ou l’Imposteur (en trois actes) de Molière. Le22 juin : une déclaration royale inaugure une grande enquête sur les usurpations de noblesse. Chaque famille doit fournir la preuve de son état noble antérieur à un siècle et en fournir les titres écrits. Cette mesure favorise la noblesse de robe au détriment de celle d’épée. Le1er août : 6 000 Français, que commande le comte de Coligny, se distinguent aux côtés de la Ligue du Rhin au cours de la bataille livrée sur le Raab, près du monastère de Saint-Gothard ; brillante victoire chrétienne sur les Turcs.

À la mort de Mazarin, en 1661, Le règne de Louis XIV marque une centralisation extrême du pouvoir royal. La noblesse perd tout pouvoir politique. Elle est domestiquée à Versailles où son plus grand souci est de se faire remarquer du roi. Pour cela, elle doit faire des dépenses excessives et en est réduite à quémander des pensions au roi pour assurer son train de vie fastueux. Louis XIV pense que la guerre est la vocation naturelle d’un roi. Les efforts faits pour moderniser et discipliner l’armée permettent à Louis XIV de remporter d’éclatantes victoires dans la première partie de son règne personnel.

La guerre de Dévolution (1667-1668) lui permet de conquérir de nouvelles places fortes au nord de la France parmi lesquelles Dunkerque, Lille et Douai. Le traité de Nimèguede 1678 met fin à la guerre de Hollande. Louis XIV n’a pu réduire les Pays-Bas mais acquiert la Franche-Comté au détriment de l’Espagne. En 1685, Louis XIV s’aliène les États protestants en révoquant l’édit de Nantes. La France commence à peupler la Nouvelle-France entre 1635 et 1654. La Guadeloupeest conquise par Léonard de l’Olive et Duplessis d’Ossonville ; en 1682,Cavelier de la Salle découvre ce qu’il appelle la Louisiane ; les Français fondent des comptoirs commerciaux en Inde, ce qui concurrence les projets britanniques.

La guerre de la Ligue d’Augsbourg, dirigée par Guillaume d’Orange, est indécise et coûte très cher alors que la France connaît une période de disette. La guerre de Succession d’Espagne, menée par une coalition européenne pour empêcher le comte d’Anjou, second fils du dauphin, de devenir roi d’Espagne, commence en 1701. La France après quelques victoires connaît de nombreux revers. La paix est signée à Utrecht, en 1714, et confirme l’accession d’une branche des Bourbon sur le trône d’Espagne. Le vieux roi qui meurt en 1715, voit son fils et son petit-fils mourir avant lui. Son héritier est donc son arrière-petit-fils né en 1710.

II – La voyante

Benoîte Rencurel (Saint-Étienne d’Avançon, 16 septembre 1647- 28 décembre 1718) dite messagère de la réconciliation. C’est dans un hameau des Alpes à Saint-Étienne-le-Laus, où quelques familles à peine vivaient au XVIIe siècle, que Benoîte Rencurel voit le jour le 16 septembre 1647. Elle sera baptisée le lendemain dans l’église paroissiale. La pauvreté des Rencurel devient une profonde misère à la mort du père de famille en 1654 ; Benoîte, alors âgée de sept ans, est chassée avec les siens du logis où elle avait passé ses premières années.

Tableau représentant Benoîte Rencurel, peint de son vivant. Ce tableau se trouve dans la chapelle derrière le chœur de la basilique.
Par AntonyB — https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/94/Notre-Dame-du-laus_%28sanctuaire_-7%29-_Portrait_de_Beno%C3%AEte_Rencurel.jpg, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=49699243

Elle doit bientôt gagner son pain comme gardienne de troupeaux. À partir de l’âge de douze ans, elle travaille chez deux maîtres : Jean Roland, cultivateur brutal que Benoîte convertit par sa douceur et Louis Astier, homme de bien. Avant de commencer à parcourir les montagnes avec ses troupeaux, elle avait demandé à sa mère un chapelet. Ne sachant ni lire ni écrire, elle prie à longueur de journées. Simple et pleine de vie, elle est proche des gens de son village et n’hésite pas à donner sa nourriture aux enfants plus pauvres qu’elle.

Mai 1664 : après avoir entendu une homélie de son curé, Benoîte ressent le profond désir de rencontrer la Mère de miséricorde. Peu après, saint Maurice lui apparaît et lui annonce que son vœu sera exaucé. À partir du lendemain, une « belle dame » lui apparaît quotidiennement pendant quatre mois au Vallon des fours, à proximité de Saint-Etienne. Puis, sur les indications de la Vierge, Benoite se rend au hameau du Laus tout proche et trouve une chapelle, la chapelle de Bon-Rencontre, grâce aux parfums qui s’en dégagent. Elle confie à Benoîte la mission de faire construire une église et une maison pour les prêtres, afin qu’ils reçoivent et confessent les pèlerins.  Benoîte remplit auprès d’eux son ministère d’accueil, de prière et de pénitence.

Ayant reçu le don de pouvoir lire dans les consciences, elle éclaire leur démarche de conversion et les envoie vers les prêtres émerveillés par la qualité des confessions. Les guérisons et les conversions sont très nombreuses. Entièrement vouée à sa mission, Benoîte vient résider à plein temps au Laus en 1672.  Pendant 54 ans, Marie continue de lui apparaître pour la soutenir dans son apostolat et poursuivre son éducation.

Recouvrant la chapelle de Bon-Rencontre, l’église est édifiée entre 1666 et 1669. Le jour de sa bénédiction, Benoîte devient membre du tiers-ordre de saint Dominique, d’où le titre de « sœur Benoîte » qui lui sera donné.

Benoîte meurt le 28 décembre 1718, en la fête des saints Innocents, laissant la réputation d’une sainte dont la vie fut entourée de faits merveilleux. Elle aura vécu jusqu’à 71 ans malgré de cruelles souffrances et les plus grandes austérités. Elle subira aussi une mise à l’écart par des prêtres de tendance janséniste pendant 20 ans.Benoîte a d’abord été enterrée au cimetière du Laus qui, alors, jouxtait l’église. Son corps fut ensuite déposé dans le caveau actuel dans le chœur même de la basilique. Benoîte Rencurel a été reconnue « vénérable » par le pape Benoît XVI, le 3 avril 2009

III – L’Apparition (généralités) 

Date

De Mai 1664 à 1714 (50 ans) 

Nombre et durée des apparitions

Quatre mois durant jusqu’au 29 août 1664, jour de la fête du martyre de saint Jean-Baptiste, la merveilleuse apparition se renouvela, laissant chaque fois Benoîte dans l’extase. À partir de 1664, et pendant plus de cinquante ans, Benoîte Rencurel verra la Vierge.

Emplacement des apparitions

La première fois dans la grotte dite « des fours », puis, sur l’autre versant de la vallée, à Pindreau.

Chapelle de Notre-Dame-des-Fours
Par Antony B — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=7870371

Récit 

En mai 1664, alors que Benoîte conduit ses chèvres le long d’un bois, sur la montagne de Saint-Maurice, un vieillard s’approcha d’elle, se présentant comme saint Maurice lui-même et annonçant à la bergère qu’elle verrait la Mère de Dieu dans un vallon voisin. Benoîte guide dès lors son troupeau dans une autre vallée, s’arrêtant dans la grotte dite « des fours » pour y réciter son chapelet. C’est en ce lieu que la Vierge Marie lui apparut un jour, son fils dans les bras.

Quatre mois durant, jusqu’au 29 août 1664, l’apparition se renouvela. Fin septembre, après un mois d’absence, la Vierge se manifesta à nouveau sur l’autre versant de la vallée, à Pindreau. Elle ordonna à Benoîte de chercher, au Laus, une petite chapelle, où flottent de suaves odeurs, et de venir l’y prier. Là elle lui parle et la rencontre très souvent. Le lendemain, Benoîte découvre sur la colline du Laus, située de l’autre côté de l’Avance, un oratoire couvert de chaume, dédié à Notre-Dame de Bonne-Rencontre, et dont il ne reste guère que des ruines.

De merveilleux parfums s’y font sentir. Et voici que la Vierge apparaît sur le pauvre autel de plâtre, à droite du tabernacle. Le geste qu’a Benoîte, à cette vue, est exquis de naïveté : « Permettez que je mette mon tablier sous vos pieds », dit-elle, à celle qu’elle appelait sa Bonne mère : « Il est tout blanc de lessive ». La Vierge, en refusant, lui sourit, puis lui annonce qu’une grande église sera bâtie, en ce lieu destiné à la conversion des pécheurs. Benoîte indique que Marie a voulu « bâtir une église en l’honneur de son très cher Fils et au sien, où beaucoup de pécheurs et de pécheresses se convertiront ».

À partir de 1664, et pendant plus de cinquante ans, Benoîte Rencurel voit la Vierge Marie.Ces apparitions entraînent en quelques années la venue d’une foule de pèlerins. Dès 1666, on édifie un sanctuaire contenant, à l’intérieur, la petite chapelle où la Vierge est apparue à Benoîte Rencurel. Entre 1665 et 1667, 130 000 personnes s’y rendent. Conformément au vœu de Marie, ce lieu est devenu un « refuge pour les pécheurs ». Benoîte exerce au Laus sa mission d’accueil, de prière et de pénitence en mettant en œuvre son charisme de connaissance des cœurs. Des centaines de guérisons physiques opèrent au Laus, notamment par les onctions de l’huile de la lampe du sanctuaire, appliquées avec foi, selon le conseil de la Vierge Marie.

Le bruit de ses faveurs divines s’étant répandu alentour, les magistrats et les théologiens cherchent à constater leur exactitude. Ainsi l’avocat Grimaud, juge de paix de la baronnie d’Avançon vient au Laus, à plusieurs reprises : il ne découvre ni supercherie ni illusion dans les merveilles de la petite chapelle. Bien mieux, sa relation, tenue pendant les deux premières années du pèlerinage, signale soixante guérisons miraculeuses. Le chanoine Pierre Gaillard, docteur en théologie, conseiller et aumônier du Roi, qui remplit à Gap les fonctions d’archidiacrevicaire général et official de l’évêché, se rend au Laus le 17 août 1665.

L’autorité diocésaine d’Embrun ne pouvait manquer d’établir une enquête. Cette enquête, faite avec une extrême rigueur, constate à trois reprises des prodiges indéniables. C’est d’abord le chanoine Antoine Lambert, administrateur du diocèse, vicaire général et official de l’archevêché d’Embrun qui, le 14 septembre 1665, se rend au Laus, accompagné du père André Gérard, plus tard grand pénitencier à Rome. Après un interrogatoire au cours duquel Benoîte ne peut être trouvée en défaut, l’éclatante guérison de Catherine Vial donne lieu à la constatation juridique du 18 septembre 1665, actuellement conservée aux archives du Laus. Le successeur du chanoine Lambert, M. Javelli fait plus tard venir Benoîte à Embrun et la tient au secret pendant les quinze jours d’interrogatoire; on s’aperçoit alors que la bergère ne prend aucune nourriture pendant cette réclusion, sans en paraître aucunement souffrir.

À l’automne 1666, Benoîte entre dans le Tiers-Ordre dominicain, sans doute le jour de la pose de la première pierre de la basilique. Le chanoine Gaillard, aidé par l’arrivée en 1669 de l’abbé Peythieu, attaché au pèlerinage pendant vingt ans et du frère Aubin, ermite de Notre-Dame de l’Érable arrivé en 1680, va rédiger pendant quarante-trois ans un journal consacré à faire le récit de ce qu’il voit au Laus, notant ainsi les événements du vivant de la bergère. Chaque nouveau récit est soumis à Benoîte afin de le valider. C’est enfin l’archevêque Charles Brûlart de Genlis, qui – nommé à Embrun en 1672 – part au Laus. Nettement incrédule avant ce voyage, il est, sur place, émerveillé, tant par la solidité des réponses obtenues de Benoîte que par la protection vraiment miraculeuse accordée à un domestique au cours d’un terrible accident.

Il revient plusieurs fois et obtient par lettres patentes du roi, enregistrées le 19 décembre 1679, d’établir au Laus un séminaire. L’invasion savoyarde en août 1692 oblige Benoîte à quitter le Laus. Elle se réfugie à Marseille pendant 2 mois. Torturée alors par le démon, elle vit des années terribles, consolée seulement par ses apparitions. Le 15 août 1698, la Vierge lui apparaît entourée par des anges qui emportent Benoîte jusqu’au ciel puis la rapportent ensuite dans son hameau. Lisant dans les âmes, elle ramène au bien les pécheurs en leur disant le nombre et la gravité de fautes qu’ils croyaient ignorées de tous. À Marseille, elle montre à M. de Coulonge, alors vicaire général, qu’elle connaît sa pensée et le doute qu’il garde en l’écoutant. Cette traversée du désert, due au clergé janséniste, qui n’accepte pas les événements du Laus, ne cessera qu’en 1712, grâce à l’arrivée des pères de Sainte-Garde, ce qui amène un renouveau du pèlerinage. 

IV – Analyse de l’Apparition

Apparence de la Vierge

L’apparition du Laus est l’une des rares où la voyante ne fait pas la description de la Vierge. 

Attitudes de la Vierge

« Permettez que je mette mon tablier sous vos pieds » dit Benoite à celle qu’elle appelait sa Bonne mère, en ajoutant : « Il est tout blanc de lessive ». La Vierge, en refusant, lui sourit.

Paroles de la Vierge

Le 29 août 1664, la belle dame révèle son identité : « Je suis Dame Marie, la Mère de mon très cher Fils. » Fin septembre, après un mois d’absence, Marie se manifeste à nouveau, mais de l’autre côté de la vallée, à Pindreau : « Allez au Laus, vous y trouverez une chapelle d’où s’exhaleront de bonnes odeurs, et là très souvent vous me parlerez ». « J’ai demandé ce lieu à mon Fils pour la conversion des pécheurs et Il me l’a accordé ».

Messages de la Vierge  

Marie demande la construction d’un lieu de prière « pour la conversion des pécheurs » et prône la réconciliation : « Laissez vous réconcilier ! »

Autres visions et/ou éléments supra-naturels

En mai 1664, alors que Benoîte conduit ses chèvres le long d’un bois, sur la montagne de Saint-Maurice, un vieillard s’approcha d’elle, se présentant comme saint Maurice lui-même et annonçant à la bergère qu’elle verrait la Mère de Dieu dans un vallon voisin. Benoîte Rencurel verra aussi le Christ en Croix, saint Maurice, sainte Barbe, saint Joseph, saint Gervais et saint Protais, l’enfant Jésus, sainte Catherine de Sienne, les anges et le diable. Entre 1669 et 1684, elle est gratifiée 5 fois de la vision du Christ crucifié sur la croix d’Avançon. Ainsi unie à lui, elle vit une « crucifixion mystique » chaque vendredi pendant plusieurs années. 

Elle se trouve brusquement raidie, chaque semaine dans la pose de crucifiée et reste ainsi du jeudi au samedi, sans pouvoir faire un geste. Elle s’effare, dans son humilité, de l’attention générale qu’attire sur elle ce prodige et demanda que d’autres souffrances, moins visibles, lui soient accordées. C’est à partir de 1689 qu’elle subira des sévices nocturnes et combattra spirituellement le démon toutes les nuits jusqu’à sa mort. L’huile du Laus (huile de la la lampe du saint sacrement utilisée en onction à la demande de la Vierge) occasionnera de nombreuses guérisons. Pour information, Padre Pio, capucin et prêtre italien né le 25 mai1887 à Pietrelcina  en CampanieItalie) et mort le 23 septembre1968, canonisé le 16 Juin 2002, confessait ses visiteurs en voyant leurs fautes y compris celles qu’ils ne souhaitaient pas avouer…

Padre Pio de Pietrelcina
Par Roberto Dughetti — Lucia Dughetti (original: http://it.wikipedia.org/wiki/Immagine:Padre_Pio.jpg), CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1831974

Eléments conformes aux autres apparitions 

Dans cette chapelle abandonnée flottent de suaves odeurs.

La voyante est une jeune bergère « confiante et simple », une chevrière

Le décor des apparitions est campagnard (vallonneux) 

La voyante souffrira beaucoup et deviendra une sainte.

La vierge apparaît dans une grotte, son fils dans les bras.

Des centaines de guérisons s’y produisent

Pendant les 15 jours d’interrogatoire, la voyante ne prend aucune nourriture.

Les attaques du Démon 

Une partie du clergé lui est hostile et nie les apparitions.

La vision du Christ crucifié.

Eléments spécifiques

Saint Maurice prévient de l’apparition de la Vierge ; Marie n’apparaît pas « brutalement ». 

Des centaines de guérisons physiques opèrent par les onctions de l’huile de la lampe du sanctuaire, appliquées avec foi, selon le conseil de la Vierge Marie.

Le 15 août 1698, la Vierge lui apparaît entourée par des anges qui emportent Benoîte jusqu’au ciel puis la rapportent ensuite dans son hameau. 

Lisant dans les âmes, Benoîte ramène au bien les pécheurs en leur disant le nombre et la gravité de fautes qu’ils croyaient ignorées de tous. À Marseille, elle montre à M. de Coulonge, alors vicaire général, qu’elle connaît sa pensée et le doute qu’il garde en l’écoutant.

Crucifixion mystique en juillet 1673, Benoîte voit Notre-Seigneur fixé à la Croix et se sent inondée de son sang. Elle se trouve brusquement raidie, chaque semaine dans la pose de crucifiée et reste ainsi du jeudi au samedi, sans pouvoir faire un geste. 

Lien avec d’autres apparitions 

La Vierge ordonna à Benoîte de chercher au Laus une petite chapelle ; ceci nous rappelle la statue oubliée dans le clocher, lors de l’apparition à Gladys Quiroga de Motta, à San Nicolas de Los Arroyos en Argentine.

V- Reconnaissance et sanctuaires 

Reconnaissance

Les premières démarches en vue de l’introduction de sa cause furent faites par Mgr Bernadou, mort cardinal-archevêque de Sens, alors évêque de Gap. Le procès s’ouvrit le 11 septembre 1864. Benoîte Rencurel est la première voyante d’apparition mariale à voir sa cause de béatification introduite en cour de Rome. Le 7 septembre 1871, le pape Pie IX déclare Benoîte Rencurel « Vénérable servante de Dieu ». Le décret sur les écrits a été promulgué le 7 juillet 1896. Arrêtée en 1913, la cause a été reprise en 1981. Un miracle est maintenant nécessaire pour obtenir sa béatification. Le 28 août 1966, alors qu’il se trouvait à Notre-Dame du Laus en la fête de saint Augustin, Jean Guitton a dit de Benoîte Rencurel qu’elle est « un des ressorts les plus cachés et les plus puissants de l’Europe ».

Le 4 mai 2008, 3 500 pèlerins et une trentaine d’évêques assistent à la messe au cours de laquelle Mgr di Falco Léandri, représentant l’Église catholique, proclame la reconnaissance officielle du caractère surnaturel des apparitions de Marie à Benoîte Rencurel : « Je reconnais l’origine surnaturelle des apparitions et des faits vécus et relatés par la jeune bergère, Benoîte Rencurel, survenus entre 1664 et 1718 ». Ce sont les premières apparitions reconnues en France par l’Église catholique depuis celles de Lourdes, il y a 146 ans.

Par ailleurs, Mgr di Falco Léandri soutient le procès en béatification de Benoîte Rencurel. C’est lui qui en 2003 entame la démarche jamais entreprise de reconnaissance des apparitions, nécessaire au dossier de béatification de Benoîte Rencurel, relancé en 1996. Sous l’égide de Mgr René Combal, six experts (un théologien, un historien, un spécialiste de la Bible, un psychanalyste, un psychologue et un magistrat) ont étudié durant trois ans la véracité biologique, historique et scientifique des faits, à partir des manuscrits et des témoignages d’époque. Benoîte Rencurel a été reconnue « vénérable » par le pape Benoît XVI le 3 avril 2009.

Sanctuaire 

Le sanctuaire de Notre-Dame du Laus vu de la montée à l’oratoire de l’Ange
Par AntonyB — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=7870571

Vue extérieure de la Basilique

Vue extérieure de la Basilique
Par AntonyB — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=7864919

Dès 1666, on édifie un sanctuaire contenant à l’intérieur la petite chapelle où la Vierge est apparue à Benoîte Rencurel. Entre 1665 et 1667, 130 000 personnes s’y rendent. Georges d’Aubusson de La Feuilladearchevêque d’Embrun, fait construire l’église et fonde un couvent où il établit les jésuites. Son successeur, Charles Brûlart de Genlis, place en 1712 cette maison sous la direction des missionnaires de Notre-Dame-de-Sainte-Garde. En octobre 1791 durant la Révolution française, les prêtres de Notre-Dame-de-Sainte-Garde sont expulsés, les bâtiments sont vendus. En 1805, l’évêque de Digne, Mgr Bienvenu de Miollis, achète à ses frais l’église et le presbytère, l’abbé Peix achetant le couvent ; puis en 1818, il demande au père Eugène de Mazenod, fondateur de la société des Missionnaires de Provence (qui deviendra les Oblats de Marie-Immaculée) de prendre la direction du sanctuaire.

Le père de Mazenod donne son accord et signe un bail avec l’abbé Peix, propriétaire du couvent. Les Missionnaires de Provence deviennent alors curés de Notre-Dame du Laus, chargés de la direction du sanctuaire et de la prédication des missions dans les Hautes et Basses-Alpes. On compte 20 000 pèlerins en 1818 et 50 000 en 1833. En octobre 1841, la direction du sanctuaire est reprise par le diocèse de Gap. Depuis cette date, le recteur est un prêtre du diocèse de Gap, devenu diocèse de Gap et d’Embrun, depuis 2008. Le sanctuaire appartient à ce diocèse.

Une bulle pontificale du 18 mars 1892, émise par le pape Léon XIII, permet l’attribution du titre de basilique mineure à l’église de Notre-Dame-du-Laus. Depuis le 12 octobre 2008, pour aider les prêtres dans leur ministère, une équipe de sœurs Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre, assurent également les chants des offices (laudes, messe, vêpres et complies) durant lesquels les psaumes sont accompagnés par le psalmodion, instrument de musique dérivé de la cithare. 

Le psalmodions
Par moi-même — Travail personnel, GFDL, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=7948741

Dès 1865, on signale que 13 processions, venues de régions différentes, se trouvèrent à la fois dans la vallée du Laus. La chapelle fut, dans cette même année, visitée par 135 000 fidèles. La rapide célébrité du pèlerinage ne devait pas faiblir par la suite. Depuis deux siècles, 100 000 pèlerins y viennent prier chaque année et le couronnement de la statue par Mgr Depèry, s’est fait, le 23 mai 1855 en présence de 40 000 personnes.

La Chapelle de Bon -Rencontre, à l’intérieur de la Basilique
Par moi-même — Travail personnel, GFDL, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=7948698

Aujourd’hui, Notre-Dame du Laus accueille chaque année entre 150 000 et 170 000 personnes. Les pèlerins sont accueillis par une équipe de prêtres du diocèse de Gap et d’Embrun où se situe le sanctuaire. Le 15 août 2013, le chanteur Grégory Turpin participe à l’animation des chants lors de la messe solennelle de l’Assomption de la Vierge Marie.

C’est lui que le chanteur Grégoire avait choisi en 2012 pour interpréter l’album Thérèse, vivre d’amour de sa composition, inspiré par les plus beaux poèmes de sainte Thérèse de Lisieux. Le soir de ce même jour, le chanteur Grégoire vient lire et chanter Thérèse de Lisieux dans un site qu’il qualifie de « magique ». À l’occasion du 350e anniversaire des premières apparitions, le sanctuaire vit une année jubilaire du 1er mai 2014 au 1er mai 2015.

La pieta de Michel Ange dans la basilique saint Pierre à Rome
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Les chrétiens pensent que Dieu existe.

Pour eux, Jésus, le fils de Dieu  s’est fait homme, est né en – 6 ou – 7 de notre ère à Bethléem, en Judée, alors sous occupation romaine et serait mort le 7 Avril 30*, condamné à être crucifié par les occupants romains, pour satisfaire à une demande des Autorités juives de l’époque, croyant leur pouvoir menacé. Il aurait donc vécu 36 ou 37 ans. Sa mère, Marie, l’a conçu par intervention divine**. Les chrétiens pensent même que Jésus est ressuscité trois jours après sa mort, avant de « repartir » vers son Père, préfiguration de notre propre résurrection à nous, lorsque Jésus reviendra sur terre sonner la fin de ce monde et en ouvrir un nouveau, éternel celui là.  Même si les historiens s’accordent pour considérer que le Jésus historique a bien existé (Son disciple Paul affirme qu’au moins 500 personnes l’ont vu après sa résurrection), c’est surtout la foi en Dieu qui ne met pas en doute la croyance chrétienne en Jésus et sa résurrection.

Dans une société française largement sécuralisée, la question de la preuve de Dieu demeure.

Or, une occasion nous est donnée d’y croire ; je veux parler d’un phénomène qu’on appelle « les Apparitions » : la mère de Jésus, Marie, revient nous visiter régulièrement en différentes parties du monde. Des phénomènes supra-naturels étonnants accompagnent ces apparitions ; Marie prononce des prédictions qui s’avèrent exactes et des guérisons inexpliquées sont constatées chez des personnes buvant une certaine eau bénie par Marie, ou qui lui adressent leurs prières.

Olivia Hussey
« Marie » dans le film « Jésus de Nazareth » de Franco Zeffirelli

J’ai entrepris de rassembler, dans un seul livre, les 20 apparitions les plus importantes de Marie, entre 1531 et 2002.

Dix huit ont fait l’objet d’enquêtes minutieuses, y compris de la part de personnes qualifiées (médecins, psychologues) non croyantes, et la véracité des phénomènes constatés peut difficilement être mise en doute. Deux sont en cours d’examen : Medjugorje ( Bosnie Herzégovine) et l’Escorial ( Madrid) Les articles figurant sur ce site sont tirés de mes 2 livres :  » La Preuve de Dieu » et  » La nouvelle arche de Noé », disponibles sur Amazon. L’analyse comparée de toutes ces apparitions figure dans mon livre : « La nouvelle Arche de Noé ».

* L’un des mystères essentiels du christianisme est le sacrifice de Jésus sur la croix, afin de permettre au monde d’être sauvé, c’est-à-dire de ne pas être définitivement vaincu par le Mal. On appelle ce fait « La Rédemption ». 

** L’Esprit de Dieu aurait fécondé Marie afin qu’elle enfante du Fils de Dieu.

Mexique 1531 Notre Dame de Guadalupe

I – Généralités 

Pays de l’apparition

Mexique

Site 

Le Tepeyac (appelé anciennement Tepeyacac et Tepeaquilla) est une colline située au nord de la ville de Mexico. Elle forme l’extrémité orientale de la chaîne montagneuse de la Sierra de Guadalupe, qui ferme la limite septentrionale de la vallée de Mexico. À l’époque précolombienne, il y avait au Tepeyac un petit oratoire dédié à Tonantzin et un petit village relié à Tenochtitlán par une chaussée qui traversait l’ancien lac Texcoco et rejoignait l’île principale à Tlatelolco. Le Tepeyac est célèbre pour avoir été, suivant la foi catholique, l’endroit où Notre-Dame de Guadalupe apparut à l’Indigène Juan Diego Cuauhtlatoatzin.

Au pied du coteau se trouve la basilique Notre-Dame de Guadalupe qui reçoit chaque année, et tout particulièrement le 12 décembre, des millions de pèlerins. Sur le haut de la colline, l’esplanade de la chapelle du Cerrito offre, par temps clair, l’une de la plus belle vue sur la vallée de Mexico. Le parc national El Tepeyac, qui comprend aussi une partie des collines de Santa Isabel et de Guerrero, couvre les flancs nord et ouest de la colline.

Désignation

Notre Dame de Guadalupe, patronne des Amériques (Guadalupe veut dire en langue aztèque celle qui écrase le serpent) 

Le contexte

En 1487, durant une longue cérémonie qui dura 4 jours lors de la consécration d’un nouveau temple à Tenochtitlan, quelque 80.000 captifs furent tués en sacrifice humain. Chaque année les Aztèques offraient au moins 20.000 hommes, femmes et enfants en sacrifice humain à leurs dieux féroces et assoiffés de sang. Francisco Hernández de Córdoba et Juan de Grijalva explorèrent les côtes méridionales du Mexique, respectivement en 1517 et 1518. Le conquistador Hernán Cortés envahit le pays sous bannière espagnole en 1519, après avoir débarqué à proximité de l’actuelle Veracruz.

Il baptisa de fait cette ville le long de la côte Villa Rica de la Vera Cruz. À cette époque, les Aztèquesétaient le groupe dominant dans la population locale. Ils prirent d’abord les conquistadors espagnols, conformément aux anciennes légendes toltèques, pour des envoyés des dieux. Pour cette raison, les Aztèques n’opposèrent initialement que peu de résistance à l’avance des conquistadors, mais plus tard, ils marquèrent leur opposition lorsqu’ils se rendirent compte qu’ils n’étaient pas les messagers divins d’abord admirés.

Après plusieurs batailles, au cours desquelles les armées espagnoles furent plusieurs fois proches de la défaite (notamment lors de la Noche Triste du 30 juin 1520), la capitale aztèque de Tenochtitlan fut attaquée par une alliance entre les Espagnols et les Tlaxcaltèques (les principaux ennemis des Aztèques), qui entamèrent le siège. Les Aztèques furent défaits en 1521 et leur capitale rasée. Moins de 20 ans plus tard, neuf millions d’habitants qui avaient professé pendant des siècles une religion polythéiste et prônant des sacrifices humains les plus cruels, sont convertis au christianisme.

On estime qu’avant l’arrivée des Européens, le Mexique central comptait 25 millions d’habitants. Il n’en restait plus qu’un million vers 1650. Les Espagnols étendirent rapidement leur domination au-delà des frontières de l’empire aztèque. Les Tarasques, effrayés par le sort des Aztèques, se soumirent sans combattre. En 1530, les Espagnols exécutèrent leur dernier souverain. Dans certaines régions, la conquête fut fragile. L’apparition eut lieu en, Décembre 1531.

II – Le voyant  

Par Hajor — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=130002

Juan Diego Cuauhtlatoatzin, né en 1474 et décédé le 30 mai 1548 à Mexico, est le premier chrétien amérindien déclaré saint par l’Église catholiqueCanonisé par le pape Jean-Paul II en 2002, il est liturgiquement commémoré le 9 décembre par l’Église dont la tradition en fait un Indien mexicain de la tribu des Nahuas qui aurait assisté en 1531 à l’apparition de la Vierge Marie sous la forme de la Vierge de Guadalupe. Selon la tradition, il est né en 1474 dans l’État de Mexico, à Cuautitlán, une ville aztèque à 20 km au nord de Tenochtitlan (aujourd’hui Mexico). Le nom donné à sa naissance – Cuauhtlatohuac – signifie « aigle parlant », en langue nahuatl. Lors de l’arrivée des conquistadors espagnols et de la chute de l’empire aztèque, il se convertit au catholicisme vers 1524 ou 1525 et prend le nom de Juan Diego.

Il se retire alors dans une mission catholique de frères franciscains à Tolpetlac. Juan Diego meurt à Mexico, le 30 mai 1548, à l’âge de 74 ans. Il est béatifié en 1990 et canonisé en 2002 par le pape Jean-Paul II. Aujourd’hui, Notre-Dame de Guadalupe est considérée comme la sainte patronne du Mexique et est toujours vénérée par de nombreux catholiques au Mexique et en Amérique latine. Le lieu des apparitions mariales est un centre de pèlerinage très fréquenté.

III – L’apparition (généralités) 

Date 

Le 12 décembre 1531

Nombre et Durée

Quatre fois à Juan Diego et une fois à son oncle Juan Bernardino. 

Emplacement des apparitions

Le Mexique, pays de l’apparition
Fontaine commémorative des apparitions de Tepeyac
L’auteur n’a pas pu être identifié automatiquement. Il est supposé qu’il s’agit de : Mnts (étant donné la revendication de droit d’auteur). « Travail personnel » supposé (étant donné la revendication de droit d’auteur)., CC BY-SA 2.5, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=567266

Récit 

Lors d’une promenade le 12 décembre 1531, la Vierge Marie lui serait apparue sur la colline de Tepeyac, et lui aurait parlé en langue nahuatl. Elle lui aurait alors demandé de construire une église en ce lieu. Juan Diego va en parler à un évêque espagnol, Juan de Zumárraga, mais celui-ci ne le croit pas, et lui demande un signe probant de la demande mariale. La Vierge Marie apparaît alors une deuxième fois à Juan Diego et l’invite à aller cueillir les roses sur la colline (alors qu’on était en plein hiver). Juan Diego trouve les roses et les présente à l’évêque.

Lorsque celles-ci tombent de la tunique, une icône de la Vierge reste imprimée sur son tilma (vêtement de pauvre qualité fait à base de cactus qui aurait dû se détériorer en 20 ans).L’évêque est alors convaincu de l’authenticité de la démarche du religieux amérindien. En 2018, après 487 ans, il ne montre aucun signe de détérioration et défie toutes les explications scientifiques de son origine.  Apparemment, l’image reflète même dans ses yeux ce qui était en face d’elle en 1531. 

Traduction française du récit 

Dix ans après la prise de Mexico, la guerre prit fin et la paix régna parmi le peuple ; en ce temps là, en l’année quinze cent trente et un, dans les premiers jours du mois de décembre, vivait un pauvre Indien appelé Juan Diego, connu comme étant un natif de Cuautitlan. 

Première apparition 

Un samedi, tout juste avant l’aube, il était en route pour le culte divin et pour ses propres affaires. Lorsqu’il arriva au pied de la colline connu sous le nom de Tepeyacac, le jour parut et il entendit chanter sur la colline, comme un chant de différents beaux oiseaux. Occasionnellement la voix des chanteurs s’arrêtait et il semblait que l’écho répondit. Le chant, très doux et délicieux, était plus beau que celui du coyoltotol, du tzintizcan et d’autres beaux oiseaux. Juan Diego s’arrêta pour voir et se dit à lui-même : “Par chance, suis-je digne de ce que j’entends? Peut-être suis-je en train de rêver? Suis-je réveillé?

Où suis-je ? Peut-être suis-je dans ce paradis terrestre dont nous parlaient nos ancêtres? Peut-être suis-je maintenant au ciel?” Il regardait vers l’est, vers le haut de la colline d’où venait ce précieux chant céleste ; puis, subitement le chant s’arrêta et le silence régna. Il entendit alors une voix venant de la colline qui lui disait : “Juanito, Juan Dieguito” ; il s’aventura alors vers l’endroit où on l’appelait. Il n’était pas le moindrement effrayé ; au contraire, il jubilait.

Il grimpa alors la colline pour voir d’où on l’appelait. Quand il atteignit le sommet il vit une Dame qui s’y tenait debout et qui lui dit de s’avancer. S’approchant d’elle, il s’émerveilla de sa grandeur surhumaine ; ses vêtements brillaient comme le soleil ; la falaise sur laquelle reposaient ses pieds étincelait de lumière comme entourée d’un bracelet de pierres précieuses, et la terre resplendissait comme un arc en ciel. Les mezquites, nopales et autres mauvaises herbes qui poussent à cet endroit, paraissaient comme des émeraudes, leurs feuillages comme des turquoises, leurs branches et leurs épines brillaient comme de l’or. Il s’inclina devant elle et entendit sa parole, douce et courtoise, comme quelqu’un qui vous charme et vous enchante profondément.  Elle lui dit : “Juanito, le plus humble de mes fils, où vas-tu?” Il lui répondit : “Madame et enfant, je dois atteindre ton “église à Mexico, Tlatilolco, afin de poursuivre les choses divines qui nous sont enseignées et données par nos prêtres et nos délégués et Notre Seigneur. » 

Elle lui parla alors ainsi : « Sache et comprends bien, le plus humble de mes fils, que je suis la toujours vierge Sainte Marie, Mère du Vrai Dieu pour qui nous existons, du Créateur de toutes choses, Seigneur du ciel et de la terre. J’aimerais qu’une église soit érigée ici, rapidement, afin que je puisse vous montrer et vous donner mon amour, ma compassion, mon aide et ma protection, parce que je suis votre mère miséricordieuse, à vous, à tous les habitants de cette terre et à tous ceux qui m’aiment, m’invoquent et ont confiance en moi. J’écoute leurs lamentations et je remédie à leurs misères, leurs détresses et leurs peines.

Afin d’accomplir ce qu’exige ma clémence, va au palais de l’évêque de Mexico et tu lui diras que je manifeste un grand désir qu’ici, sur cette plaine, une église soit construite en mon honneur ; tu lui raconteras dans les moindres détails tout ce que tu as vu et admiré et ce que tu as entendu. Sois assuré que je te serai extrêmement reconnaissante et que je te récompenserai, parce que je te rendrai heureux et digne de récompense pour les efforts et la fatigue que tu vas endurer pour cette mission. Voilà, tu as entendu mes instructions, mon humble fils, va et fais tous tes efforts. » A cet instant, il s’inclina devant elle et dit : “ Madame, Je vais obéir à tes instructions ; maintenant je dois te quitter, moi, ton humble serviteur. » 

Deuxième apparition

Ayant pénétré dans la ville, il se rendit directement et sans délai, au palais épiscopal ou venait d’être nommé un nouveau prélat, le Père Juan de Zumarraga, un religieux Franciscain. A son arrivée, il essaya de le voir ; il plaida auprès des serviteurs afin qu’ils annoncent sa visite, et après une longue attente il fut informé que l’évêque avait ordonné de le faire entrer. En entrant, il s’inclina et s’agenouillant devant l’évêque, lui transmit le message de la Dame du ciel. Il lui raconta aussi tout ce qu’il avait admiré, vu et entendu. Après avoir écouté son bavardage et son message l’évêque trouva cela incroyable ;

il lui dit alors : ” Tu repartiras, mon fils et je t’écouterai à mon gré. Je reprendrai tout depuis le début et réfléchirai sur les voeux et les désirs pour lesquels tu es venu.” Il s’en alla et paraissait triste car le message n’avait pas été accompli sous toutes ses formes. Il rentra le même jour et revint directement au haut de la colline et rencontra la Dame du ciel qui l’attendait à la même place où il l’avait vue la première fois. La voyant, il se prosterna devant elle et lui dit : “Madame, la plus petite de mes filles, mon enfant, j’ai été là où tu m’as envoyé afin de me conformer à tes instructions. Avec beaucoup de difficultés j’ai pénétré dans le bureau du prélat. Je l’ai vu et lui a fait part de ton message, comme tu me l’avais commandé. 

Il m’a dit : “Tu reviendras et je t’entendrai à mon gré. Je reprendrai tout depuis le début et réfléchirai sur le voeu et le désir qui t’ont amené. ” J’ai parfaitement compris de par la façon dont il m’a répondu qu’il pensait que ton désir d’avoir une église qui te soit consacrée est une invention de ma part, et que ce n’est pas ton ordre, aussi je te supplie fortement, Madame, de confier l’accomplissement de ton message à quelqu’un d’important, de connu qui inspire le respect et l’estime, afin qu’on le croie ; parce que je ne suis rien, je suis une petite ficelle, une minuscule échelle, une queue, une feuille et toi, mon enfant, la plus petite de mes enfants, ma Dame, tu m’as envoyé à une place que je ne fréquente jamais ni ne m’y repose. Je t’en prie, pardonne moi ce grand désagrément et ne sois pas irritée, Madame. » 

La Vierge Marie répondit : ” Ecoute, ô le moindre de mes fils, tu dois comprendre que j’ai de nombreux serviteurs et messagers à qui je peux confier l’accomplissement de mon message et l’exécution de mon désir, mais c’est toi précisément que je sollicite et demande de m’aider afin que par ta médiation mon voeu soit accompli. Je t’implore ardemment, toi le moindre de mes fils, et avec fermeté je t’ordonne d’aller demain voir l’évêque. Tu y vas en mon nom et tu lui fais connaître mon vœu intégral selon lequel je lui demande de commencer la construction d’une église. Dis-lui aussi que c’est Moi, en personne, la toujours-vierge, Sainte Marie, Mère de Dieu qui t’ai envoyé”.

Juan Diego répondit : “Madame, mon enfant, je ne veux pas te faire de la peine. Joyeusement et de plein gré j’obéirai à tes instructions. Sous aucune condition je ne manquerai de le faire ; j’irai accomplir ton désir car non seulement le chemin est pénible mais peut-être que je ne serai pas écouté avec plaisir, ou si on m’écoute on ne me croira peut-être pas. Demain après-midi, au coucher du soleil, je reviendrai te porter la réponse de ton message au prélat. Je prends maintenant congé de toi, le plus petite de mes enfants, mon Enfant et Madame. » Il descendit alors afin de s’acquitter de sa tâche et prit l’allée qui mène tout droit à Mexico. 

Troisième apparition 

Le jour suivant, il quitta la maison avant l’aube, et prit le chemin de Tlatilolco, afin d’être instruit des choses divines et d’être présent à l’appel, après quoi il irait voir le prélat. Vers dix heures, rapidement, après avoir assisté à la Messe et avoir inscrit sa présence, il s’en alla quand la foule se fut dispersée. Sur l’heure Juan Diego se rendit au palais de l’évêque. A peine fut-il arrivé qu’il essaya ardemment de voir l’évêque. Après encore beaucoup de difficultés il parvint à le voir. Il s’agenouilla à ses pieds. Il s’attrista et pleura pendant qu’il exposait les instructions de la Dame du ciel, demandant à Dieu de lui accorder qu’on croie à son message et au voeu de l’Immaculée pour qu’un temple soit construit là où elle le voulait. 

L’évêque, afin de se rassurer, lui posa beaucoup de questions, lui demandant où il l’avait vue et comment elle était. Il décrivit le tout à la perfection à l’évêque. Malgré les explications précises de son apparence et de tout ce qu’il avait vu et admiré, qui, en soi, indiquait qu’elle était la toujours-vierge sainte Mère du Sauveur, Notre Seigneur Jésus-Christ, il ne lui accorda néanmoins aucun crédit lui disant que pour sa requête il lui fallait faire ce qui lui était demandé mais de plus qu’un signe était nécessaire afin qu’il puisse croire qu’il était vraiment envoyé par une Dame du ciel. Juan Diego dit alors à l’évêque : 

Quatrième apparition

Il m’a reçu bienveillamment et m’a écouté attentivement mais sa réponse laissait entendre qu’il ne me croyait pas.  Repose-toi entre-temps”. Il s’en alla se reposer chez lui.  “Monseigneur, écoutez ! Quel doit être le signe que vous demandez? Car j’irai le demander à la Dame du ciel qui m’a envoyé vers vous.” L’évêque voyant qu’il acceptait sans aucun doute et ne se rétractait pas, le renvoya. Il ordonna immédiatement à quelques personnes de son entourage, en qui il pouvait avoir confiance, de le suivre et de surveiller où il allait, qui il voyait et avec qui il parlait. Ceux qui le suivirent le perdirent de vue alors qu’il traversait la ravine près du pont de Tepeyac. Ils cherchèrent partout mais ne purent le retrouver.

Ils revinrent donc non seulement parce qu’ils étaient fatigués mais aussi parce que leurs desseins avaient été déjoués, et cela les avait mis en colère. Et c’est ce qu’ils racontèrent à l’évêque. Pour l’influencer afin qu’il ne crut pas en Juan Diego, ils dirent à l’évêque que Juan Diego le trompait et inventait ce qu’il racontait ou qu’il avait seulement rêvé ce qu’il racontait.  Finalement ils s’arrangèrent pour que, si jamais il retournait, il fût retenu et durement puni afin qu’il cessât de mentir et de tromper. Entre temps, Juan Diego était avec la Bienheureuse Vierge lui rapportant la réponse de Monseigneur l’évêque. 

La Dame, après l’avoir écouté, lui dit : ”Très bien, mon petit, tu repartiras là-bas demain afin de porter à l’évêque le signe qu’il a demandé. Avec cela il te croira et dans son regard il n’y aura ni doute ni soupçon. Et sache, mon petit, que je te récompenserai pour ta sollicitude, tes efforts et ta fatigue à mon égard. Je t’attendrai ici demain.” C’est le jour suivant, un lundi, que Juan Diego devait porter un signe pour qu’on le croie, mais il n’y revint pas parce que, en rentrant chez lui, son oncle, Juan Bernardo, était tombé malade et son état était grave. Il appela d’abord un docteur qui l’aida mais c’était trop tard, son état empirait. A la tombée de la nuit son oncle lui demanda d’aller à l’aube à Tlatilolco et de ramener un prêtre pour le préparer et entendre sa confession, car il était certain qu’il allait mourir et qu’il ne se lèverait plus ni ne guérirait. 

Le mardi, avant l’aube, Juan Diego partit de sa maison pour Tlatilolco pour ramener un prêtre et comme il s’approchait de la route qui rejoint la pente qui mène au sommet de la colline de Tepeyac, vers l’ouest, et où il avait l’habitude de traverser la route, il se dit : “ Si je continue ce chemin, la Dame va sûrement me voir, et je pourrais être retenu afin que je puisse porter le signe au prélat comme convenu ; mais mon premier souci est d’aller rapidement appeler un prêtre car mon oncle l’attend certainement”. Il fit donc le tour de la colline afin qu’il ne puisse être vu par elle qui voit bien partout. Il la vit descendre du haut de la colline et regarder vers là où ils s’étaient  rencontrés précédemment. 

Elle s’approcha de lui au bas de la colline et lui dit” : “Qu’y a-t-il, le moindre de mes fils? Où vas-tu? ” Il s’inclina devant elle et la salua, disant :” Mon enfant, la plus tendre de mes filles, Madame, que Dieu veuille que tu sois satisfaite. Comment vas-tu ce matin? Est-ce que ta santé est bonne, Madame et mon enfant? Je vais te faire de la peine. Sache, mon enfant, qu’un des tes serviteurs, mon oncle, est très malade.

Il a attrapé la peste et est sur le point de mourir. Je dois me hâter vers ta maison à Mexico afin d’appeler un de tes prêtres, aimé de Dieu, pour qu’il entende sa confession et lui donne l’absolution car, depuis notre naissance, nous sommes venus au monde pour nous préserver des oeuvres de la mort. Mais si je pars, je reviendrai ici rapidement afin d’aller porter ton message. Madame, mon Enfant, pardonne moi, sois patiente avec moi pour le moment. Je ne te décevrai pas, la plus petite des mes filles. Demain je viendrai en toute hâte. » 

Après avoir écouté les paroles de Juan Diego, la Très Sainte Vierge répondit : « Ecoute moi et comprends bien, le moindre de mes fils, rien ne doit t’effrayer ou te peiner. Que ton coeur ne soit pas troublé. N’aies pas peur de cette maladie, ni d’aucune autre maladie ou angoisse. Ne suis-je pas là, moi qui suis ta Mère? N’es-tu pas sous ma protection? Ne suis-je pas ta santé? Ne reposes-tu pas heureux en mon sein? 

Que désires-tu de plus? Ne sois pas malheureux ou troublé par quoi que ce soit. Ne sois pas affligé par la maladie de ton oncle, il n’en mourra pas. Sois assuré qu’il est maintenant guéri. » Et à ce moment son oncle fut guéri comme il devait l’apprendre par la suite. Quand Juan Diego entendit ces mots de la Dame du ciel, il était grandement consolé. Il était heureux. Il la supplia de l’excuser afin qu’il aille voir l’évêque et lui porter le signe ou la preuve afin qu’on le croie. La Dame du ciel lui ordonna de grimper au haut de la colline où ils s’étaient précédemment rencontrés. 

Elle lui dit : « Grimpe, ô le moindre de mes fils jusqu’au haut de la colline ; là où tu m’as vue et où je t’ai donné des instructions, tu verras différentes fleurs. Coupe-les, cueille-les, rassemble-les et puis viens les porter devant moi. »Juan Diego grimpa sur la colline immédiatement, et comme il atteignait le sommet il fut stupéfait de voir qu’une telle variété de merveilleux rosiers de Castille était en floraison bien avant la saison où les roses devraient bourgeonner, car hors de saison elles gèleraient. Elles étaient parfumées et recouvertes des gouttes de rosée de la nuit qui ressemblaient à des perles précieuses. 

Il commença immédiatement à les cueillir. Il les assembla et les plaça dans son tilma. Le haut de la colline n’était pas une place où pourrait fleurir n’importe quelle fleur car il y avait beaucoup de rochers, de ronces, d’épines, de nopales et de mezquites. Occasionnellement, de l’herbe poussait mais c’était au mois de décembre quand la végétation n’était pas gelée. Il descendit la colline immédiatement et porta les différentes roses qu’il avait cueillies à la Dame du ciel qui, en les voyant les prit entre ses mains et les plaça à nouveau dans son tilma, lui disant : « ô toi, le moindre de mes fils, cette variété de roses est une preuve et un signe que tu porteras à l’évêque. 

Tu lui diras en mon nom qu’il y verra là mon voeu et qu’il doit s’y conformer. Tu es mon ambassadeur, le plus digne de ma confiance. Je te l’ordonne rigoureusement de ne déplier ton manteau qu’en présence de l’évêque et de lui montrer ce que tu portes. Tu lui raconteras bien tout ; tu lui diras que je t’ai ordonné de grimper au haut de la colline et de cueillir les fleurs ; et aussi tout ce que tu as vu et admiré afin que tu puisses persuader le prélat d’accorder son soutien à ma demande qu’une église soit construite.”Après les conseils de la Dame du ciel, il prit le chemin qui mène directement à Mexico, heureux et sûr du succès, portant avec beaucoup de précaution le contenu de son tilma afin que rien ne s’échappe de ses mains et s’enivrant du parfum de cette variété de belles fleurs. 

Le miracle 

La Vierge de Guadalupe imprimée miraculeusement sur le Tilda de
Juan Diego Cuauhtlatoatzin,
Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1436070

Quand il arriva au palais épiscopal, le majordome vint à sa rencontre ainsi que d’autres serviteurs du prélat. Il les supplia de dire à l’évêque qu’il voulait le voir, mais personne ne voulait le faire ; ils faisaient semblant de ne pas l’entendre, probablement parce qu’il était trop tôt ou parce qu’ils le connaissaient comme étant un importun et qu’il les harcelait ; de plus, leurs collègues leur avaient raconté qu’ils l’avaient perdu de vue quand ils l’avaient suivi. Il attendit longtemps. Quand ils virent qu’il avait attendu longtemps, debout, abattu, ne faisant rien, attendant d’être appelé et paraissant avoir quelque chose dans son tilma, ils s’approchèrent de lui afin de savoir ce qu’il portait. 

Juan Diego voyant qu’il ne pouvait cacher ce qu’il portait et sachant qu’il serait molesté, bousculé, lacéré, ouvrit un peu son tilma là où se trouvaient les fleurs. En voyant cette variété de roses de Castille hors saison, ils furent complètement stupéfaits parce qu’elles étaient si fraîches, en pleine floraison, si parfumées et si belles. Ils essayèrent de s’en emparer et d’en tirer quelques unes mais ne réussirent à aucune des trois fois qu’ils osèrent le faire. Ils ne réussirent pas parce qu’à chaque fois qu’ils essayaient de les prendre, ils ne purent voir les fleurs réelles. A la place elles paraissaient peintes, imprimées ou cousues sur la toile. 

Ils allèrent alors dire à l’évêque ce qu’ils avaient vu, l’informant que l’Indien qui était venu à plusieurs reprises voulait le voir et qu’il avait sûrement une raison pour l’avoir attendu avec anxiété si longtemps et être si désireux de le voir. En entendant cela l’évêque comprit qu’il avait apporté la preuve pour confirmer ses dires afin qu’il se conformât à la requête de l’Indien. Il ordonna de le faire entrer immédiatement. 

Dès son entrée Juan Diego s’agenouilla devant lui comme à l’accoutumée et raconta à nouveau ce qu’il avait vu et admiré ainsi que le message. Il lui dit : ” Monseigneur, j’ai fait ce que tu as commandé, je suis allé dire à mon Ama, ma Dame du ciel, Sainte Marie, précieuse Mère de Dieu que tu as demandé un signe et une preuve afin que tu puisses croire qu’il faut construire une église là où elle l’a demandé ; je lui ai aussi dit que je t’avais donné ma parole que je rapporterais un signe et une preuve de son désir comme tu l’as demandé. Elle se montra sensible et agréa à ta requête. Tôt ce matin elle m’a envoyé te voir à nouveau ; je lui demandais une fois encore le signe afin que tu puisses me croire et elle me dit qu’elle me le donnerait et elle s’y conforma. 

Elle m’envoya au haut de la colline, là où j’avais l’habitude de la voir, pour cueillir une variété de roses de Castille. Après les avoir cueillies je les lui ai portées, elle les a prises de sa main et les a placées dans mon vêtement afin que je te les porte et te les donne en personne. Même si je savais que le haut de la colline n’était pas un endroit où pousseraient des fleurs car il y a beaucoup de rochers, de ronces, d’épines, de nopales et de mezquites, j’avais encore des doutes. Quand je me suis approché du haut de la colline, je vis que j’étais au paradis où il y avait une variété d’exquises roses de Castille, couvertes de brillante rosée et je les ai cueillies immédiatement. Elle m’a dit que je devais te les porter et je me suis exécuté afin que tu puisses voir en elles le signe que tu m’as demandé et te conformer à son vœu ;

Voilà. Reçois les.” Il déplia son vêtement blanc où il avait mis les fleurs et quand toutes les différentes variétés de roses de Castille tombèrent à terre apparut soudain le dessin de la précieuse imagede la toujours vierge Sainte Marie, Mère de Dieu, comme on la voit aujourd’hui dans l’église de Tepeyac, nommé Guadalupe. 

Gros plan de l’image de la Vierge imprimée sur le Tilda de Juan Diego

Quand l’évêque vit l’image, lui et tous ceux présents tombèrent à genoux. On l’admira beaucoup. Ils se levèrent pour la voir, ils tremblèrent et, avec tristesse, ils démontrèrent qu’ils la contemplaient avec leur coeur et leur esprit. L’évêque, avec des larmes de tristesse, pria et implora son pardon pour n’avoir pas accompli son voeu et sa requête. Quand il se releva, il détacha du cou de Juan Diego le vêtement sur lequel apparaissait l’Image de la Dame du ciel. Il le prit et le plaça dans sa chapelle. Juan Diego demeura un jour supplémentaire à l’évêché à la requête de l’évêque. Le jour suivant l’évêque lui dit: « Montre nous où la Dame du ciel désire qu’une église soit construite” Et il invita immédiatement tous ceux présents à s’y rendre. 

IV – Analyse des apparitions 

Apparence de la Vierge 

Quand il atteignit le sommet il vit une Dame. S’approchant d’elle, il s’émerveilla de sa grandeur surhumaine ; ses vêtements brillaient comme le soleil ; la falaise sur laquelle reposaient ses pieds étincelait de lumière comme entourée d’un bracelet de pierres précieuses, et la terre resplendissait comme un arc en ciel. Les mezquites, nopales et autres mauvaises herbes qui poussent à cet endroit, paraissaient comme des émeraudes, leurs feuillages comme des turquoises, leurs branches et leurs épines brillaient comme de l’or. Il s’inclina devant elle et entendit sa parole, douce et courtoise, comme quelqu’un qui vous charme et vous enchante profondément.  « Un grand signe apparut dans le ciel : une femme ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds et, sur la tête, une couronne de douze étoiles. » (Apocalypse 12,1-2 )

Attitudes de la Vierge

Quand il atteignit le sommet il vit une Dame qui s’y tenait debout et qui lui dit de s’avancer. Il descendit la colline immédiatement et porta les différentes roses qu’il avait cueillies à la Dame du ciel qui, en les voyant les prit entre ses mains et les plaça à nouveau dans son tilma. 

Paroles de la Vierge

Elle lui dit : “Juanito, le plus humble de mes fils, où vas-tu?” Elle lui parla alors ainsi : « Sache et comprends bien, le plus humble de mes fils, que je suis la toujours vierge Sainte Marie, Mère du Vrai Dieu pour qui nous existons, du Créateur de toutes choses, Seigneur du ciel et de la terre. J’aimerais qu’une église soit érigée ici, rapidement, afin que je puisse vous montrer et vous donner mon amour, ma compassion, mon aide et ma protection, parce que je suis votre mère miséricordieuse, à vous, à tous les habitants de cette terre et à tous ceux qui m’aiment, m’invoquent et ont confiance en moi. J’écoute leurs lamentations et je remédie à leurs misères, leurs détresses et leurs peines.

Afin d’accomplir ce qu’exige ma clémence, va au palais de l’évêque de Mexico et tu lui diras que je manifeste un grand désir qu’ici, sur cette plaine, une église soit construite en mon honneur; tu lui raconteras dans les moindres détails tout ce que tu as vu et admiré et ce que tu as entendu. Sois assuré que je te serai extrêmement reconnaissante et que je te récompenserai, parce que je te rendrai heureux et digne de récompense pour les efforts et la fatigue que tu vas endurer pour cette mission. Voilà, tu as entendu mes instructions, mon humble fils, va et fais tous tes efforts. »

Après avoir entendu Juanito raconter son entrevue avec l’évêque pour lui faire part de la demande de la Vierge de construire une église,  la Vierge Marie répondit : ” Ecoute, ô le moindre de mes fils, tu dois comprendre que j’ai de nombreux serviteurs et messagers à qui je peux confier l’accomplissement de mon message et l’exécution de mon désir, mais c’est toi précisément que je sollicite et demande de m’aider afin que par ta médiation mon voeu soit accompli. Je t’implore ardemment, toi le moindre de mes fils, et avec fermeté je t’ordonne d’aller demain voir l’évêque. Tu y vas en mon nom et tu lui fais connaître mon vœu intégral selon lequel je lui demande de commencer la construction d’une église. Dis-lui aussi que c’est Moi, en personne, la toujours-vierge, Sainte Marie, Mère de Dieu qui t’ai envoyé”.

Une nouvelle fois, Juan Diego rapporta à la Vierge la demande de l’évêque de lui donner un signe. La Dame, après l’avoir écouté, lui dit : « Très bien, mon petit, tu repartiras là-bas demain afin de porter à l’évêque le signe qu’il a demandé. Avec cela il te croira et dans son regard il n’y aura ni doute ni soupçon. Et sache, mon petit, que je te récompenserai pour ta sollicitude, tes efforts et ta fatigue à mon égard. Je t’attendrai ici demain.” Après avoir écouté les paroles de Juan Diego courant chercher un prêtre pour donner le dernier sacrement à son oncle mourant, la Très Sainte Vierge lui apparut et dit : « Ecoute moi et comprends bien, le moindre de mes fils, rien ne doit t’effrayer ou te peiner. Que ton coeur ne soit pas troublé. N’aies pas peur de cette maladie, ni d’aucune autre maladie ou angoisse. Ne suis-je pas là, moi qui suis ta mère? N’es-tu pas sous ma protection? Ne suis-je pas ta santé? Ne reposes-tu pas heureux en mon sein? 

Que désires-tu de plus? Ne sois pas malheureux ou troublé par quoi que ce soit. Ne sois affligé pas la maladie de ton oncle, il n’en mourra pas. Sois assuré qu’il est maintenant guéri. »La Dame du ciel lui ordonna alors de grimper au haut de la colline où ils s’étaient précédemment rencontrés. Elle lui dit : « Grimpe, ô le moindre de mes fils jusqu’au haut de la colline ; là où tu m’as vue et où je t’ai donné des instructions, tu verras différentes fleurs. Coupe-les, cueille-les, rassemble-les et puis viens les porter devant moi. »Il descendit la colline immédiatement et porta les différentes roses qu’il avait cueillies à la Dame du ciel qui, en les voyant les prit entre ses mains et les plaça à nouveau dans son tilma, lui disant : « ô toi, le moindre de mes fils, cette variété de roses est une preuve et un signe que tu porteras à l’évêque. Tu lui diras en mon nom qu’il y verra là mon voeu et qu’il doit s’y conformer. 

Tu es mon ambassadeur, le plus digne de ma confiance. Je te l’ordonne rigoureusement de ne déplier ton manteau qu’en présence de l’évêque et de lui montrer ce que tu portes. Tu lui raconteras bien tout; tu lui diras que je t’ai ordonné de grimper au haut de la colline et de cueillir les fleurs; et aussi tout ce que tu as vu et admiré afin que tu puisses persuader le prélat d’accorder son soutien à ma demande qu’une église soit construite.”

Messages de la Vierge  

  • Marie se déclare mère aimante, attentive à nos peines. « …parce que je suis votre mère miséricordieuse, à vous, à tous les habitants de cette terre et à tous ceux qui m’aiment, m’invoquent et ont confiance en moi. J’écoute leurs lamentations et je remédie à leurs misères, leurs détresses et leurs peines. » 
  • Elle souhaite que soit édifié un lieu de prière, lieu « d’échange d‘amour réciproque » avec « nous ». « Afin d’accomplir ce qu’exige ma clémence, va au palais de l’évêque de Mexico et tu lui diras que je manifeste un grand désir qu’ici, sur cette plaine, une église soit construite en mon honneur afin que je puisse vous montrer et vous donner mon amour.»
  • Marie a choisi « un petit » pour porter sa demande de construction d’une église. « Tu dois comprendre que j’ai de nombreux serviteurs et messagers à qui je peux confier l’accomplissement de mon message et l’exécution de mon désir, mais c’est toi précisément que je sollicite et demande de m’aider afin que par ta médiation mon voeu soit accompli. »
  • Marie insiste sur « sa » Virginité (qui lui est parfois contestée) : « Dis-lui aussi que c’est Moi, en personne, la toujours-vierge, Sainte Marie, Mère de Dieu qui t’ai envoyé”…Il devrait lui révéler ce qu’il avait vu et lui expliquer de quelle façon elle l’avait guéri miraculeusement et elle voulait être appelée « La toujours vierge Sainte Marie de Guadalupe »

Autres Visions ou phénomènes para normaux

Après que Juan Diego eut montré l’endroit où la dame du ciel voulait que son église soit construite, il demanda la permission de prendre congé. Il voulait rentrer chez lui pour voir son oncle Juan Bernardino qui était gravement malade quand il l’avait quitté pour aller à Tlatilolco, appeler un prêtre afin d’entendre sa confession et lui donner l’absolution. La Dame du ciel lui avait dit que son oncle était guéri. Mais ils ne le laissèrent pas partir seul et l’accompagnèrent jusqu’à chez lui. Comme ils arrivèrent, ils virent que son oncle était heureux et en bonne santé.

Il était très stupéfait de voir son neveu ainsi accompagné et honoré, et demandait la raison d’un tel honneur. Son neveu répondit que lorsqu’il partit chercher le prêtre pour entendre sa confession et lui donner l’absolution, la Dame du ciel lui apparut à Tepeyac lui disant de ne pas être triste, que son oncle allait bien, ce qui l’a consolé. Elle l’a envoyé à Mexico voir l’évêque afin que ce dernier lui construise une maison à Tepeyac. L’oncle témoigna de ce que c’était vrai qu’à cette occasion il fut guéri et qu’il l’avait vue de la même manière que son neveu, apprenant d’elle qu’elle l’avait envoyé à Mexico pour voir l’évêque. La Dame lui dit aussi que, lorsqu’il irait voir l’évêque, il devrait lui révéler ce qu’il avait vu et lui expliquer de quelle façon elle l’avait guéri miraculeusement et elle voulait être appelée « La toujours vierge Sainte Marie de Guadalupe »et que son image bénie soit aussi ainsi connue.

Juan Bernardino fut conduit en la présence de l’évêque afin qu’il l’en informe et lui donne un témoignage.  Son neveu et lui furent les invités de l’évêque chez lui jusqu’à ce que l’église consacrée à la Reine de Tepeyac soit construite là où Juan Diego l’avait vue. L’évêque transféra l’image sacrée de la belle dame du ciel de sa chapelle privée à l’église principale afin que tout le peuple puisse voir l’image bénie et l’admire. La cité tout entière était sous le coup d’une grande émotion. Tous vinrent la voir, admirer l’image pieuse et prier. Ils s’émerveillèrent de son apparition dans ce divin miracle car aucune personne humaine de ce monde n’avait peint cette image précieuse. 

Eléments conformes aux autres apparitions 

  • La demande de construction d’une église
  • Marie s’adresse à un « petit », un indien très pauvre et très religieux. 
  • Les évènements miraculeux : l’impression des fleurs sur le Tilma de Juan Diego et sa non altération à l’usure du temps ; 
  • Les fleurs qui s’épanouissent en décembre. 
  • La guérison de l’oncle. 
  • La Vierge apparaît sur une colline. 
  • Ses vêtements brillent comme le soleil. 

Eléments spécifiques

Marie laisse une trace ineffaçable de son passage : son image imprimée sur le maillot de corps de Diego ; événement rare dans les apparitions. Les seules autres traces persistantes connues sont la présence d’une source dont on ne sait si elle a été seulement « découverte » par la voyante ou due à l’intervention de la Vierge.  

V – Reconnaissance et sanctuaires

Reconnaissance

Les plus importants documents approuvés par l’Église Catholique lors du procès en canonisation de Juan Diego sont : le Nican mopohua, le récit des apparitions écrit en náhuatl, la langue parlée par les indiens de la vallée de l’Anahuac (Mexico) écrit vers 1545-1548 par Antonio Valeriano (en). Élève brillant du Collège de Santa Cruz de Tlatelolco, où il apprit l’espagnol et le latin, il fut nommé professeur à 21 ans, puis vice-recteur du collège et informateur de l’historien Fray Bernardino de Sahagún. Son texte fut publié pour la première fois en 1649.

Une des copies originales de l’époque de ce très précieux document se trouve à la Bibliothèque Publique de New York, et a fait l’objet d’une multitude d’études par un grand nombre d’historiens. Ce sont aussi les témoignages recueillis lors des informations juridiques de 1666 (en).Le livre-dossier (El encuentro de la Virgen de Guadalupe y Juan Diego) dont les auteurs, Fidel González Fernández, Eduardo Chávez Sánchez et José Luis Guerrero Rosado, postulateurs pour la cause de Juan Diego, nous présentent les événements vécus par le Mexique au XVI e siècle, est le fruit des années de longues recherches dans le but de démontrer historiquement la vérité sur la vie de Juan Diego,.

Le Pape Jean-Paul II déclare Juan Diego bienheureux le 9 avril 1990 et le canonise le 31 juillet 2002 à l’occasion de son voyage au Mexique, malgré la réticence d’une partie du clergé mexicain (notamment de l’évêque Guillermo Schulenburg (en) de la basilique Notre-Dame-de-Guadalupe de Mexico) qui considère que l’existence historique du nouveau saint est infondée. Le secrétaire de la conférence des évêques mexicains déclara même alors : « Juan Diego Cuauhtlatoatzin a-t-il existé ou pas? A-t-il fait des miracles? L’important, c’est que notre peuple mexicain croit en la vierge de Guadalupe. C’est peut-être cela le plus grand des miracles ! »

Juan Diego devient ainsi le premier saint amérindien de l’Église catholique, fêté le 12 décembre, et cette canonisation augmente la popularité de la Vierge de Guadalupe dont l’image est omniprésente dans les foyers, les taxis, commerces et lieux publics du Mexique. Le maire de la municipalité indienne de Tatahuicapan, peu favorable à la démarche religieuse, a senti le besoin de préciser : « la canonisation de JDC n’a rien à voir avec la reconnaissance de nos droits et de notre culture. Pour le gouvernement, ce n’est que de la publicité. »

Eléments de controverse

L’historicité de Juan Diego soulève un débat historiographique car aucune mention historique concernant ce personnage ne remonte avant 1648 (date à laquelle le prêtre Miguel Sánchez écrit dans son ouvrage théologique « Imagen de la Virgen María » quelques phrases sur la vie de Juan Diego dans un ermitage, depuis ses apparitions jusqu’à sa mort et les documents sont le plus souvent de seconde main. De nombreux historiens restent sceptiques quant à l’existence de Juan Diego. 

Le sanctuaire 

Chaque année, une foule, estimée à dix millions de personnes, la visite faisant de l’église de la Cité de Mexico, le sanctuaire catholique le plus populaire dans le monde après le Vatican. Sa Sainteté le Pape Jean Paul II visita par deux fois le sanctuaire, se prosterna devant l’image, implora son assistance maternelle et l’invoqua comme la Mère des Amériques. Tout récit sur les apparitions de Notre Dame de Guadalupe est inspiré du Nican Mopohua, ou Huei Tlamahuitzoltica, écrit en Hahuatl, la langue Aztèque, par l’écrivain Indien Antonio Valeriano autour de la moitié du XVIe siècle.  Une église (Notre-Dame de Guadalupe) est édifiée, et cette vision mystique de Juan Diego favorise le mouvement de conversions religieuses au catholicisme, encouragé par les missionnaires espagnols.

Nouvelle cathédrale Notre Dame de Guadalupe à Mexico
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La basilique Notre-Dame-de-Guadalupe est une basilique catholique consacrée à la Vierge de Guadalupe, située sur la colline de Tepeyac, dans la delegación Gustavo A. Madero de Mexico.15 à 20 millions de pèlerins se rendent tous les ans à la Basilique Notre-Dame de Guadalupe de Mexico (dont près de la moitié les jours précédant le 12 décembre, fête de la Vierge de Guadalupe), ce qui en fait le monument catholique le plus visité avec la cathédrale Notre-Dame de Paris et après la cité du Vatican. Elle expose la tunique de Juan Diego Cuauhtlatoatzin où s’est imprimée l’image de la Vierge Marie, à la suite de son apparition à ce berger.

L’intérieur de la basilique Notre dame de Guadalupe
Par Joaquín Martínez Rosado — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=6941622

Wisconsin / Etats Unis / 1859 Notre Dame du bon secours

Après son apparition à Lourdes en 1858, Marie a honoré de sa présence le petit village de Champion aux États-Unis en 1859, dans le nord-est du Wisconsin, tout près des Grands Lacs. Une jeune paysanne belge de 28 ans, nommée Adèle Brise, eut l’honneur de rencontrer à trois reprises la Sainte Vierge. Au cours de ces rencontres, la Vierge lui confia la mission suivante : « Enseigne la foi catholique aux enfants des habitants qui perdent leur foi par négligence. » Adèle, prenant sa mission à cœur, dédia sa vie entière à l’évangélisation des enfants avec le catéchisme et les sacrements.

I – Généralités

Pays de l’apparition

Etats Unis / Wisconsin 

Site 

Green Bay est une ville de 102 313 habitants située dans l’État du Wisconsin, aux États-Unis. Elle est historiquement la première colonie de l’État actuel du Wisconsin et fut fondée par l’explorateur français Jean Nicolet, en 1634, sous le nom de « la Baie des Puants ». 

La ville basse de Green Bay, le long de Fox River
Looking east at downtown / Champion / Royalbroil / Own Work / CC BY SA 30

Champion est une zone non incorporée dans la ville de Green Bay dans le comté de BrownWisconsinÉtats-Unis

Désignation  

Notre Dame du Bon Secours

Contexte historique en 1859

Aux Etats Unis le commerce des esclaves bat son plein tandis qu’on découvre du pétrole. Colonisations et guerres suivent leur cours,en Europe et ailleurs. 

Mars : la plus grande enchère d’esclave dans l’histoire des États-Unis a lieu, appelé The Weeping Time (Le temps des pleurs). Pierce M Butler vend 436 hommes, femmes, enfants, et enfants en bas âge, qui restent dans des boxes destinés à des chevaux dans l’hippodrome de Savannah (Géorgie) pendant des semaines, avant que l’enchère ait lieu.

Printempsruée vers l’or de Pikes PeakJohn H. Gregory, un mineur expérimenté originaire de Géorgie qui avait participé à la ruée vers l’or de Californie découvre le premier filon aurifère du Colorado. D’autres découvertes du genre suivirent rapidement dans la région.

27 Août : découverte de pétrole à Titusville en Pennsylvanie aux États-Unis par un cheminot, Edwin Drake, qui marque traditionnellement le début de l’âge du pétrole.

23 septembre : une éruption solaire atteint la Terre dans la nuit du 2 au 3 septembre, illuminant le ciel nocturne sur tout l’hémisphère nord ; des témoignages indiquent que jusqu’à des latitudes aussi basses que Panama il était possible de lire un journal en pleine nuit du fait de la lumière aurorale.

2 décembre : John Brown est pendu par l’État de Virginie pour avoir tenté de fomenter une révolte générale des esclaves du Sud.

Dans le reste du monde

22 octobre : l’Espagne déclare la guerre au Maroc (fin en 1860). Le 1er janvier 1860, une armée de 40 000 hommes passe au Maroc.

2528 juin : une nouvelle offensive franco-britannique sur Tianjin, en Chine, échoue devant les forts de Dagu.

31 juillet2 août : intervention destinée à protéger les intérêts américainsà Shanghai.

15 septembre : engagement de Cam. Le corps expéditionnaire français de l’amiral Rigault de Genouillyattaque les retranchements repris par l’armée annamite à Touraneet la rejette sur la route de Hué.

Les Britanniques envahissent le Balouchistan et encerclent l’Afghanistan.

3 mai : La France déclare la guerre à l’Autriche et intervient en Italie.

24 juin : bataille de Solférino. Le Suisse Jean Henri Dunant arrive sur le champ de bataille après l’affrontement. Il improvise les secours aux blessés et lance l’idée de la Croix-Rouge, crée en 1863.

II – La voyante : 

Soeur Adèle Brise
Source Wikipedia / Aleteia

En 1859, Adèle et sa famille vivaient dans une petite ferme du Wisconsin, qui était devenu un État américain seulement 11 ans plus tôt. Adèle Brise était née en Belgique en 1831. Avec ses parents, elle avait émigré au Wisconsin en 1855.Après les apparitions, Adèle, qui avait alors 28 ans, obéit à Notre-Dame et commença tout de suite, dès la fin de l’année 1859 à enseigner les enfants. Au début, elle allait de maison en maison, mais ses trop nombreux trajets finirent par l’épuiser. Heureusement, en 1865, un nouveau curélui conseilla de chercher de l’aide ; plusieurs personnes se présentèrent et Adèle devint Tertiaire franciscaine. Le Père Crud lui demanda de faire construire un couvent et une école afin que, selon le document de Sœur Pauline, « ceux qui avaient besoin d’instruction religieuse puissent venir à Adèle, et non Adèle à eux. »

Mais pour réaliser cela, il fallait des fonds importants. Où les trouver ?  Le Père Crud prépara pour Adèle une lettre de recommandation afin qu’elle puisse solliciter des dons. Elle partit donc avec une compagne anglophone, Sœur Marguerite Allard, pour solliciter des fonds autour de la péninsule de Green Bay. D’autres femmes se joignirent à Adèle. Adèle et les personnes qui s’étaient engagées pour l’aider constituèrent une sorte d’association qui ne fut jamais un ordre religieux puisque les vœux ne se pratiquaient pas. La vie de Sœur Adèle était un témoignage convaincant, car, dit Mgr Ricken, « elle avait vraiment un esprit d’évangélisation, et elle avait vécu le message qu’elle avait reçu durant toute sa vie.  » et ce, jusqu’à sa mort, le 5 juillet 1896. 

Sanctuaire de Notre Dame de Bon secours à Champion, Wisconsin USA
Par Royalbroil — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=11658081

III – L’Apparition (généralités) 

Date

La première apparition de la Vierge a eu lieu le 2 octobre 1859. 

Nombre et durée des apparitions

3 apparitions très rapprochées dont deux le même jour. 

Emplacement des apparitions

«  Ce jour-là, Adèle se dirigeait vers un moulin situé à l’extérieur du village. Soudain, elle vit une dame vêtue de blanc ; elle se tenait debout entre deux arbres : un érable et une pruche, c’est-à-dire un conifère canadien très décoratif.

La ville de champion se situe en bordure du lac Michigan, le plus au sud des grands lacs

Récit 

Le compte rendu de sœur Pauline La Plante, amie d’Adèle Brise.

Sœur Pauline La Plante, à qui Adèle avait souvent raconté son histoire, écrivit un compte rendu de ce qui s’était passé ; compte-rendu qui nous donne quelques précisions sur Adèle et sur les apparitions. 

« Ce jour-là, Adèle se dirigeait vers un moulin situé à l’extérieur du village, avec un sac de blé sur sa tête. Soudain, alors qu’elle arrivait près du moulin, elle vit une dame vêtue de blanc, un blanc aveuglant. Cette femme portait une ceinture jaune autour de la taille et une couronne d’étoiles sur la tête. Elle se tenait debout entre deux arbres : un érable et une pruche, c’est-à-dire un conifère canadien très décoratif. Adèle eut très peur et s’arrêta,tandis que la vision disparaissait lentement. Très émue, Adèle fit ce qu’elle avait à faire et rentra chez elle. Quand elle fut avec ses parents, elle leur raconta ce qui s’était passé, et tout d’abord son père crut qu’il s’agissait peut-être d’une âme du purgatoire qui avait besoin de prières.

Le dimanche suivant, 9 octobre 1859, Adèle, pour se rendre à la messe à Bay Settlement suivait la même route, mais elle n’était pas seule : sa sœur Isabelle et une voisine, Madame Vander Niessen l’accompagnaient. Lorsqu’elles arrivèrent près des arbres, la même Dame en blanc apparut, au même endroit que précédemment. De nouveau, Adèle prit peur, et s’écria : Oh, voilà encore cette dame! Les deux personnes qui l’accompagnaient ne voyaient rien d’autre que le regard épouvanté d’Adèle. Elles aussi pensèrent qu’il s’agissait d’une âme du Purgatoire qui avait besoin de prières. Toutes les trois attendirent quelques minutes, jusqu’à ce qu’Adèle leur eût dit que l’apparition était partie. La Dame avait disparu comme la première fois, laissant un peu de brouillard blanc derrière elle.

Après la messe, Adèle se confessa et dit au prêtre combien elle avait été effrayée à la vue de la femme en blanc. Le père William Verhoef lui dit de ne pas avoir peur, car, s’il s’agissait d’une messagère céleste ; elle la verrait à nouveau et elle ne lui ferait pas de mal. Mais le prêtre insista pour qu’Adèle demandât à l’apparition, « au nom de Dieu, qui elle était et ce qu’elle désirait d’elle. » Adèle, apaisée, retourna chez elle avec ses deux compagnes ; de plus, un homme, qui avait défriché la terre pour les Pères de Sainte-Croix à Bay Settlement, les accompagnait. Mais voici que, alors qu’ils approchaient du lieu de l’apparition, Adèle vit pour la troisième fois la belle Dame vêtue de blanc. Sa robe tombait à ses pieds en plis gracieux. Elle avait toujours la couronne d’étoiles autour de sa tête, et ses longs cheveux clairs et ondulés tombaient sur ses épaules. Une lumière céleste rayonnait autour d’elle. Adèle tomba à genoux et dit, conformément à ce que lui avait conseillé son confesseur : 

– Au nom de Dieu, qui êtes-vous et que voulez-vous de moi ?

La Dame lui répondit : « Je suis la Reine du Ciel qui prie pour la conversion des pécheurs, et je désire que tu fasses de même. Tu as reçu la sainte communion ce matin et c’est bien, mais tu dois faire davantage. Fais une confession générale et offre ta Communion pour la conversion des pécheurs. S’ils ne se convertissent pas et ne font pas pénitence, mon Fils se verra obligé de les punir. » Les personnes qui accompagnaient Adèle, ne voyant rien, mais l’entendant parler, lui demandèrent : Adèle, qui est-ce ? Pourquoi ne pouvons-nous pas la voir comme toi ? Adèle répondit : « Agenouillez-vous. La dame dit qu’elle est la Reine du Ciel. »  

La Vierge posa son regard sur les amis d’Adèle et dit : Heureux ceux qui croient sans avoir vu. Et la Dame en blanc continua, s’adressant à Adèle : « Que fais-tu ici à ne rien faire alors que tes compagnes travaillent dans la vigne de mon Fils? » En pleurant, Adèle demanda : -« Que puis-je faire, chère Dame ? » : « Rassemble les enfants de ce pays sauvage et enseigne-leur ce qu’ils doivent savoir pour leur salut. » Mais comment les enseignerai-je. J’en sais si peu moi-même ? répondit Adèle. La radieuse et rayonnante Visiteuse poursuivit : « enseignez-leur le catéchisme et comment faire le signe de la Croix. Et qu’ils aient recours aux sacrements ; tel est mon souhait. Va et ne crains rien. Je t’aiderai. » Notre-Dame éleva les mains comme pour implorer une bénédiction sur les personnes présentes, et disparut lentement, laissant Adèle prosternée sur le sol.

Pour aider sa fille à répondre à la demande de la Sainte Vierge, Lambert Brise, le père d’Adèle, éleva, en 1861, sur le lieu de l’apparition, une petite chapelle en bois, dédiée à Notre-Dame de Bon Secours. Quant à Adèle, qui avait alors 28 ans, elle obéit à Notre-Dame et commença tout de suite, dès la fin de l’année 1859 à enseigner les enfants. Au début, elle allait de maison en maison, mais ses trop nombreux trajets finirent par l’épuiser. Heureusement, en 1865, un nouveau curé, le révérend Philip Crud, fut nommé responsable de la colonie belge.

Impressionné par la sincérité d’Adèle, son dévouement et le succès de son travail, mais considérant aussi son immense fatigue, le père Crud lui conseilla de chercher de l’aide, tout particulièrement auprès de personnes pouvant l’accompagner dans sa mission. Plusieurs personnes se présentèrent et Adèle devint Tertiaire franciscaine. De plus, le Père Crud lui demanda de faire construire un couvent et une école afin que, selon le document de Sœur Pauline, « ceux qui avaient besoin d’instruction religieuse puissent venir à Adèle, et non Adèle à eux. » Ainsi, elle aurait moins de déplacements à effectuer et elle conserverait la santé et les forces dont elle avait besoin.

Mais pour réaliser cela, il fallait des fonds importants. Où les trouver ?  Le Père Crud prépara pour Adèle une lettre de recommandation afin qu’elle puisse solliciter des dons. Elle partit donc avec une compagne anglophone, Sœur Marguerite Allard, pour solliciter des fonds autour de la péninsule de Green Bay. Adèle qui avait déjà beaucoup voyagé, souvent à pieds, catéchisant les enfants, leur apprenant à faire le signe de la Croix et à prier, dut encore poursuivre ses voyages, alors qu’elle aurait pu rester tranquille dans son couvent, afin de quêter des dons, des légumes et d’autres sortes de vivres, car elle ne demandait rien pour la pension des enfants.

D’autres femmes se joignirent à Adèle. Adèle et les personnes qui s’étaient engagées pour l’aider constituèrent une sorte d’association qui ne fut jamais un ordre religieux puisque les vœux ne se pratiquaient pas. Elles avaient pourtant un costume religieux, et on les appelait souvent « les Sœurs Franciscaines séculières. » Elles appartenaient toutes au Tiers-Ordre de Saint François. 

Saint François
François d’Assise né sous le nom de Giovanni di Pietro Bernardone à Assise (Italie) en 1181 est le fondateur de l’ordre des frères mineurs (OFM, communément appelé Ordre franciscain). Il est canonisé dès 1228 par le pape Grégoire IX et commémoré le 4 octobre
Saint François a fondé trois ordres:
le premier ordre: les frères mineurs (1209)
le deuxième ordre: les clarisses ou Pauvre Dames (1212)
le Tiers-Ordre (1221)

IV – Analyse de l’Apparition

Apparence de la Vierge

Adèle raconte avoir vu une femme vêtue de blanc, un blanc aveuglant, portant une ceinture jaune autour de la taille et une couronne d’étoiles sur la tête. Alors qu’ils approchaient du lieu de la troisième apparition, Adèle vit à nouveau la belle Dame vêtue de blanc. Sa robe tombait à ses pieds en plis gracieux. Elle avait toujours la couronne d’étoiles autour de sa tête, et ses longs cheveux clairs et ondulés tombaient sur ses épaules. Une lumière céleste rayonnait autour d’elle. 

Représentation de Notre Dame du bon secours

Attitudes de la Vierge

La Vierge pose son regard sur les amies de la jeune femme et dit : « Heureux ceux qui croient sans voir ! » La Dame dit : « Vas et ne crains rien. Je t’aiderai ». Juste avant de partir, Notre-Dame éleva les mains comme pour implorer une bénédiction sur les personnes présentes, et disparut lentement, laissant Adèle prosternée sur le sol. 

Paroles de la Vierge

Sur le chemin de retour chez elle, la Vierge lui apparaît à nouveau et Adèle lui pose ses questions. La Vierge lui répond alors : « Je suis la Reine du Ciel qui prie pour la conversion des pécheurs, et je désire que tu fasses comme moi ». « Tu as reçu la communion ce matin et c’est bien mais tu dois faire davantage. Fais une confession générale et offre la Communion pour la conversion des pécheurs. S’ils ne se convertissent pas et ne font pas pénitence, mon Fils se verra obligé de les punir ». Une des femmes qui se trouvaient avec Adèle lui demande à qui elle parle et pourquoi elles ne voient personne. « Agenouillez-vous », leur dit Adèle, « la dame dit qu’elle est la Reine du Ciel ».

La désignation de Marie comme « Reine du Ciel » (ou des Cieux) est symbolisée par sa couronne et sa robe étoilées. Ici est représentée la Vierge telle qu’elle apparaitra aux enfants de Pontmain

Devant cette scène, la Vierge pose son regard sur les amies de la jeune femme et dit : « Heureux ceux qui croient sans voir ». La Dame en blanc continue : « Que fais-tu ici à ne rien faire alors que tes amies travaillent dans la vigne de mon Fils ? ». « Que puis-je faire d’autre, ma bien aimée Dame ? », Demande Adèle. « Réunis les enfants de ce pays sauvage et apprends-leur ce qu’ils devraient savoir pour avoir la vie sauve ». « Comment puis-je leur apprendre ce que je connais si peu moi-même? », réplique Adèle. « Enseigne-leur le catéchisme, à faire le signe de la croix et à avoir recours aux sacrements ; tel est mon souhait », dit la dame. « Vas et ne crains rien. Je t’aiderai ». 

Messages de la Vierge  

La Vierge se présente comme la Reine du Ciel. Elle confirme sa mission à Adèle : prier pour la conversion des pécheurs. Elle demande à Adèle (et à nous) de faire plus que de communier : il nous faut travailler à la vigne du Seigneur (dont il est question dans la parabole de la vigne (Mt 20, 1-16a), c’est à dire se mettre à son service, collaborer à son œuvre, afin de recevoir notre salaire : la vie éternelle. Car « le patron » ne tolère pas que nous ne travaillions pas à ouvrir les portes du Royaume à tous nos semblables.

Jésus disait cette parabole : « Le Royaume des cieux est comparable au maître d’un domaine qui sortit au petit jour afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne. » Mt20, 1-16a

Marie rappelle la parole de Jésus à Thomas qui voulait vérifier qu’il était bien ressuscité : « Heureux ceux qui croient sans voir ». Elle demande à Adèle de se faire catéchiste et d’inciter ses semblables à recourir aux sacrements, nous rappelant que c’est par les sacrements que l’Esprit de Dieu nous pénètre et travaille à notre perfection. Elle promet de nous apporter son  aide. Si les hommes « n’apprennent pas ce qu’ils devraient savoir », ils n’auront pas la vie sauve. 

The Incredulity of Saint Thomas by Caravaggio Par Caravage Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=136562

Autres Visions et/ou éléments supra-naturels

Parlons maintenant un peu des miracles qui accompagnèrent Adèle.  Tout d’abord, il faut savoir que lorsque « les Sœurs » ne savaient plus comment nourrir leurs pensionnaires le lendemain, Adèle les réunissait à la chapelle pour implorer le secours de Marie. Et chaque fois, le lendemain matin, elles trouvaient à leur porte les provisions nécessaires qu’un bienfaiteur avait laissées là pendant la nuit.  En 1871, le climat avait été si sec que les incendies furent nombreux et très destructeurs.

Ainsi, un jour, un très violent incendie ravagea la zone proche du lieu de l’apparition, le 8 octobre 1871. Tout fut brûlé, à l’exception de la chapelle en bois, de l’écoleet du couvent : c’est ce que l’on a appelé le grand feu de Peshtigo, dans le Wisconsin. En effet, une grande tempête qui débuta près de Peshtigo propagea un violent incendie à travers les bois et les villes. Il y aurait eu 2 000 victimes. Mais lorsque le feu menaça la chapelle, Adèle Brise refusa de partir et organisa une procession pour implorer la protection de Marie. Tout fut détruit alentour, mais le sanctuaire fut épargné ainsi que les personnes qui s’y étaient réfugiées. Notons que cet incendie qui dura plusieurs semaines détruisit environ 4900 KM2 de terres.

Il y eut beaucoup d’autres miracles rapportés par Mgr Ricken qui, après une enquête de deux ans, proclama, le 8 décembre 2010, les apparitions « dignes de foi. » De plus, la vie de Sœur Adèle était un témoignage convaincant, car, dit Mgr Ricken, « elle avait vraiment un esprit d’évangélisation, et elle avait vécu le message qu’elle avait reçu durant toute sa vie.  » et jusqu’à sa mort, le 5 juillet 1896. Tout ceci nous fait comprendre qu’en raison de son obéissance aux demandes de la Vierge Marie et de sa confiance en Dieu, Sœur Adèle est toujours un exemple remarquable pour tous les catéchistes et toutes les familles catholiques. 

Eléments conformes aux autres apparitions 

L’apparition sur la route dans un environnement campagnard. 

L’appel à recourir aux sacrements 

La menace de la punition 

La proposition de la Vierge d’apporter son secours et son aide

L’apparence de la Vierge 

Eléments spécifiques

La Dame avait disparu comme la première fois, laissant un peu de brouillard blanc derrière elle. Le 8 octobre 1871 un grand incendie ravage la région. C’est ce que l’on a appelé le grand feu de Peshtigo, dans le Wisconsin. Il y aurait eu 2 000 victimes. Tout fut brûlé, à l’exception de la chapelle en bois, de l’écoleet du couvent : lorsque le feu menaça la chapelle, Adèle Brise refusa de partir et organisa une procession pour implorer la protection de Marie. Tout fut détruit alentour, mais le sanctuaire fut épargné ainsi que les personnes qui s’y étaient réfugiées.L’apparition de Champion est la seule reconnue en Amérique du Nord. C’est la première fois où une voyante se voit clairement confier une mission d’apostolat débordant le cadre de la prière et de la pénitence. 

V- Reconnaissance et sanctuaires 

Reconnaissance

Le sanctuaire de Notre-Dame du Bon Secours à Champion est un lieu d’apparitions mariales qui a été approuvé officiellement au niveau diocésain. Le décret a été prononcé le 8 décembre 2010 par l’évêque du lieu, Mgr David Ricken : « Je déclare avec certitude morale et conformément aux normes de l’Église que le contenu des faits, des apparitions et des propos reçus par Adèle Brise en octobre 1859 sont de nature surnaturelle, et par la présente, approuve ces apparitions comme dignes de foi – bien que non obligatoires – pour les fidèles chrétiens ». Le sanctuaire de Notre-Dame du Bon Secours est le seul aux États-Unis où une apparition de la Vierge Marie a été approuvée officiellement.

Sanctuaire

Une chapelle est bâtie sur le lieu de l’apparition, à Champion (dans le Wisconsin) sous l’invocation de Notre Dame du Bon Secours (Our Lady of Good Help) 

Intérieur de l’église de Notre Dame du Bon secours à Champion
Source : site Notre histoire avec Marie

Le Vendredi 10 Décembre 2010, à Rome, au cours de la fête de l’Immaculée Conception, a été approuvé officiellement au niveau diocésain le culte des apparitions de la Vierge dans le Wisconsin, déclarée patronne des Etats Unis. Depuis 160 ans les pèlerinages se poursuivent au sanctuaire et attirent toujours de très nombreux fidèles. Le plus grand de ces pèlerinagesa lieu le 15 août.

Récapitulatif des 9 Apparitions mariales du 19 ème siècle

1830 : Rue du Bac, Paris, à Catherine Labouré

1842 : Rome, à Alphonse Ratisbonne

1846 : La Salette à Maximin Giraud et Mélanie Calvat

1858 : Lourdes, à Bernadette Soubirous

1859 : Champion (Wisconsin,Usa) à Adèle Brise

1871 : Pontmain (France) à Eugène Barbedette et son frère joseph

1876 : Pellevoisin

1879 : Knock (Irlande) 

1877 : Gietrzwald (Pologne) à Justyna Szafrynska et Barbara Samulowska

Soit une apparitiion tous les 5 ans, en moyenne. 

Avant  le 19ème : 

Tepeyac (Mexique) en 1531 (Notre Dame de Guadalupe) à Juan Diego Cuauhtlatoatzin. Le Laus (France), de 1664 à 1718, à Benoîte Rencurel.